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Carrosserie : Nobilas s’efface derrière Prefikar

En annonçant son changement de nom, Nobilas devenue Prefikar cherche d’abord à faire savoir qu’elle a changé d’époque et de comportement. AXA, détenteur de 100 % de la plateforme de gestion de sinistres, semble avoir effectivement tiré les bonnes leçons de ce qu’il lui fallait constater en prenant les totales commandes de l’entreprise l’an passé…

Nobilas vient de tourner une lourde page en renonçant à son nom historique. Après son rachat à 100% par AXA mi-2019, la société britannique Innovation Group interdisait l’emploi de son nom, explique-t-on dans les couloirs d’AXA. Mais il y a fort à parier que l’assureur-repreneur ne s’est guère battu pour garder cette marque qu’il sait trop solidement chargée par ses comportements passés.

Nobilas s’appelle donc dorénavant Prefikar et ce, depuis juin dernier. « Plus qu’un changement de marque, il s’agit d’un changement d’identité qui vient soutenir la stratégie d’innovation et les engagements pris par l’entreprise en début d’année », déclame le communiqué de Prefikar. Son titre -« Nobilas poursuit sa transformation et devient Prefikar »- souligne la volonté d’AXA : profiter d’abord et surtout de cette officialisation pour faire connaître la profonde révolution culturelle menée au sein de l’entreprise. Car elle dépasse de loin le seul changement de nom.

A l’écoute des carrossiers

Parmi un réseau de carrossiers qui revendique aujourd’hui les 1 500 adhérents, « Prefikar a mené une consultation participative auprès de 500 réparateurs partenaires début 2020 », explique le communiqué. Il liste par le menu les décisions que cette enquête a inspirées : « une revalorisation annuelle des taux horaires de main d’œuvre et ingrédients peinture et notamment le T2, dédié au redressage carrosserie. Une réduction jusqu’à 2,5 points du pied de facture a également été adoptée pour les réparateurs proposant du service à domicile et s’inscrivant dans la stratégie Alpha Scale d’optimisation du poste pièces détachées, notamment par l’utilisation des pièces de l’économie circulaire ».

Il y a, dans cette liste, de salutaires solutions aux reproches historiquement faits à la plateforme, notamment un trop gourmand pied de facture et des taux horaires insuffisants. Et plus loin dans ce communiqué, la problématique de l’évaluation des carrossiers membres du réseau semble aussi avoir été levée. Dans notre article de début 2014 que le management de Nobilas d’alors s’était bien gardé de rappeler devant les tribunaux où il nous avait traînés (« En 2013, Nobilas notait mal… 95,6 % de son réseau ! »), nous avions alors révélé les notoires injustices d’un classement qui cherchait visiblement à limiter abusivement les bonus financiers contractuels que les carrossiers-adhérents étaient pourtant en droit d’obtenir.

Système d’évaluation revu

Une plus juste approche semble maintenant avoir été adoptée par AXA/Prefikar : « Le système d’évaluation de la performance a aussi été revu et simplifié avec la mise en place d’un incentive financier pour 60 % des réparateurs partenaires premiums », souligne le communiqué.

Pas un mot toutefois sur cette autre révolution interne : le départ de l’ancien management initié dès l’arrivée du nouveau président Thomas Kretzschmar fin 2019 a continué par celui, mi-2020, de son directeur général Alexandre Cervini qui incarnait à lui seul l’histoire parfois trouble de l’ancienne Nobilas. AXA/Prefikar préfère visiblement se tourner vers le commencement d’une nouvelle vie, sous un nouveau nom et par une nouvelle stratégie plus respectueuse des carrossiers et du marché.

Tourner la page

Prefikar réussira-t-il à faire oublier les sombres souvenirs liés à Nobilas ? On peut l’espérer quand le communiqué conclut que « Prefikar propose une solution unique combinant un réseau de réparateurs tournés vers la qualité de service et des solutions dont la performance économique préserve la marge des réparateurs et permet une meilleure maîtrise du coût moyen pour l’assureur ».

Nous ne résistons pas à l’envie de vous rappeler cet extrait assez prémonitoire de notre article du 18 septembre 2013 (« Nobilas/AXA (suite): pourquoi le rapprochement déplaît beaucoup… »). Nous y analysions les remous causés par l’entrée d’AXA dans 30 % du capital de Nobilas et les possibles futurs, dont celui-ci : « Ensuite, en fonction de la taille et de la profondeur des plaies que la purge et les re-signatures laisseront, AXA pourra toujours, une fois pris le contrôle total de Nobilas, jouer si besoin la grande scène classique du  »si j’avais su… ». L’assureur pourra toujours décréter l’époque révolue, couper quelques têtes expiatoires parmi les bourreaux synonymes des souffrances qu’il dira avoir découvertes en prenant complètement les commandes. Puis il tournera la page… en gardant les acquis obtenus par Nobilas dans la douleur ».

AXA semble donc avoir effectivement tiré les principales leçons de ce qu’il a découvert dans les cartons de Nobilas. Et comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

3 commentaires concernant “Carrosserie : Nobilas s’efface derrière Prefikar”

  1. Perso je pense que c’est la réalité du terrain qui les a rattrapé et obligé à faire quelques modifications d’apparence.

    Dans mon département avant confinement c’était 1 semaine de délai juste pour que l’assistance arrive à trouver un réparateur et en tournant jusqu’à plus de 60 kms de rayon. Je parle pas des délais du réparateur derrière…

  2. On change le nom , on change les principaux dirigeants , mais l’esprit reste le même !!! Comment peut – on croire qu’un système détenu par un assureur peut assurer la rentabilité des carrossiers exploités……

  3. Très intéressant article qui prouve au moins deux choses :
    – Les acteurs de la réparation, je veux parler des adhérents à un tel système, n’ont visiblement tiré aucune leçon du modèle économique auquel il adhère, pas plus d’ailleurs que de l’ineptie technique dans laquelle ils s’engagent pour le futur de leurs professions; l’objectif de maîtrise des coûts par les assureurs ne modifiera jamais l’extraordinaire antagonisme qui existe entre les parties… Et puis un assureur qui contrôle une filière technique jusqu’aux pièces de rechange, personne ne s’en étonne ? Mon médecin doit m-il vendre des pizzas bio pour réduire le déficit de la Sécurité Sociale ?
    – Que les assureurs ne désarment pas même s’il changent le nom d’une marque, lâchent un peu quelques sesterces sur les prix des prestations. Mais qui peut raisonnablement croire qu’ils seraient brusquement devenus de formidables partenaires vertueux ? Certainement pas moi qui connaît tellement bien les habitudes profondes du sérail.
    Comme toujours et même si l’on veut croire à une réelle et nouvelle bienveillance des compagnies, quelles qu’elles soient, je ne saurais bien modestement conseiller à chacun de d’abord s’interroger sur les points qui auraient pu changer pour rendre ainsi la mariée bien plus belle. Pour ma part, je ne vois aucun changement… à l’horizon.
    Mais peut-être certains me prouveront le contraire ?

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