A la Une Table ronde en ligne

Crise sanitaire en carrosserie : un catalyseur de tendances

États des lieux 2021 et pistes de redémarrage d’activité étaient au menu de la table ronde en ligne organisée par Zepros Après-Vente Carrosserie le 2 mars dernier. Ses participants esquissent un panorama du secteur avec d’importantes disparités structurelles et géographiques… et quelques perspectives.

L’investissement dans les équipements lourds a été l’objet de discussions animées durant la première e-Table ronde Zepros Après-Vente Carrosserie.

« On sent un vent de restructuration, avec la multiplication probable d’opérations de cession-reprise. Certains carrossiers veulent profiter du contexte pour élargir leur maillage par des rachats », observe Patrick Cléris. Le président de la FRCI émet cette déclaration à l’occasion de la table ronde en ligne organisée sur le thème de la relance du marché carrosserie.

Tous les intervenants s’accordent sur le contexte énoncé par les représentants des groupes PHE et AAG : baisse d’activité en 2020 et ralentissement au début de cette année, avec des variations selon les spécialités et les régions. Ainsi, du point de vue des experts, « l’activité redémarre très doucement et fluctue, chaque semaine, voire chaque jour. On assiste parfois à des sursauts apportant un peu d’optimisme… puis des baisses significatives », indique François Mondello, président de l’ANEA.

« Nous avons globalement constaté des décalages entre pays européens : l’Italie et l’Espagne ont été les premières touchées par les confinements, avant la France et la Belgique, alors que les Pays-Bas, épargnés par la première vague, sont aujourd’hui encore confinés comme l’Allemagne… Mais nous confirmons partout cette baisse du marché carrosserie », confirme Auguste Amieux, DG développement carrosserie de PHE.

Meilleure résilience pour les petits ateliers que les gros ?

Tandis que chez les distributeurs de peinture, « certains ont mieux tenu le coup que d’autres, notamment dans l’Ouest de la France où on s’en est mieux sorti que dans l’Est », souligne Philippe Leroux, président de Centaure. Ceux-ci en ont aussi profité pour réduire leurs stocks. Cette hétérogénéité est confirmée par les réseaux et les syndicats de carrossiers. Si leur situation n’est pas rose, les enseignes alignent globalement de meilleurs résultats que ceux indiqués par l’étude Solware-CNPA sur l’activité en janvier (-25 % d’activité, avec -20,3 % en pièces et -34 % en main-d’œuvre). « 27 % des carrosseries ont recours au chômage partiel », précise Yves Levaillant, président de la branche Carrossiers du CNPA.

Cependant, beaucoup de petites et moyennes carrosseries souffrent proportionnellement moins que les grandes structures supportant des coûts de fonctionnement plus lourds. « Car les petits ateliers sont souvent adossés à de la mécanique et bénéficient de synergies avec cette activité. Ensuite, le hors assurance et la carrosserie rapide sont des flux qui se reportent naturellement davantage vers les petites carrosseries », analyse Jean-Christophe Servant, président de Sherwin-Williams France.

« Mais j’ai certaines grosses carrosseries parisiennes et lyonnaises qui s’en sortent bien », tempère Vincent Belhandouz, président d’Aniel Marketplace (filiale du groupe Faubourg, propriétaire des carrosseries SereniCar). « Les réparateurs et distributeurs ayant des activités mixtes s’en sortent mieux, car la mécanique fournit de l’activité à la carrosserie et inversement », précise Vincent Congnet, directeur des réseaux de réparation d’Alliance Automotive Group (AAG).

Investir à bon escient

Dans ce contexte d’une année durant laquelle les trésoreries ont été mises à mal, la question de l’investissement apparaît de nouveau cruciale. Et contrairement à l’idée reçue selon laquelle une partie des investissements récents avaient été réalisés grâce au prêt garanti par l’État (PGE), les carrossiers étant « 55 % à en avoir souscrit pour survivre à 2020 », selon Vincent Congnet, peu ont en réalité utilisé ces aides en ce sens.

Reste que le parc roulant ne cesse de se complexifier malgré la baisse drastique du volume de véhicules neufs vendus en 2020. Et Auguste Amieux, DG développement carrosserie du groupe PHE, insiste sur la nécessité pour les distributeurs « d’accompagner le professionnel vers le bon investissement – qu’il s’agisse d’outils de diagnostic, de bancs de recalibrage Adas – et de l’aider à le faire en bon gestionnaire ».

L’investissement doit avant tout « se faire sur l’humain et sur le recrutement », rectifie Vincent Congnet, qui met aussi en évidence le travail effectué par la FRCI et son partenaire Socca Conseils dans la mise en place de business plans chez les réparateurs. « Avant de penser investissement, nous avons œuvré aux économies réalisables immédiatement, comme sur le dégrèvement des taxes foncières, car il faut d’abord aider au redressement de la trésorerie du quotidien », précise même Patrick Cléris. Et retrouver de la valeur là où elle se trouve.

Équilibrer les flux et se réinventer

Ouaiba Sardi, secrétaire générale de la branche carrossiers du CNPA, l’affirme : « La baisse de volume dans les ateliers est structurelle, il faut donc anticiper le changement de la typologie de sinistres et prendre pour base l’état du parc autour de son entreprise », avant d’arbitrer. D’où l’importance de ne pas céder aux promesses de volume des agréments d’assurance sans les renier pour autant, le secret d’une bonne santé résidant en partie dans le bon équilibre entre flux provenant des assureurs et le hors assurance.

Raison pour laquelle, face à la crise née du Covid, le carrossier doit « se réinventer, être mieux organisé pour être plus performant et se former», selon André Courtois, président de Weinmann Technologies. Se diversifier, notamment, vers la mécanique, le vitrage, la restitution… En attendant que le marché lui-même se réinvente en partie, avec l’espoir de voir la libéralisation de la pièce de carrosserie au niveau européen revaloriser la main-d’œuvre. A condition, selon Ouaiba Sardi, « que soit consacrée la liberté absolue d’approvisionnement du réparateur ».

Romain Thirion et Nicolas Girault

Étaient présents autour de la table ronde en ligne

Syndicats professionnels

  • Yves Levaillant & Ouaiba Sardi (CNPA)
  • Christophe Bazin (FFC)
  • Marie-Françoise Berrodier, Carole Berrodier et Aliou Sow (FNA)
  • Patrick Cléris (FRCI)
  • François Mondello (ANEA)

Distributeurs

  • Vincent Braud et Thierno Diallo (Renault)
  • Vincent Belhandouz et Stéphane Colet (Aniel Marketplace)
  • Auguste Amieux (PHE, Cora)
  • Antoine Arcuri (AAG, Saint-Amand Service)
  • Philippe Leroux (Centaure)

Réseaux

  • Alexis Saccardo (Axial)
  • Alain Bessin et Catherine Duyck (Five Star)
  • Vincent Congnet (AAG)

Fabricants de peinture

  • Jean-Christophe Servant (Sherwin-Williams)
  • Redhwan Amine (Axalta)
  • Arnaud Racapé (PPG)
  • Fabien Boschetti (BASF)
  • Sam Younes (General Paint)

Équipementiers

  • André Courtois (Weinmann Technologies)
  • Pauline Berthelot (SGI)

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste par vocation, diplômé du Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris en 2010, il fait ses armes dans la presse quotidienne régionale et nationale avant de s'orienter vers la presse automobile, d'abord grand public puis professionnelle.

Intéressé depuis tout petit par l'auto, il est spécialisé dans l'actualité du secteur de la réparation-collision et dans les réseaux de garages sous enseignes multimarques.

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