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Le Medef incite les artisans à «ne rien lâcher»

Président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, invité par le CNPA à visiter la concession Vauban d’Argenteuil (Peugeot, Toyota), dans le Val-d’Oise, veut croire à l’éclaircie généralisée par la vaccination lancée par le gouvernement. Conscient de la mutation nécessaire à laquelle la filière auto doit procéder, il n’hésite pas à parler de retour à une souveraineté nationale qui ne l’effraie pas.

De gauche à droite : Francis Bartholomé (CNPA), Michel Jonqueres (Medef Val d’Oise) et Geoffroy Roux de Bézieux (Medef).

Question : Quel message adressez-vous aux petites et moyennes entreprises ?

Geoffroy Roux de Bézieux : Le mot d’ordre, c’est la résilience ! Depuis un an, les psychologies de chacun sont éprouvées. Mais il faut lever la tête et regarder ce qui commence à se produire ailleurs. Quelques mois après la vaccination généralisée, les pays repartent. Je pense aux artisans britanniques ou israéliens… Les calendriers de déconfinement sont en place, et tout repart. Idem pour les restaurants et les bars, d’ailleurs ! Je suis certain que l’économie en général, et la consommation en particulier, repartiront.

Cette vaccination en France est donc majeure. C’est elle qui nous fera sortir de cette situation. Si le plan du gouvernement est tenu bien sûr avec 30 millions de personnes vaccinées mi-juin. Tout cela doit nous rendre optimiste à moyen terme. Sachant que l’économie va devoir se débrancher progressivement des dispositifs financiers qui la soutiennent (chômage partiel…).

 

Q : En amont, la problématique des approvisionnements en composants souligne la dépendance de l’Europe à l’Asie. Mais également la perte de sa souveraineté sur des secteurs stratégiques…

G. R. de. B : Nous n’avons pas perdu ou lâché certains secteurs. Les forces du marché ont naturellement poussé chaque pays à se spécialiser. Et le rôle du politique est uniquement de rééquilibrer les mouvements par la fiscalité et les coûts de production. Mais en effet, nous (re)découvrons depuis un an et collectivement une absence d’autonomie dans plusieurs secteurs stratégiques dont l’automobile.

Pourtant, le mot souveraineté ou indépendance stratégique ne me fait pas peur ! Au Medef, nous avons même créé un comité dans ce sens. Souvenez-vous de l’impact de l’explosion malheureuse de la centrale de Fukushima en 2011. Nous avons eu une première alerte en matière de rupture d’approvisionnement avec l’exemple du fournisseur unique pour PSA et Renault, qui avait bloqué ses livraisons pendant quelques semaines. C’était il y a dix ans !

Souveraineté ne signifie pas protectionnisme, ni isolationnisme. Elle signifie que collectivement et soutenu par l’État, on décide des secteurs ou filières qui ont besoin d’une autonomie plutôt européenne. Régionaliser de nouveau certaines chaînes de valeur est une idée qui fait son chemin, non seulement dans les milieux économiques français mais également dans des pays exportateurs comme l’Allemagne.

 

Q. : La filière aval est en pleine transition. N’est-elle pas heurtée par des décisions contraignantes, voire contraires ?

G. R. de. B : Elle est bousculée par une double mutation : le changement dans son usage (comportements des usagers, mises en place des ZFE…), et sa transformation en matière de contenu technologique. Il faut que les voies et les moyens tracés soient en effet réalistes et ne changent pas du jour au lendemain. Je pense à la Loi sur le Climat actuellement débattue et remettant le focus sur l’économie circulaire, tandis que les décrets de la loi Agec (Loi Anti Gaspillage Économie Circulaire), votés il y a un peu plus d’un an, ne sont toujours pas parus !

La transition climatique et la compétitivité ne doivent pas s’opposer. La filière auto doit rester un exemple européen de compétitivité.

Muriel Blancheton

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