Analyse – Autodis Group en Bourse (1ère partie) : l’argument-clé du marché porteur

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En publiant l’obligatoire «document de base» qu’exigent les autorités boursières, Autodis Group vient de franchir une étape décisive de son introduction en Bourse. Première partie du décryptage de cette mine d’informations passionnantes sur l’entreprise, son marché et ses ambitions : Autodis y démontre aux investisseurs qu’un a priori peu séduisant marché de la rechange peut néanmoins nourrir durablement la croissance à deux chiffres d’un champion du secteur…

Que de chiffres et de données dans les 291 pages du "Document de base" que vient d'éditer Autodis Group afin d'informer les investisseurs susceptibles d'investir dans la toute prochaine introductionen Bourse....

Que de chiffres et de données dans les 291 pages du « Document de base » (« Registration Document », puisqu’il n’est disponible qu’en anglais), que vient d’éditer Autodis Group afin d’informer les investisseurs susceptibles d’investir dans la toute prochaine introduction en Bourse….

S’il est une caractéristique spécifique aux investisseurs financiers, c’est bien leur façon paradoxale de chasser. Ils ne prospèrent jamais mieux que dans les zones de pénombre ; mais ils sont en revanche prompts à exiger fébrilement pleine lumière et transparence totale dès lors qu’on vient solliciter leurs deniers.

Autodis Group, qui veut entrer en Bourse avant la fin de ce semestre, vient donc d’accepter de se soumettre à l’exercice imposé dans l’incontournable «document de base» qu’elle se devait légalement de rendre public en l’enregistrant auprès de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers). La prochaine étape fixera la fourchette de la valeur d’introduction de l’action Autodis. L’annonce précédera alors de peu le grand saut boursier.

Transparence imposée à Autodis Group

Avec force détails, chiffres et tendances, l’entreprise a ainsi dû rendre public l’essentiel de ce que le bon peuple appellerait trivialement “le fond de sa culotte”. Cette littérature financière est d’autant plus passionnante qu’il n’y a pas d’argument fort sans contextualisation. En plus d’avoir à se raconter comme jamais (nous y reviendrons dans un second article), Autodis Group a donc également produit quelques éléments inédits sur l’état du marché de la pièce en Europe de l’Ouest.

Un marché où l’entreprise compte bien croître et embellir à rythme forcé, boostée par l’augmentation de capital de 400 millions d’euros qu’elle espère tirer de son émission d’actions. Sans présupposer du reste de la manne financière attendue par Autodis, soit probablement quelque 600 millions supplémentaires qu’elle pourra consacrer à sa croissance externe qui doit la porter à 2 milliards d’euros de CA d’ici 2022…

Éduquer le marché au mieux

Certes, le document-sésame de l’AMF aurait pu gagner à la fois en accessibilité −seuls les anglophones sont dignes de pouvoir le lire− comme en concision, puisque ses 291 pages ânonnent souvent les mêmes leçons. Mais il est vrai que «la répétition fixe la notion». Stéphane Antiglio, le président du groupe, ne contredira sûrement pas cette maxime qu’il aime rappeler à ses collaborateurs…

En fait, l’exercice, aussi professoral soit-il, peut même s’avérer précieux. Il s’agit effectivement de rendre à la fois séduisantes et compréhensibles les complexes et discrètes vertus du marché indépendant de l’après-vente. Car ce secteur reste encore bien méconnu de ces riches investisseurs qui n’emmènent peut-être même pas eux-mêmes leurs puissantes voitures de fonction aux ateliers strictement constructeurs qui les entretiennent…

Le bon moment pour Autodis…

Autodis Group s’est donc prioritairement employée à convaincre des fantastiques potentialités de son développement, garantes de retour sur l’investissement de ses futurs actionnaires.

Certes, Autodis Group profite déjà d’un souriant contexte. La reprise européenne est bel et bien là avec ses robinets financiers ouverts à flot. Dans le même tuyau, il y a en outre peu d’autres introductions en Bourse qui pourraient venir contrarier le succès de la sienne. Et même la concurrence vient servir les desseins d’Autodis : l’attractivité de son secteur est entrée dans le radar des investisseurs depuis l’arrivée massive et remarquée des prédateurs américains que sont GPC et LKQ.

… à condition de bien l’expliquer

Mais il faut prioritairement éviter que les analystes ne s’arrêtent trop hâtivement aux peu sexy chiffres de progression du marché de la rechange. Un marché qui, sans mise en perspective, pourrait être jugé a priori indigne des rentabilités à deux chiffres que les grands investisseurs ont pris l’habitude de privilégier. Avec +2% en effet, le CAGR («Compound Annual Growth Rate» ou taux moyen de croissance annuelle) du marché de l’après-vente automobile n’a guère de quoi exciter la libido financière d’un trader…

Objectif numéro 1 donc : démontrer que les apparents inconvénients du marché de l’après-vente recèlent en fait autant d’avantages stratégiques. Ainsi, Autodis Group va consacrer de longues pages à expliquer que l’atonie structurelle du marché dissimule de précieux atouts. A commencer par cette Europe de l’Ouest où elle a étendu ses ambitions.

Les bonnes perspectives de croissance en Europe de l’Ouest
L'Europe de l'Ouest de la rechange 2018-2022 selon Autodis Group. Bn: milliards - Spare parts Distribution Core market/IAM core market : Marché total de la distribution de pièces de rechange/marché totale de la distribution indépendante - Distribution core market growth: Croissance du marché total de la distribution - IAM distribution core market growth : Croissance de la distribution indépendante - Autodistribution footPrint : Empreinte territoriale d'Autodistribution - Countries with expansion opportunities : </em>Pays à opportunités de croissance (dont l'Allemagne...) - Excluding tires, oil, accessories and consumables : Hors pneus, huile, accessoires et consommables. Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir. L’Europe de l’Ouest de la rechange 2018-2022 selon Autodis Group. Bn: milliards – Spare parts Distribution Core market/IAM core market : Marché total de la distribution de pièces de rechange/marché total de la distribution indépendante – Distribution core market growth: Croissance du marché total de la distribution – IAM distribution core market growth : Croissance de la distribution indépendante – Autodistribution footPrint : Empreinte territoriale d’Autodistribution – Countries with expansion opportunities : Pays à opportunités de croissance (dont l’Allemagne…) – Excluding tires, oil, accessories and consumables: Hors pneus, huile, accessoires et consommables.

L’analyse s’applique d’abord à prouver que les fondamentaux sont bons et solides. Pour toute l’Europe de l’Ouest officialisée comme son terrain de chasse privilégié (Allemagne, France, Benelux, Italie et Espagne), Autodis Group constate une progression annuelle moyenne de +1,8% en rechange totale (constructeurs et indépendants) durant la période 2014-2017.

Elle confesse certes prédire un moins tonique +1,6% par an entre 2018 et 2022. Estimé en 2017 à environ 27 milliards d’euros pour les 5 zones concernées, le marché total atterrirait deux milliards plus loin dans 4 ans,  à 29,1 milliards.

Autodis du bon côté du marché
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Mais qu’on se console déjà. La part du marché indépendant −justement là où Autodis Group excelle− progressera dans le même temps de +2% par an pour atteindre 17,6 milliards d’euros en 2022.

C’est à ce moment de la démonstration qu’Autodis Group va convertir la faiblesse apparente en force. D’abord en montrant, grâce au graphique ci-contre, comment son marché de la rechange indépendante va doublement s’approprier l’essentiel de la croissance totale du marché.

La bonne part du gâteau

Car non seulement l’entreprise va donc surfer sur les progressions régulières déjà évoquées, mais ensuite et surtout, en étant positionnée du meilleur côté du gâteau. La rechange indépendante s’octroyait déjà 57% des 25,6 milliards du marché Ouest européen en 2014 ? Elle triomphera en 2022 en s’adjugeant 60% des 29,1 milliards.

Comprendre : vous misez sur le bon cheval. Pendant que les constructeurs reculeront tendanciellement en rechange (en avançant presque deux fois moins vite que le marché), Autodis Group progressera naturellement deux fois plus vite qu’eux…

La martingale du parc roulant
Bn: Milliards - p.a. : par année - French LV spare parts market : Marché français des pièces de rechange VP - French LV park : Parc français VP - French new LV sales : ventes VN France - Autodistribution core market, excluding tires and oil : Marché d'Autodistribution, hors pneus et huile.

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir. Bn : Milliards – p.a. : par année – French LV spare parts market : Marché français des pièces de rechange VP – French LV park : Parc français VP – French new LV sales : ventes VN France – Autodistribution core market, excluding tires and oil : Marché d’Autodistribution, hors pneus et huile.

Les investisseurs resteraient-ils encore dubitatifs que voilà la seconde estocade : les saintes vertus du parc roulant telles que célébrées dans le graphique ci-contre.

Pendant que le marché des voitures neuves est soumis aux aléas macroéconomiques (courbe erratique des ventes VN en pointillés ci-contre), celui de la croissance du parc reste imperturbablement en hausse. Mieux : quand l’économie dévisse et que le consommateur renonce à s’acheter un véhicule neuf, il fait d’autant plus durer celui qu’il conserve.

Les vertus du bel âge

Dès lors, il doit non seulement continuer à rouler avec et donc à l’entretenir, mais plus son véhicule vieillit, plus son propriétaire est enclin à le confier à la rechange et la réparation indépendantes. Car ces dernières ont deux atouts économiques, surtout quand le pouvoir d’achat s’étiole : les pièces, comme la main d’œuvre, y sont 30% moins chères, argumente Autodis Group. Et ça tombe bien : l’âge moyen du parc roulant de l’Europe de l’Ouest est passé de 9,9 ans en 2012 à 11 ans en 2016…

L’argument est encore consolidé par la croissance parallèlement ininterrompue de l’histogramme en bas du graphique. La progression constante du marché de la pièce de rechange a même enjambé la crise de 2008-2009 sans douleur. Bref, une valeur sûre, insensible aux pires séismes financiers. Pères de famille prudemment boursicoteurs comme investisseurs échaudés par les effondrements de marchés, si vous nous entendez…

En route pour la croissance à deux chiffres

C’est bien, mais comment faire encore mieux que mieux ? Grâce au levier boursier évidemment ! Car les potentialités d’accélération sont à portée de celui qui saura se doter des moyens pour les saisir à pleine main. Par son introduction en Bourse, Autodis Group pourra ainsi financer cette croissance à deux chiffres que les analystes attendent avec gourmandise.

Elle rappelle d’abord son histoire récente en matière de croissance externe. Ses différentes acquisitions réalisées ces dernières années ont permis à son CA de progresser de 5% en 2016 (1,019 milliard d’euros contre 968,6 millions en 2015) et de +18,7% en 2017 (1,255 milliard d’euros contre 1,019 en 2016). Puis Autodis démontre qu’elle pourra nourrir tous les espoirs possibles grâce au grouillant vivier européen de proies potentielles qui ne demandent qu’à être appâtées par un joli chèque.

L’opportune sous-concentration européenne
European LV spare parts IAM : Marché européen de la rechange indépendante VP - US LV spare parts market : Marché US de la rechange VP - Independent players : acteurs indépendants - Top 6 10 players : Top 6 des 10 acteurs - Top 5 players : 5 principaux acteurs.

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir. European LV spare parts IAM : Marché européen de la rechange indépendante VP – US LV spare parts market : Marché US de la rechange VP – Independent players : acteurs indépendants – Top 6 10 players : Top 6 des 10 acteurs – Top 5 players : 5 principaux acteurs.

A l’appui de l’affirmation, un ultime argument vient justifier l’ambition d’atteindre 2 milliards d’euros de CA en 2022. Et il y a là de quoi soulever le sourcil du plus blasé des investisseurs. Dans le graphique ci-contre, Autodis Group compare alors les opportunités de croissance externe sur le marché de la distribution indépendante en Europe avec celles offertes par le même marché nord-américain. 78% de distributeurs indépendants n’attendent encore que d’être rachetés dans une Europe atomisée (environ 48 000 petits distributeurs esseulés), contre 15% “résiduels” dans ces USA déjà surconcentrés.

Il y a donc du beau grain à moudre pour celui qui mettra le carburant financier dans son moulin. Car en creux, cela signifie que seulement 22% du marché européen ont pour l’heure été conquis par 10 gros acteurs quand le même nombre de super-distributeurs concentre déjà 85% du marché outre-Atlantique !

Autodis Group, nouveau champion européen ?

Autodis Group matérialise ainsi une triple et noble ambition : se donner les moyens d’être un acteur majeur issu de son Europe natale, se positionner pour s’approprier les inéluctables concentrations qui s’accélèrent déjà de ce côté de l’Atlantique… tout en évitant que les nord-Américains LKQ et GPC ne viennent s’adjuger l’essentiel du vieux continent de la pièce après avoir asséché leur marché domestique. Si en plus, la noblesse des sentiments patriotiques peut être récompensée par un beau retour sur investissement…

Ce faisant, Autodis Group donne aussi un éclairage nouveau aux compulsifs rachats de distributeurs européens par les deux distributeurs américains. Auraient-ils dû en fait franchir l’Atlantique pour poursuivre ici une spirale infernale d’autres achats essentiels d’abord au maintien de leurs cours de Bourse ? Si ce devait être le cas, Autodis Group devra trouver la juste mesure entre exigences boursières et croissance équilibrée.

Mais ce sera là un moindre problème de nouveau riche…

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