Analyse – Autodis Group : son retrait boursier en 8 questions-clés

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L’introduction en Bourse d’Autodis Group devait être l’événement de l’année, sinon du siècle, pour le monde de la distribution de pièces. Son brusque retrait a donc fait l’effet d’une bombe fébrilement commentée par toute l’après-vente. Nous avons listé vos diverses interrogations et tenté de leur trouver une réponse ou à défaut, de les mettre en perspective. Sans exclure bien sûr les plus suspicieuses…

Que d'interrogations suscitées par le retrait-surprise d'Autodis Group de sa procédure d'introduction en Bourse...

Que d’interrogations suscitées par le retrait-surprise d’Autodis Group de sa procédure d’introduction en Bourse…

C’est le dernier sujet dont toute la profession cause. Ceux qui n’ont pas déjà un avis tranché sur les raisons du retrait d’Autodis Group de son projet boursier ont de toute façon moult questions à poser sur ce thème, dont beaucoup ont été soumises aux journalistes de notre rédactions. Nous les avons donc concentrées en 8 points-clés réunissant les 11 interrogations principales que nous avons pu recenser depuis le 23 mai après-midi. Et nous les avons posées à Autodis Group :

  • 1 – Depuis quand l’introduction en Bourse était-elle planifiée ?

En fait, l’option existe depuis la reprise de l’entreprise par Bain Capital en septembre 2015. L’introduction en Bourse était évoquée, voire quasi-planifiée, dès l’arrivée du fonds d’investissement. Quant à la mise en route opérationnelle du projet, elle date de début 2018.

  • 2 – Quelles sont les raisons de la renonciation d’Autodis Group ?

Ce sont celles déjà évoquées dans le communiqué du 23 mai et qui sont à nouveau confirmées : «l’environnement de marché particulièrement prudent ne permet pas aujourd’hui de refléter pleinement le potentiel d’Autodis Group». Techniquement, «cette décision se fonde sur l’étude des dernières entrées en Bourse qui se sont faites sur la valeur basse ou moyenne de la fourchette de prix», nous précise-t-on, cette fameuse fourchette qui est soumise au marché juste avant l’introduction.

Cela signifie en clair qu’Autodis Group et Bain Capital se sont finalement rendu compte qu’ils ne pouvaient plus raisonnablement espérer une levée de fonds à la hauteur de leurs espérances initiales.

  • 3 – N’y a-t-il pas d’autres raisons cachées à ce retrait ?

Difficile évidemment de répondre à cette question. Mais comme vous êtes nombreux à subodorer d’autres explications, nous avons essayé de soumettre à notre tour vos interrogations à Autodis Group :

  • Les incertitudes politico-économiques en Italie (récente alliance M5S/Ligue) et en Espagne (incertitudes catalanes) ont-elles joué un rôle dans ce retrait ?
    «Pas à notre connaissance», répond Autodis Group. Les analystes, eux, ne les excluent toutefois pas en tant que facteurs d’une toute récente frilosité des investisseurs et banquiers-prescripteurs…
  • N’est-ce pas le dénouement d’un coup de bluff finement orchestré par Bain Capital pour rendre Autodis Group à la fois visible et attractif auprès d’autres investisseurs ou d’autres fonds d’investissements ?
    De cette question assez largement partagée par le petit monde de l’après-vente et ce, depuis d’ailleurs de longs mois, Autodis Group s’extrait par la classique pirouette : «Nous ne commentons pas les rumeurs».
    A ceux qui logiquement trouveront l’élément de langage bien insuffisant, La réponse unanime apportée par des spécialistes des secteurs bancaire et boursier plaide pourtant pour la transparence d’Autodis Group. En substance : «Nous aurions pu le penser si le retrait avait eu lieu il y a encore quelques semaines, par exemple avant la publication du nécessaire “document de base” auprès de l’AMF. Mais l’aspect particulièrement tardif de l’interruption de la procédure d’introduction (NdlR : à quelques jours de l’émission effective des actions) plaide pour une sincère volonté de Bain Capital d’introduire Autodis Group en Bourse».
  • La brutale renonciation n’est-elle pas justement liée à une autre offre de dernière minute faite à Bain Capital ?
    Suite logique de la suspicion précédente (beaucoup veulent y voir l’ombre du grand concentrateur LKQ), cette éventualité subit le même sort que la précédente : «Nous ne commentons pas les rumeurs».
    Dans le monde cruellement pragmatique de la haute finance, tous les possibles sont certes envisageables. Et comme souvent, l’avenir ne viendra que confirmer toutes les convictions, aussi contradictoires fussent-elles… On comprend aussi qu’Autodis Group ne souhaite pas s’aventurer vainement dans les dénégations. Si quelque chose arrive à court terme, les théoriciens du complot y verront la confirmation de leur pertinence, pendant que les autres n’excluront toujours pas le hasard ; si c’est à plus long terme, les même théoriciens se féliciteront d’avoir vu si loin pendant que les autres seront juste cette fois certains que Bain Capital a depuis recherché et trouvé une autre solution. Bref : sauf improbable révélation, on ne saura sûrement jamais…
  • 4 – Autodis Group se représentera-t-il en Bourse ?

Officiellement, l’introduction en Bourse est «suspendue». Autodis Group exclut toutefois clairement une seconde tentative en 2018. Mais le groupe précise que «toutes les options restent sur la table». Et parmi ces options donc, celle de ne pas se représenter devant la corbeille en fait partie…

  • 5 – L’arrêt est-il synonyme de mauvaise image pour l’entreprise auprès des investisseurs mobilisés et plus généralement, auprès des marchés financiers ?

Autodis Group explique que, dans la mesure où l’interruption du process est intervenue avant de lancer l’opération, son image demeure aussi intacte que l’intérêt des investisseurs pour son projet de développement. Et à en lire la presse financière, aucun reproche n’est effectivement fait à l’entreprise.

Mais dans les faits, son éventuel retour demandera tout de même une mise en scène assez performante pour ne pas trop souffrir du souvenir de la précédente tentative avortée. Ce que les mêmes analystes financiers cités précédemment confirment…

  • 6 – Combien a coûté l’introduction en Bourse ?

Côté Autodis Group, on veut logiquement garder confidentiel le coût de l’opération. Il n’est pas simple d’évaluer par exemple le coût du temps consacré par tous les collaborateurs impliqués dans le délicat et complexe montage de ce dossier boursier. Et à en croire notre confrère les Échos qui s’amusait, mi-2017, à répondre d’une façon générale à cette question tabou, on ne le saura sûrement jamais précisément. Tout au plus le journal financier estime-t-il les coûts suivants, tels qu’Autodis Group a déjà dû engager :

  • Commissaires aux Comptes : environ 100 000 €, chiffre minimum puisque le quotidien économique précise qu’une présentation Proforma (qui tient compte et extrapole l’impact d’acquisitions, ce qu’a fait Autodis pour se présenter aux investisseurs) fait facilement s’envoler le chiffre ;
  • Avocats : 200 000 € minimum. Et comme Autodis Group a dû aussi s’adresser à des cabinets anglo-saxons, le chiffre a pu doubler. Les Échos estiment que, dans le meilleur des cas, le coût juridique peut tenir dans une enveloppe de 300 à 350 000 €…
  • La communication financière. Pour faire simple, il est «difficile d’être en-dessous de 100 à 150 000 €», explique le journal économique. En l’occurrence, les Échos ne parlent pas d’une fourchette de coût, mais d’une véritable fourche ! Car s’il dit qu’il faut généralement compter environ 250 000 € pour 10 millions levés (il doit manquer un dégressif : cela ferait l’improbable chiffre de 25 millions d’euros pour le milliard espéré par Autodis !), il ne faut pas retenir ce ratio dans le cadre de l’opération présente. Ce chiffre spectaculaire ne concerne que des introductions en Bourse impliquant notamment une dispendieuse communication grand public, à coup de pleines pages dans de grands magazines, en télé et radio, ce dont Autodis n’a pas eu besoin…

Les autres frais n’ont pas encore vraiment été engagés. Ils l’auraient été si la levée de fonds n’avait avorté et auraient de toute façon suivi des barèmes complexes et variables. Économisé, le fameux « road show » (50 à 100 000 € toujours selon les Échos) qui fait la tournée des capitales financières et qui a été annulé par Autodis Group. Non engagés, les 5% (maximum, car probablement aussi soumis à dégressif) des montants levés qu’auraient pu toucher les banquiers partenaires de l’opération, mais dont 90% n’auraient de toute façon été payables qu’une fois les sommes effectivement levées.

Et comme on ne sait pas ce qui aurait été effectivement levé et que tout se négocie, les résiduels 10% de commission incompressible qui resteraient dus… resteront secrets.

  • 7 – L’échec de l’introduction pénalise-t-il le plan de développement d’Autodis Group ?

Si c’était le cas, Autodis Group voudrait-il seulement l’avouer ? Évidemment pas. Autodis affirme de toute façon que son plan de marche est intact. Et vu la taille et les moyens de l’actionnaire Bain Capital qui gère actuellement quelque 95 milliards de dollars sur la planète entière, Autodis Group a raison de nous dire que le financement des futures acquisitions est effectivement garanti. Tout comme le groupe nous répond que son désendettement espéré de l’introduction en Bourse n’était pas un préalable à la poursuite planifiée de sa croissance, externe comme organique.

  • 8 – Existe-t-il d’autres voies possibles pour Bain Capital ?

Si on l’interroge sur Bain Capital, Autodis Group aura sûrement beau jeu de nous renvoyer vers Bain Capital. Tous ceux qui pensent que le fonds d’investissement aurait déjà une alternative au moins dans ses cartons devront donc se satisfaire de la réponse évasive d’Autodis Group : «Nous sommes dans les mêmes dispositions qu’avant IPO. Donc toutes les options sont sur la table, y compris l’IPO» (Initial Public Offering”, acronyme anglais pour désigner une introduction en Bourse).

A l’occasion de cette entrée en Bourse, Bain Capital avait bien sûr l’intention de réaliser une grande partie au moins de son investissement de 2015 dans Autodis. Le projet Bourse a vécu, mais la volonté de Bain reste évidemment intacte. Et d’ailleurs aussi légitime qu’inéluctable.

En la matière, rien ne semble perdu pour Bain Capital. Car à en croire ce spécialiste des fonds d’investissement, une société comme Autodis Group peut actuellement se négocier jusqu’à 10 fois son Ebitda. Nous le notions déjà hier : celui de 2017 étant de 118 millions d’euros, Autodis peut donc actuellement être valorisé jusqu’à 1,18 milliard. Soit peu ou prou ce qui était espéré de l’introduction en Bourse. Bain Capital est donc très certainement serein : l’IPO n’était pas la seule façon de sortir par le haut d’Autodis Group.

Mais bien évidemment, ce que planifie Bain Capital et ce qu’il décidera tôt ou tard reste pour l’instant dans les insondables coffres de Bain Capital…

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