Covéa va référencer ses pièces en marketplace

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Sensible à l’augmentation exponentielle du prix des pièces de carrosserie, Covéa a annoncé la création prochaine de son “Hub”. Un projet présenté comme une place de marché BtoB par le groupe mutualiste et destiné à référencer l’ensemble de ses fournisseurs pièces et para-peinture…

D'ici quelques mois, les réparateurs "agréés" Covéa devraient pouvoir se fournir en pièces de carrosserie et de réemploi, à tarifs préférentiels, sur le "Hub" que va lancer le groupement mutualiste.

D’ici quelques mois, les réparateurs « agréés » Covéa devraient pouvoir se fournir en pièces de carrosserie et de réemploi, à tarifs préférentiels, sur le « Hub » que va lancer le groupement mutualiste.

Elle n’était pas l’objet de l’Innovation Day organisé conjointement le 6 juin dernier par le fabricant de peinture Axalta et le techno-centre Cesvi de Poitiers, détenu en majorité par la SGAM (société de groupe d’assurances mutuelles) de Covéa AIS. Mais c’est pourtant cette annonce, faite en marge de l’événement, qui a retenu l’attention : Covéa prépare un “Hub” qui n’est autre qu’une véritable centrale de référencement des pièces et des produits de para-peinture des partenaires du groupement mutualiste.

C’est même «une marketplace» (NdlR : une place de marché en ligne façon Amazon, mais BtoB) sur laquelle travaille Covéa, selon le terme exact employé par Laurent Decelle, directeur des réseaux et des partenariats au sein de Covéa et président de Cesvi, que nous avons joint par téléphone.

«A chacun son métier»

Il se veut d’abord rassurant face aux inquiétudes qu’il sait pouvoir générer dans la distribution traditionnelle. «L’idée n’est effectivement pas de devenir stockiste, ni de gérer une logistique coûteuse : à chacun son métier, nos partenaires fournisseurs savent mieux faire que nous en la matière, désamorce-t-il, confirmant par là-même que la logistique restera de la responsabilité des fournisseurs en question. «Nous sommes dans une logique pragmatique : nous assemblons des solutions existantes au service de nos prestataires et clients plus que nous ne les créons.»

Néanmoins, ce “Hub” sera bel et bien une création, lui, qui vient répondre à une préoccupation de longue date de Covéa : endiguer le prix croissant des pièces dans la réparation-collision.

Une initiative « logique » pour Covéa
Laurent Decelle, directeur des réseaux et des partenariats au sein de Covéa et président de Cesvi.

Laurent Decelle, directeur des réseaux et des partenariats au sein de Covéa et président de Cesvi.

«Nous faisons le constat d’une croissance exponentielle du coût des pièces d’année en année, qui était au-delà des 3% en 2017 et qui a encore augmenté ces derniers mois de façon colossale», déplore Laurent Decelle. Une hausse supérieure à celle du coût de la main d’œuvre (qui ne suit pas de très loin) et de la peinture, plus modérée.

Le renchérissement de la réparation «est le fruit de l’augmentation des tarifs des pièces d’origine, de l’augmentation du taux d’équipement des véhicules, de l’amélioration des technologies et de l’arrivée en masse des ADAS, reconnaît Laurent Decelle, tout en se défendant de tout rapport avec l’enquête récente de Mediapart. «En assureur responsable, nous nous devons d’apporter des solutions moins coûteuses à notre réseau et à nos clients.»

Pièces de collision aujourd’hui, pièces mécaniques demain ?

L’idée d’un “Hub” centralisant les référencements, à des conditions négociées par Covéa AIS, fort de son poids indéniable sur le marché de l’assurance auto (voir les chiffres-clés en fin d’article), n’est selon lui que la suite logique de ce que pratique déjà la SGAM.

«Cela s’inscrit dans la chronologie de nos actions pour renforcer nos partenariats avec nos fournisseurs et améliorer les conditions d’achat de nos réparateurs. Il y a d’abord eu des accords avec des fabricants de peinture en 2008, puis des accords avec des centres VHU pour la fourniture de pièces de réemploi et à présent, ce “Hub”, rappelle Laurent Decelle. Chaque année, nos accords ont permis à nos prestataires de faire croître leur chiffre d’affaires. Le “Hub” en sera le prolongement, en plus efficace encore.»

Et Covéa n’exclut pas d’intégrer, à terme, les pièces mécanique dans les référencements de son “Hub”, même si cela « ne fait pas partie du projet initial ».

Aucune obligation de s’y fournir

Laurent Decelle confirme en tout cas le caractère facultatif du recours au futur “Hub” pour les réparateurs “agréés” de son réseau. «Nous sommes dans une logique pragmatique et préférons associer plutôt qu’imposer», insiste-t-il. Ceux qui devraient rester associés au projet de Covéa, en toute logique, sont ses partenaires actuels, «hors peinture, la peinture n’ayant pas vocation à être référencée de cette façon».

Fournisseur de longue date, Cora, la plateforme de pièces de carrosserie d’Autodistribution, devrait donc en faire partie, tout comme les centres VHU qui fournissent les réparateurs Covéa en pièces de réemploi. «Nous voulons brasser plus large, en intégrant les différentes logiques territoriales, soutient Laurent Decelle. Les cibles de nos futurs référencements seront tout autant les constructeurs que les équipementiers et les groupements de distribution.»

Quant à savoir si améliorer les conditions d’achat de pièces des réparateurs permettrait de continuer de valoriser autant leur activité, Laurent Decelle répond par la positive. «Nous voulons continuer d’accompagner les réparateurs dans le développement de leur activité et, par exemple, qu’ils puissent gagner autant à monter une pièce de réemploi qu’à poser une pièce neuve, explique-t-il. Il s’agit aussi de préserver leur marge et si cela passe par une revalorisation de la main d’œuvre au passage, ça n’est pas exclu.» A bon entendeur…

Pas d’objectif chiffré à ce jour…

Si aucune date de lancement n’a été fixé pour ce “Hub”, c’est parce que Covéa entend avancer doucement mais sûrement. «Nous sommes en train de bâtir un RFI (NdlR :Request for Information” ou enquête préliminaire) auprès de nos partenaires potentiels. Nous discutons aussi avec des fournisseurs de solutions informatiques», détaille Laurent Decelle. Comme pour préciser que, si le projet est lancé, il n’est pas pour autant finalisé.

Pour ce qui est de couvrir les réparations du parc assuré par Covéa via le seul “Hub”, là non plus, aucun objectif n’est fixé. «Nous sommes ambitieux, naturellement, comme nous le sommes sur l’ensemble de nos partenariats. Mais nous ne nous fixons pas d’objectif chiffré», souligne-t-il.

… ni d’approche façon Alpha Scale

Tout au contraire d’un AXA qui, via sa filiale Alpha Scale, véritable centrale d’achats, affirmait dans nos colonnes en 2016 vouloir couvrir à terme les besoins en réparation-collision de plus de 90% de son parc assuré. D’une façon générale, le “Hub” made in Covéa ne se rapprochera pas du modèle Alpha Scale, dont les investissements ces trois dernières années ont été massifs à en croire ses premiers bilans (mais pour quels résultats ?).

Ce n’est donc pas Covéa qui fournira la pièce à son réseau et il ne sera procédé à aucune avance de trésorerie, c’est-à-dire que Covéa n’adopte pas non plus l’approche AXA qui propose de rembourser la pièce sitôt achetée auprès d’Alpha Scale par le réparateur agréé. «Nous apportons un sourcing à nos réparateurs, nous n’avons aucunement la vocation d’assurer le fonds de roulement de quiconque», insiste Laurent Decelle.

Les réparateurs “agréés” Covéa seront donc libres de recourir ou non aux services du “Hub” et s’ils le font, ce sera à de meilleures conditions qu’avant, mais ils continueront à acheter la pièce au fournisseur et à la revendre à leur client automobiliste. Business as usual, en somme.

Comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

Chiffres-clés Covéa en 2017

– 10,7 millions de véhicules assurés

– 3,67 Mds d’euros de primes automobiles

– 65 800 contrats d’assurance auto supplémentaires Vs. 2016

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1 Commentaire concernant “Covéa va référencer ses pièces en marketplace”

  1. « À chacun son métier »…, « Pas d’obligation De s’y fournir »…, c’est exactement le même discours qu’AXA tenait voici quelques années.
    Il est pourtant évident que, une nouvelle fois, les « inventeurs de solutions » font des émules ! Et d’autres ne tarderont pas à suivre comme toujours.
    Tous ces discours rassurants ne sont en fait que de parfaites réactions de chefs d’entreprises prudents et rodés aux conséquences de leurs effets d’annonce. Ils ne font que valider pour le futur la thèse d’une obligation de prudence… au cas où les résultats escomptés ne seraient pas au rendez-vous.
    Qui donc peut encore croire à une action de bienveillance et au vecteur croissance de ces nouvelles « boutiques loin du cœur de métier de leurs instigateurs » telles qu’elles sont à nouveau promises en terme de croissance du CA des réparateurs et surtout de leurs marges ? Ce dernier point n’étant par ailleurs jamais vraiment évoqué ?
    Et maintenant, à qui le tour ?

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