La révélatrice mise en vente du site allemand KFZteile24

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Le pure-player allemand KFZteile24 est à vendre. Et on dit tous les grands groupes de distribution européens (constructeurs compris) intéressés par ses quelque 175 M€ de CA rentables car bien soutenus par un marché allemand où le prix de la “pièce digitale” est raisonnablement remisé. Un signe de plus de l’inévitable réconciliation à venir entre pure-players et acteurs traditionnels ? Oscaro devrait le premier se poser cette question avant d’en subir la réponse…

Le pure-player allemand KFZteile25, n°2 outre-Rhin, a aussi déployé trois centres auto à Berlin comme celui-ci.

Le pure-player allemand KFZteile25, n°2 outre-Rhin, a aussi déployé trois centres auto à Berlin comme celui-ci.

Qui va bien vouloir s’offrir le site de vente de pièces en ligne allemand KFZteile24 ? Détenu par le fonds EQT Partners depuis 2015, il est le numéro 2 en Allemagne, derrière l’opaque germano-russe Autodoc.com (l’Oscaro allemand). KFZteile24 a réalisé 161 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 avec un peu moins de 500 collaborateurs. Il devrait dépasser les 175 millions cette année avec la même masse salariale.

Car EQT Partners cherche actuellement repreneur. Et l’on reparle évidemment de LKQ, de GPC et d’à peu près tous les acteurs-concentrateurs susceptibles d’ajouter cette acquisition à leurs cheptels européens respectifs. Dont bien sûr notre Autodis Group national. Sans exclure les constructeurs…

Pourquoi diable voudraient-ils s’encanailler dans la pièce digitale quand l’essentiel du business de ces potentiels repreneurs est traditionnel ? Pourquoi risquer d’agacer ainsi leurs distributeurs adhérents et leurs réseaux de réparateurs ? Peut-être parce que le patron actuel du site vient de la distribution traditionnelle : il a dirigé le distributeur allemand PV Autoteile, repris par Stahlgruber avant que lui-même ne soit gobé par LKQ. Ou parce qu’on prête à KFZTeile24 des appétits internationaux.

La raisonnable pièce en ligne allemande…

Peut-être aussi parce qu’il ne faut pas regarder la vente allemande de pièces en ligne avec des yeux français. Si ici, les sites écrasent leurs prix en ne gardant qu’une narine financière hors de l’eau –les récents avatars d’Oscaro en étant l’évidente illustration-, l’Allemagne de la pièce online semble bien plus raisonnable.

Pour le comprendre, il suffit d’aller voir les remises affichées par le leader Autodoc.com ou même par sa filiale Piècesauto24.com, qui tous deux d’ailleurs draguent des clients-automobilistes dans nos eaux hexagonales avec des versions françaises de leurs vitrines digitales. Difficile, même en France, d’y trouver des remises excédant 40% (même en freinage) quand nos acteurs digitaux franchouillards s’enorgueillissent d’aligner des promesses dépassant souvent les -70% !

Vers la grande réconciliation entre pure-players et traditionnels ?

Mais on devine aussi que ces temps de grandes braderies à la française touchent à leur fin. Les difficultés actuelles d’Oscaro l’annoncent mieux que toutes les boules de cristal. Et si la distribution traditionnelle européenne semble s’intéresser à KFZteile24, c’est aussi parce que l’on sait depuis longtemps que des différentiels de prix entre pièce “classique” et pièce internet n’excédant pas 30 à 40% suffiraient à rendre l’internaute-chasseur de prix heureux tout en laissant la distribution dite “de circuit long” sereine et apaisée. Avec ce type d’écart, la grande réconciliation des deux canaux de vente s’annonce même possible.

Voire certaine. Car dans ce contexte, une “cible” comme KFZteile24 devient à la fois politiquement acceptable et, surtout, potentiellement rentable pour les acteurs “traditionnels”. On se doute évidemment que si EQT Partners a ouvert les enchères, c’est parce qu’il a pu faire dégager un confortable Ebitda (rentabilité brute) par KFZTeile24 en vue de sa revente. Mais l’on sait aussi d’expérience que les grands concentrateurs du secteur de la distribution de pièces sont probablement prêts à payer une nouvelle prise jusqu’à 10-12 fois environ ledit Ebitda, aussi beau soit-il . Pourvu bien sûr qu’ils puissent inscrire l’entreprise dans leurs plans de développement… et surtout, qu’elle soit structurellement saine financièrement parlant. Ce qui semble être la cas : on prête environ 10% de rentabilité brute à KFZTeile en 2018…

Une alerte de plus pour Oscaro ?

Transmis à Oscaro qui, quoi qu’il proclame urbi et orbi ces jours-ci, s’avère plus prisonnier que jamais de sa stratégie de prix écrasés. Car il est pris dans les mors d’un dangereux étau.

D’un côté, par un Mister-Auto conquérant car maintenant adossé à un constructeur qui finance ses ambitions mondiales. Un Mister-Auto qui a donc les moyens de continuer à remiser en France pour suivre, jusqu’à l’absurde s’il le fallait, la partie de poker-menteur que s’acharne à jouer Oscaro depuis son origine. Sans oublier le challenger Yakarouler, qui se cherche un avenir élargi avec son concept de stores hybrides et le lancement récent d’un portail de services (assurance, annonces VO…) .

L’autre mors de l’étau, ce sont ses difficultés financières endémiques qui, quoi qu’en dise son patron Pierre-Noël Luiggi depuis des jours d’un story telling de moins en moins convaincant, ont surtout conduit Autodis Group à devoir urgemment intervenir capitalistiquement pour sécuriser ses créances. Une intervention d’ailleurs probablement ni à la hauteur, encore moins sous la forme, d’une «levée de fonds de 30 millions d’euros», malgré toutes les proclamations victorieuses et abondamment relayées de Pierre-Noël Luiggi…

Revenir aux fondamentaux

Bon gré mal gré, en face de ces grands mouvements qui renforcent chaque jour un peu plus ses concurrents alors que lui-même profite moins que jamais de son positionnement historique de bradeur, il va bien falloir que le patron d’Oscaro écoute les signes. Il n’est certes pas en faillite comme le prétendent les colporteurs de cette rumeur sur les réseaux sociaux. Des colporteurs qu’il vient d’annoncer, sur Europe 1, vouloir poursuivre devant les tribunaux. Mais qu’il quitte au moins sa chatoyante panoplie de Zorro de la pièce auto pour endosser le grisâtre mais plus fonctionnel costume de gestionnaire d’entreprise rentable.

Car il y a un temps pour les flamboyantes conquêtes et un autre pour les besogneuses “phases-plateau”. A trop l’oublier, Oscaro risque de se retrouver tôt ou tard centrifugé par le même marché qu’il a pourtant indiscutablement et si brillamment contribué à construire.

Comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

Un stand KFZteile24

Un stand d’animation KFZteile24.

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