Analyse – Fréquentation ateliers : pourquoi il faut craindre 2019…

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Face à la taxation des carburants et du diesel en particulier, la colère des automobilistes monte. Surtout chez ceux qui ne peuvent ni se passer de voiture, ni même en changer. Et l’impact psychologique du prélèvement à la source reste à venir. Différer l’entretien de leurs véhicules ne risque-t-il pas de devenir le seul “arbitrage mobilité” encore possible pour compenser la perte de leur pouvoir d’achat ? L’atelier va-t-il payer cash la fiscalité ?

La chasse aux véhicules diesel et la surtaxation de ce carburant vont-elles coûter cher en entrées-atelier ?

La chasse aux véhicules diesel et la surtaxation de ce carburant vont-elles aussi coûter cher en entrées-atelier ?

Les automobilistes français risquent bien de détester leurs voitures en 2019. Et tout particulièrement les péri-urbains et ruraux qui ne peuvent s’en passer au quotidien. À commencer, parmi eux, par les très nombreux qui roulent au diesel pour avoir été durant de longues années encouragés à privilégier cette énergie économique. Et si les décisions politiques comme le contexte économique ne désarment pas, rien ne va adoucir leur aversion.

Un contexte coûteux en carburants

Au seul niveau mondial, on parle de plus en plus d’un retour au baril à 100 dollars, lui qui a déjà triplé depuis 2016 pour frôler aujourd’hui 80 dollars. Il est certes en train de baisser légèrement depuis un mois. Mais comme le moteur de cette hausse s’alimente principalement d’instabilités politiques et économiques mondiales qui ne se détendent guère, on le voit mal s’effondrer dans les mois qui viennent.

La condamnation politique et fiscale du diesel fait des victimes chez les possesseurs de véhicules anciens

La condamnation politique et fiscale du diesel fait d’abord des victimes chez les possesseurs de véhicules anciens.

Ensuite et surtout,  parce que le gouvernement français, en surtaxant ce carburant, a décidé de sacrifier la motorisation diesel à sa “vertitude” de façade. Il a hâtivement déguisé sa stratégie de recettes fiscales en une “décarbonation” aussi mal justifiée que mal acceptée, ce que l’actuel mouvement des gilets jaunes illustre parfaitement. Les surtaxes déjà appliquées en 2018 se sont traduites en effet à la pompe, à kilométrage identique, par environ 100 euros supplémentaires en essence et 180 en diesel.

L’impact annoncé des taxes, en diesel comme en essence

Le début 2019 va encore accroître cette surcharge financière sur le budget des ménages concernés. Car les carburants -et tout particulièrement le diesel- vont donc encore augmenter sous l’effet cumulatif d’un prix des carburants élevés et d’une taxation croissante.

La perspective n’est guère souriante, à court comme à long terme : au 1er janvier 2019, la pompe va ainsi prendre un minimum de +6,5 centimes en diesel et près de 3 centimes en essence. Et en 2022, date où le diesel ne devra plus afficher d’avantage fiscal, l’Ufip (Union française des industries pétrolières), prédit un diesel atterrissant, après 4 ans d’augmentations, à +30 centimes et un super à +15 par rapport à 2018. Le tout si bien sûr le brut, qui représente 40% du prix hors taxes d’un litre, n’augmente pas encore déraisonnablement et durablement entre 2019 et 2022…

Les possesseurs de diesel triplement prisonniers

Ce sont hélas les ruraux et péri-urbains qui sont triplement prisonniers de la tendance, eux qui n’ont généralement guère d’alternative solide au déplacement en véhicule :

  1. ils roulent dans un parc de 5 ans et plus, donc dans ces autos les plus coûteuses en carburants ;
  2. justement celles qui ont le plus besoin d’entretien : ce parc pèse pour les 3/4 des entrées-atelier ;
  3. ces Français des banlieues et des champs auraient-ils d’ailleurs décidé de troquer dare-dare leurs vieux diesel pour des motorisations essence qu’ils constatent d’ores et déjà que le marché de l’occasion n’en veut pas. Les reportages se multiplient qui racontent en effet l’amertume des possesseurs face à la sur-décote que leurs véhicules diesel âgés subissent du fait du désamour qu’inspire cette motorisation.
Subir le renchérissement du diesel
Le volume des achat de diesel neufs vient encore de dévisser en octobre (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Le volume des achat de diesel neufs vient encore de dévisser à 36% en octobre (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

Mais comme les derniers chiffres du marché VN d’octobre le confirment s’il en était encore besoin (voir graphique ci-contre et notre partenaire Am-Today), ils sont de toute façon dans la nasse. Le diesel n’est plus “bankable”. Et probablement pour longtemps.

Ce véhicule diesel de 5 ans et plus, son propriétaire l’a donc autour d’un cou que la corde des taxes vient étrangler toujours plus. Et pour peu qu’il ait récemment fait le plein de fioul domestique à l’orée de l’hiver, il a déjà payé un premier prix fort et a compris, facture en main, qu’il est en passe d’être pendu haut et court.

D’autant qu’il ne faut pas non plus oublier un dernier obstacle et non des moindres : le prélèvement à la source et l’impact inévitable qu’il aura sur la trésorerie déjà tendue des ménages de cette “France d’en bas” . Et il commence, lui aussi, au 1er janvier 2019…

Seuls budgets réellement arbitrables ? Le kilométrage… ou surtout l’entretien

Pas besoin dès lors d’être bac+12 en statistiques pour pressentir l’avenir immédiat de l’après-vente. Les automobilistes malchanceux vont-ils décider d’arbitrer le premier poste du ménage qui est le loyer ou le crédit immobilier ? Non, bien sûr. Vont-ils taper dans le second budget dorénavant constitué de la téléphonie et la connexion internet ? Non plus, si ce n’est à la marge.

Il ne leur reste donc plus qu’à revisiter le troisième budget qu’est l’automobile. En limitant les kilométrages parcourus ou/et en différant l’entretien tant que possible. Comme ce dernier ressort à la significative valeur moyenne de plus ou moins 300 € TTC par entrée-atelier en France, ils ne vont sûrement pas s’en priver. À commencer par repousser ces révisions (saisonnière ou constructeur) et ces pneus qui pèsent ensemble plus de 50% de l’activité après-vente en volume. Ils l’ont déjà prouvé par le passé : en 2009, la crise financière avait fait s’évaporer près d’un million d’ordres de réparation…

Il faut donc s’attendre à un probable attentisme des entrées-atelier début 2019, s’il n’a pas déjà commencé. Autant d’ailleurs du fait du renouvellement spectaculaire des véhicules récents ces dernières années que par l’infamie politique et fiscale qui vient de frapper les vieux diesel. Ils n’en demandaient pourtant pas tant, la mortifère tricherie VW ayant déjà apporté son lot de mauvaises surprises…

Dans quelle proportion et pour combien de temps les consommateurs vont-ils tenter d’oublier leurs réparateurs ? Difficile évidemment à prédire précisément. Mais comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

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