Filière recyclage : vertueuse, mais encore fragile

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Le 8 novembre dernier, une table ronde organisée par le CNPA dans le cadre de la journée des métiers du recyclage a passé en revue les progrès réalisé par les filières de centres de VHU, de collecte d’huiles et de pneus usagés. Mais aussi d’aborder les points bloquants dans une économie circulaire à l’équilibre instable…

La table ronde organisée par le CNPA a permis de dresser un bilan flatteur des métiers du recyclage en 2017, mais aussi d'aborder les dossiers 'chauds' pour chacun des trois métiers...

La table ronde organisée par le CNPA a permis de dresser un bilan flatteur des métiers du recyclage en 2017, mais aussi d’aborder les dossiers ‘chauds’ pour chacun des trois métiers…

A l’heure où tous les signaux virent au vert pour favoriser l’économie circulaire, le Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA) a tenu le 8 novembre la première journée des métiers du recyclage et de l’économie circulaire. Son pôle éponyme, qui réunit les branches des déconstructeurs (centres VHU), de la collecte des huiles et celles des pneus usagés, a invité ses membres à venir échanger sur les changements opérés dans leur secteur, tant sur le plan des contraintes administratives ou fiscales que pour évoquer l’avenir de ces métiers. Et bien sûr revenir sur l’actualité de la pièce de réemploi, dont le très attendu arrêté d’application vient tout juste d’être publié…

Cette journée des métiers du recyclage et de l’économie a été ponctuée d’ateliers thématiques et d’une table ronde sur les enjeux de la filière et dans le cadre de laquelle l’Ademe a dressé un bilan chiffré de l’activité en 2017. Et ces chiffres de l’ADEME sont globalement très bons pour la filière.

VHU : excellentes performances

La filière VHU dénombre ainsi 1 708 centres agréés sur 2017. Sur 2017, quelque 1,138 million de véhicules au total ont été traités dans ces centres -véhicules particuliers, utilitaires et cyclomoteurs à trois roues- dont 1,045 million de VP, soit une hausse de 8,2 % par rapport à 2016. Ils ont en moyenne 18,4 ans, soit deux fois l’âge moyen du parc roulant.

Selon l’Ademe, la filière est encore en phase de structuration : si en effet 42 % des centres ne traitent que moins de 500 VHU par an, 20 % des centres s’arrogent quant à eux 62 % du volume total de véhicules annuellement traités ! À noter également, le nombre en hausse significative des véhicules électriques traités : ils sont en effet passés de 167 en 2016 à 418 l’année dernière…

En matière de recyclage et de valorisation, la filière française remplit au moins un des objectifs assigné par Bruxelles : atteindre un taux de recyclage et de réutilisation de 85 %. Elle l’a même dépassé avec 87,4 %. Sur ce plan, il convient de noter que la destruction des véhicules dans les centres a généré quelque 9 millions de pièces de réemploi (PRE) ! Il se prélève en moyenne 138,5 kg de PRE par véhicule traité, soit environ 12 pièces par véhicule.

Petite ombre au tableau, le taux de réutilisation et de valorisation, fixé au niveau européen à 95 %, n’a pas été atteint. Avec 94,6 %, il perd même 0,2 point par rapport à l’exercice précédent…

100% ou presque pour les huiles et les pneus

Peu de choses à signaler du côté des filières de collecte des huiles et des pneus usagés. La filière huile, mise en place depuis maintenant 75 ans, fonctionne particulièrement bien. Quant à la collecte des pneus usagés, elle peut même se targuer d’avoir un temps récolté certaines années plus que ce qui avaient été écoulé l’année précédente…

Les 52 ramasseurs d’huiles usagées ainsi été collecté 198 000 tonnes d’huiles noires usagées, dont 50 % proviennent du secteur automobile. 100 % des huiles usagées sont aujourd’hui valorisées : l’essentiel des huiles noires collectées sont orientées vers la régénération (pour 70 % du tonnage total) -une destination qui a gagné près de 25 % par rapport à 2016. La valorisation énergétique perd, elle, logiquement du terrain avec -12,1% et ne représente plus que 29,1 % des tonnages collectés.

Quant aux pneus usagés, les 58 collecteurs agréés ont assuré le ramassage de 530 670 tonnes, dont 25 867 issus des centres de VHU. Plus de la moitié des tonnages emprunte la voie de la valorisation énergétique au travers des cimenteries. Concernant la valorisation matière, 21,2 % sont destinés à la granulation (+19 % depuis 2013), 12,5 % au marché de l’occasion (une croissance de 34 % depuis 2013 !) et 3,4 % au rechapage (-27 % depuis la même date). Le taux de traitement a fait un bond en 2017, pour passer à 98 % lorsqu’il n’était ‘que’ de 89 % un an plus tôt…

Des inquiétudes

«Nous pouvons dire que la filière est exemplaire», a tenu à conclure Dorothée Decrop, directrice du pôle QSE, Recyclage et Economie circulaire au CNPA. «Nous avons su professionnaliser la filière en quelques années», ajoute Estelle le Delliou, présidente de la branche des collecteurs des pneus usagés au sein de l’organisation professionnelle. Toutefois, au-delà du satisfecit de ces bons chiffres, la table ronde a également permis de mettre en avant certaines problématiques.

Notamment, pour les VHU, d’un manque à gagner conséquent du fait que 500 000 véhicules en fin de vie sont absorbés annuellement par une filière illégale. Si la filière légale est donc vertueuse, elle reste économiquement fragile, la rentabilité des déconstructeurs agréés reposant en partie sur la vente de pièces d’occasion…

Contre ce fléau, le CNPA alterne des actions de conciliation et des actions en justice –qu’elle gagne toujours, rappelle Dorothée Decrop. Mais l’ampleur de la tâche est colossale avec l’émergence du web : selon la directrice du pôle Économie Circulaire, il se vendrait quotidiennement en pièces l’équivalent de 200 M€ ! «Lorsque l’on sait que c’est le CA cumulé des de l’ensemble des entreprises de la branche…», rappelle-t-elle.

Certes, quelque 2 500 inspections ont été réalisées depuis 2012, débouchant sur 164 fermetures de site. Reste qu’un fichier SIV nettoyé pour des raisons tant que sécurité que de traçabilité des véhicules et d’un manque à gagner de l’État (il comporterait 57 millions de cartes grises pour un parc roulant actuel de 41 millions de véhicules…), ou encore une étude quant à une aide financière pour aider les propriétaires à se séparer de leur véhicule auprès de professionnels agréés, sont des pistes que le CNPA souhaiterait voir étudiées.

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