Reprogrammation des calculateurs : concrétisation des espoirs

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Dans l’accès obligatoire aux données techniques, les réparateurs ont accès à la reprogrammation des calculateurs, du moins dans les lois et dans les normes appliquées par les constructeurs et issues des règles dictées par l’Europe. Mais jusqu’à présent, l’utilisation du “passthru” reste du domaine de la théorie car l’application est beaucoup plus complexe…

Un 3007 en cours de téléchargement en utilisant le Delphi DS-Flash

Un 3007 en cours de téléchargement en utilisant le Delphi DS-Flash.

Le téléchargement des calculateurs n’est pas une opération simple. Il consiste à connecter l’électronique du véhicule avec les serveurs du constructeur pour mettre à jour des logiciels de fonctionnement d’un ou plusieurs calculateurs. Pour y parvenir, il ne suffit pas d’un appareil de  »diagnostic » disposant de la connectivité à la norme SAE J2534 (dite  »Passthru ») : il faut aussi accéder aux sites après-vente des constructeurs et remplir l’ensemble des pré-requis pour disposer d’un accès comme un réparateur agréé. C’est d’abord souvent le téléchargement d’un logiciel spécifique, qui est suivi d’une demande d’accréditation en répondant à des critères spécifiques à chaque constructeur. C’est seulement après cette étape que le réparateur peut acheter des temps d’accès aux bases et aux méthodes de téléchargement. Pour tous ces préliminaires, il peut y avoir des délais allant jusqu’à plusieurs semaines, et même l’achat d’une clé USB spécifique (un dongle) qui est livré par courrier !

Pourquoi reprogrammer ?
Désormais les constructeurs intègrent les mises à jour de leurs modèles en mode sans fil et en temps réel...

Désormais les constructeurs intègrent les mises à jour de leurs modèles en mode sans fil et en temps réel…

Depuis les années 2000, les calculateurs embarqués sur les véhicules pour la gestion moteur, pour les boîtes de vitesses, le freinage et bien d’autres fonctions ont des processeurs génériques, que le constructeur charge avec un logiciel qui est propre au modèle et à la version du véhicule. C’est plus souple en fabrication et surtout, cela permet les mises à jour en cas d’amélioration de cette gestion au fil du temps ; on a pu le constater durant la crise du  »diesel gate »…

Les véhicules les plus évolués ont actuellement jusqu’à 80 voire 100 calculateurs et les mises à jour sont de plus en plus fréquentes. Or, ces programmations qui sont systématiques chez le constructeur doivent être possibles pour tous les réparateurs. Il en va d’ailleurs de la réputation de fiabilité des marques pour l’usager du véhicule. Les mises à jour sont proches des 20 % des interventions actuellement, mais seront sans doute systématiques à chaque passage d’un véhicule dans l’atelier dès 2025.

Aujourd’hui, il s’agit de reprogrammer un élément lorsqu’il a été remplacé, ou que son démontage a entraîné une nécessité de mise à jour. Ainsi le remplissage de la cérine dans certaines voitures du groupe PSA nécessite une reprogrammation du calculateur d’injection.

Un groupe de travail pour démystifier

Les difficultés d’accès à cette pratique ont conduit des fédérations à s’y intéresser, à commencer par la FEDA, son travail étant repris depuis par le CNPA, sous l’égide d’Yves Riou, directeur du pôle contrôle maintenance réparation pour la branche de la réparation indépendante qui représente 12 000 réparateurs en France. Ce groupe de travail exerce sur plusieurs niveaux : tout d’abord il teste la faisabilité du téléchargement avec des équipements multi-marques adaptés au téléchargement à la norme passthru, sur toutes les marques distribuées en Europe. Il agit également au niveau européen pour que soient respectés les droits au téléchargement au regard des difficultés rencontrées lors des tests. Enfin, le groupe de travail participe à l’élaboration des normes automobiles, notamment sur celles relatives au téléchargement des calculateurs, pour que soit respecté le libre accès des réparateurs aux données techniques et à une réparation en toute équité.

Des propositions chez tous les équipementiers
Les 5 types de réseaux présents dans les véhicules et leur rapidité. Les plus récents (et plus chargés en informations) sont en protocole DoIP Ethernet.

Les 5 types de réseaux présents dans les véhicules et leur rapidité. Les plus récents (et plus chargés en informations) sont en protocole DoIP Ethernet.

Pour que les indépendants puissent effectuer des opérations de téléchargement de calculateurs, les fabricants d’appareils de maintenance électronique proposent depuis déjà plusieurs années des interfaces véhicule qui répondent à la norme de dialogue dite passthru, la SAE J2534. Comme évoqué plus haut, la présence de cette fonctionnalité ne garantit pas l’accès aux opérations de téléchargement, mais est indispensable pour pouvoir engager une requête. Il faut que le véhicule soit mis en sécurité électrique (batterie sous tension stabilisée), qu’une connexion Internet fiable soit établie, que les liens informatiques soient réalisés avec les serveurs du constructeur et qu’un achat de droit de téléchargement soit effectué.

Selon le groupe de travail du CNPA, ce sont les dernières étapes qui sont les plus difficiles à réaliser. Si les fabricants d’appareils proposent la fonction passthru sous protocole SAE J2534, peu disposent de la norme ISO 22900, qui répond également au mode de lien DoIP Ethernet.

Il faut également savoir que les sites constructeurs et les logiciels nécessaires au téléchargement ne répondent pas tous aux mêmes standards de Windows (32 ou 64 bits…), nécessitant dès lors plusieurs ordinateurs différents lorsque l’on veut travailler sur plusieurs marques différentes…

La démarche originale de Delphi

On peut arriver plutôt en retard sur ses concurrents mais disposer d’atouts assez convaincants. Delphi dispose de près de 20 ans d’expérience dans le diagnostic et la maintenance électronique. Pour établir des bases solides à son système, les Anglo-Américains se sont associés à des Suédois (Autocom) qui avaient développé une interface et des logiciels dès la fin des années 90. Delphi le complète d’une base de données et de spécificités à sa marque. En 2004, le poids lourd venait compléter la gamme qui s’appuie sur une interface connectée et alimentée par la prise E-OBD et un ordinateur d’affichage où sont installés le logiciel de maintenance électronique et les bases d’informations.

Jusqu’à maintenant, pas de connectivité avec les standards SAE J2534 passthru. L’entreprise s’est penchée sur le problème en interne avec une interface spécifique, le DS-Flash. Pour accueillir les liens avec les constructeurs, Delphi fournit dans sa solution un ordinateur Panasonic pro déjà préinstallé avec les liens des sites de la plupart des constructeurs. Le client dispose de câbles (par exemple BMW broches rondes) et en option (fortement recommandable),  d’une alimentation stabilisée 12 V.

Delphi DS Flash, prêt à télécharger
Le DS-Flash propose une solution dédiée au téléchargement, complète et évolutive.

Le DS-Flash propose une solution dédiée au téléchargement, complète et évolutive.

Présenté depuis quelques semaines par les équipes commerciales de Delphi, le DS Flash est l’outil qui doit permettre aux indépendants de travailler comme les réparateurs agréés. Non seulement l’interface est conforme à toutes les normes et protocoles présents dans le SAE J2534, mais elle est déjà prévue pour les véhicules obéissant au protocole ISO 22900 (pour les véhicules en DoIP, norme Ethernet). Pour travailler avec cette interface, un PC dédié est fourni dans le kit. Il est d’origine téléchargé avec les logiciels d’accès aux bases constructeurs, installés sur 4 partitions séparées du disque dur, toutes avec une license Windows spécifique pour travailler en indépendance sur les marques qui le nécessitent.

C’est sans doute là la force du DS-Flash, qui affranchit le réparateur de toute la partie rébarbative de recherche des procédures pour atteindre chacun des sites de constructeur. Par ailleurs, Delphi fournit l’assistance sur son outil pour aider le réparateur à franchir les derniers obstacles ainsi que pour pallier l’absence de certains accès, dont les mises à jour ne sont pas intégrées.

En incluant le chargeur intelligent Gys Flash qui assiste la batterie au maintien d’une tension suffisante pendant les opérations de téléchargement, le  »kit » DS-Flash est facturé au tarif de base de 7 000 euros. Le prix de la tranquillité !

Et le mécano ?

Pour le mécanicien, faire du téléchargement sera assez rapidement une opération de routine mais qui aura imposé des apprentissages conséquents. Il lui faudra maîtriser l’utilisation des différents logiciels des constructeurs et l’organisation des informations dans ceux-ci. Pour certaines marques, ils pourront même faire du diagnostic directement avec les systèmes du constructeur qui sont intégrés dans l’offre, un plus pour les réparateurs qui sont spécialisés dans une marque en particulier.

Le GNFA (pour la formation continue) et le GARAC, l’école des professions de l’automobile (pour la formation initiale) ont déjà prévu des formations spécifiques au téléchargement sous protocole SAE J2534 et ISO 22900. Par cession d’une journée avec théorie du téléchargement et pratique marque par marque, les stagiaires vont acquérir les bases indispensables à cette prestation.

Parole d’expert

Yves Riou est directeur du pôle contrôle maintenance réparation au CNPA, le syndicat des professions de l’automobile et à ce titre, il défend les réparateurs dans l’accès aux données techniques. Au sein d’un groupe de travail dédié au téléchargement des calculateurs, il étudie la faisabilité avec les appareils du commerce de réaliser les téléchargements.

«Aujourd’hui, nous avons testé 14 marques en téléchargement, nous sommes à valider la faisabilité pour Mercedes et BMW et nous aurons alors 85 % des véhicules roulants du parc automobile depuis l’arrivée de la norme Euro 5 qui impose les accès au téléchargement. Faire ce travail est indispensable pour les réparateurs indépendants et c’est une des missions du CNPA que d’assurer la pérennité d’activité de ces professionnels qui sont plus de 12 000 inscrits à notre syndicat.

Nous pouvons considérer que l’essentiel est désormais réalisé, mais il faut rester vigilant car les constructeurs établissent en permanence de nouvelles procédures pour accéder aux données techniques et nous devons être capables de procéder à une veille permanente.

Nous testons également les appareils de maintenance adaptés au téléchargement, pour connaître, avec les fabricants, la faisabilité des opérations depuis leurs équipements.

Nous avons travaillé avec les professionnels spécialisés, avec des consultants du domaine ainsi qu’avec les organismes de formation qui peuvent ainsi mettre en place les sessions de formation pour les professionnels et intégrer le téléchargement dans les programmes de formation initiale. »

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