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Qui sont les plausibles investisseurs dans Yakarouler?

Yakarouler, le dernier des pure-players indépendants français, se cherche un partenaire, voire un repreneur, qui pourrait ajouter une telle brique digitale à ses appétits logistiques ou commerciaux. Mais dans un monde de la pièce si changeant, les potentiels investisseurs d’aujourd’hui ne sont plus nécessairement ceux d’hier…

Qui sont potentiellement ceux qui se présentent pour s'offrir tout ou partie de Yakarouler?

Qui sont potentiellement ceux qui se présentent pour s’offrir tout ou partie de Yakarouler?

 

On le sait depuis Equip Auto : Yan Gyssels, fondateur du site Yakarouler et Lily Poprawski, sa directrice générale, ont décidé de ne plus rester seuls (voir «Yakarouler sur le point d’ouvrir son capital»). Les deux dirigeants sont bien conscients que si la vente de pièces en ligne à encore un bel avenir, la taille critique ne fait que croître pour qui veut continuer à peser dans cette activité gourmande d’investissements et avare de marges.

Des concurrents toujours plus puissants…

Il est vrai qu’au-delà de ses plus de 30 millions d’euros de CA et de tout son dynamisme, Yakarouler fait aussi face aux nouvelles configurations de ses concurrents historiques. Mister-Auto s’appuie maintenant sur la puissance du groupe PSA pendant qu’Oscaro, lui, semble déjà afficher un retour à la rentabilité sous l’égide du groupe de distribution PHE. Tous deux héritent des perspectives internationales de leurs deux propriétaires. Et tous deux cumulent les moyens et les outils logistiques susceptibles de soutenir à la fois les investissements sans fin qu’exigent le digital et l’optimisation d’achats qui permettent de contrecarrer la concurrence croissante qui pullule dans l’univers toujours en expansion des pure-players.

Car parallèlement, la compétition n’est plus franco-française comme durant les années d’émergence du commerce de la pièce en ligne. Il faut maintenant aussi tenir compte de concurrents allemands, est-européens, eux aussi soutenus par de puissants investisseurs et qui se montrent particulièrement offensifs. Voire même, parfois, peu regardants sur les moyens employés pour bousculer la concurrence…

AAG, Renault, PSA, PHE…

logiquement donc, Yakarouler se cherche lui aussi une fusée porteuse susceptible de le placer sur le même orbite que ses “confrères” du secteur. Le dossier avance mais bien sûr, ni Yan Gyssels, ni « Lily » Marjorie Poprawski, n’ont envie de nous en dire plus, confidentialité des tractations en cours oblige.

Nous nous sommes donc demandé par nous-mêmes qui aurait de bonnes raisons de s’intéresser à l’opportunité Yakarouler pour compléter sa propre stratégie. Et en creux, cela permet aussi d’évoquer des futurs possibles parfois oubliés.

Par analogie, il nous paraît logique de rechercher tout d’abord les constructeurs ou les groupements de distribution en retard respectivement sur PSA/Mister-Auto et PHE/Oscaro. Et dans ce registre, deux candidats plausibles s’imposent spontanément :

  • Alliance Automotive Group bien sûr, dont le nom a déjà été chuchoté comme rôdant, un aileron hors de l’eau et toutes dents dehors, autour de Yakarouler. Face à son concurrent PHE, la stratégie digitale du distributeur semble encore erratique et fait effectivement assez pâle figure. Yakarouler serait une excellente option pour refaire son retard en la matière, voire pour le mettre à la disposition d’un déploiement pan-européen.
  • Côté constructeurs, Renault souffre également d’une douloureuse comparaison avec la stratégie de PSA Aftermarket. Il est certes monté au capital du réseau de 9 plateformes Exadis vendu par le groupe Laurent ; il s’appuie certes aussi sur ses concessionnaires pour déployer des plaques PR susceptibles de distribuer pièces d’origine, MDD Motrio et pièces équipementières ; certes encore, il explore le digital via sa startup Parts Advisor, sorte de réponse au Butler de PSA. Mais il lui manque la “brique” de la pièce digitale BtoC.
D’autres pure-players ou même un Mobivia…

Rien n’interdit non plus que les mêmes PHE et PSA viennent aussi regarder le dossier d’un Yakarouler pour simplement renforcer et compléter leur encore jeune culture du e-commerce. Ou tout simplement, pour fermer une porte royale à d’autres pure-players qui, tellement soucieux d’investir le marché français, pourraient gagner un temps précieux en briguant la base pré-établie et les parts de marché d’un Yakarouler…

Par analogie toujours, Mobivia n’est pas à exclure. Le groupe nordiste est l’autre nouvel actionnaire d’Exadis. Il n’est certes pas manchot en digital, puisque les réseaux de centres auto et de spécialistes s’y sont mis depuis de longues années. Mais il y est venu comme les autres dans l’esprit d’une extension virtuelle de ses linéaires historiques (voire même d’un pare-feu à la douloureuse concurrence des pure-players), ou encore pour suivre la tendance du devis et rendez-vous en ligne. Yakarouler est fatalement plus performant en ingénierie digitale, voire en constitution de gammes équipementières, lui qui pense, investit et vit 100% digital.

Mobivia a en outre déjà prouvé sa capacité à acheter des pure-players œuvrant sur son territoire “physique historique”. Il s’offrait en 2014 le spécialiste scandinave du pneu en ligne Bythjul.com. La même démarche d’acquisition vers la pièce en ligne semble donc elle aussi plausible. Comme d’ailleurs son rachat d’Autopass/Originauto laisse présager des appétits pièçards en BtoB, autre bonne raison d’avoir acquis Exadis. Si c’est le cas, il pourrait aussi ne pas être insensible aux 1 000 réparateurs-monteurs de Yakarouler, quand Originauto n’a jamais avoué plus de 300 à 400 clients…

Les équipementiers classiques en rêvent…

N’excluons pas non plus des candidatures apparemment plus hérétiques : celles d’équipementiers. Tous pensent secrètement à vendre leurs pièces directement. Mais sans évidemment trouver la façon qui permette d’explorer une vente directe sans fâcher l’incontournable circuit long fait de centrales d’achats de plus en plus internationales, de plateformes toujours plus nombreuses, de réseaux de distributeurs régionaux de plus en plus concentrés et de leurs clients réparateurs de plus en plus agacés par la concurrence de la pièce en ligne.

Se réapproprier un peu des marges revendiquées par chacun de ces étages logistiques ou commerciaux, beaucoup d’équipementiers en rêvent chaque nuit… avant de se réveiller en sueur à l’idée d’être convoqués sans ménagement aux derniers étages des headquarters des LKQ, GPC/AAG ou PHE qui représentent une substantielle part de leurs canaux de vente et de leurs chiffre d’affaires aftermarket. Si saisir la proie du circuit court est tentant, risquer l’ombre des sanctions possibles quelques heures seulement après avoir pressé le bouton digital reste rédhibitoire. Mais pas nécessairement pour tous.

Des manufacturiers tentés ?

Certains équipementiers sont déjà solidement sortis de leur périmètre de producteurs pour devenir distributeurs, ou/et réparateurs ou/et retailers. Ces “hybrides”, forts de stratégies potentiellement “mutagènes”, peuvent voir plus d’avantages que d’inconvénients à ajouter un Yakarouler à leur stratégie.

Prenez Michelin par exemple. Il a de tout temps su contrôler sa distribution. Le manufacturier est aussi distributeur et même réparateur (plus de 2 300 centres Euromaster dans 17 pays). En 2015, il s’est offert un pure-player britannique du pneu : Blackcircles.com. La même année, il posait un pied minoritaire certes -mais un pied quand même- dans Allopneus.com. Et Michelin n’est pas non plus allergique aux pièces, notamment celles qui ont le caoutchouc ou d’autres points communs avec ses pneus. Il sort ainsi de son territoire historique en apposant son nom sur certaines lignes de produits (essuie-glaces, courroies et kits de distribution, jantes, produits d’entretien, tapis de sol, etc.)

Mais Michelin n’est pas le seul explorateur du digital et du retail en la matière. Le Japonais Bridgestone est aussi réparateur, avec ses First Stop (2 000 centres dans 25 pays d’Europe), ses 100 Côté Route en France (ex-groupe Ayme) et ses 562 centres Speedy, dont près de 500 en France. De quoi rendre fatalement sensible, là aussi, au e-commerce.

Des équipementiers déjà en mouvement…

Tout cela sans oublier non plus Continental, à cheval pour sa part entre pièces et pneus. Lui aussi est déjà présent dans le BtoC “traditionnel” au travers de BestDrive et ses presque 1 700 centres en Europe. Pour lui aussi, ajouter un pure-player à son business existant aurait donc du sens.

L’Europe recèle d’autres exemples transgressifs que ces trois manufacturiers. Magneti Marelli, devenu Marelli, déploie aussi ses réparateurs CheckStar (4 000 réparateurs dans 20 pays). A sa façon, Bosch aussi fait le grand écart avec son réseau de réparateurs Bosch Car Service (15 000 garages dans le monde). Il y a toutefois peu de chance que l’équipementier allemand soit candidat à la reprise d’un Yakarouler. Car il n’a jamais caché son antipathie pour la pièce en ligne et son indéfectible fidélité à la distribution traditionnelle, lui qui, en 2014, partait seul affronter judiciairement l’épouvantail Oscaro

Même aux États-Unis, d’autres expériences du même type sont tentées. Le milliardaire Icahn, propriétaire de Federal Mogul, s’est offert en 2015 le réseau de centres auto Pep Boys. Et ce, au nez et à la barbe de… Bridgestone. La colère qu’a inspirée cette acquisition à GPC (aux USA, Federal Mogul l’a court-circuité en vendant directement ses pièces à Pep Boys), n’a pas fait reculer l’équipementier, même au prix d’une punition qui a depuis franchi l’Atlantique avec l’arrivée de GPC en Europe…

L’embarras du choix ?

Un équipementier purement producteur de pièces aurait bien sûr du mal à assumer de s’offrir brutalement, avec un Yakarouler, un débouché pure-player réputé briseur de prix. En revanche, ces industriels et distributeurs précités, qui ont déjà franchi le Rubicon du commerce BtoC, qui assument déjà sans rougir leurs activités ou leurs appétits, peuvent justifier s’offrir Yakarouler comme une logique continuité de leurs stratégies commerciales déjà établies.

Oui, à bien y réfléchir, Yakarouler pourrait bien avoir l’embarras du choix. Le prochain repreneur se recrutera-t-il parmi les potentiels candidats que nous avons recensés ici ? Il reste aussi à évoquer les fonds d’investissement, qui continuent visiblement à considérer le business de la pièce comme porteur.

Comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

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