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Les assureurs auto, grands gagnants du confinement?

A en croire une confidence encore non vérifiée d’un grand assureur, la sinistralité automobile aurait chuté de 97% depuis le début du confinement. Soit une économie allant au moins de 723 millions d’euros jusqu’à 1,755 milliard. Ces chiffres semblent crédibles : à en croire au moins le GiPA Italie, le kilométrage moyen transalpin a chuté de 86%. A écouter les acteurs du marché de la réparation-collision, les ateliers français sont quasiment à l’arrêt. Et si les assureurs profitaient de cette manne inattendue pour aider leurs partenaires carrossiers, eux qui sont depuis toujours appelés à soutenir la rentabilité des assureurs ?

Voir aussi: «Carrosserie : vers des conditions d’agréments suspendues en 2020 ?»

Tout le monde n’est pas égal devant les conséquences économiques du confinement. Les assureurs automobiles par exemple doivent suivre ce constat avec une gourmandise difficilement avouable : moins les véhicules roulent, plus le nombre de sinistres baissent. Eux qui se plaignent chaque année de couvrir à grand peine le risque automobile par des primes qu’ils jugent insuffisantes doivent secrètement bénir cette année de pandémie. D’autant qu’elle produit les mêmes effets dans une foultitude de pays.

Et ce n’est d’ailleurs pas la seule bonne nouvelle pour eux : confinement oblige, les cambriolages affichent en mars une baisse de 44%. Et le fait que les gens soient confinés chez eux devrait éviter, au moins réduire l’impact, d’un grand nombre de dommages domestiques type fuites d’eaux, départ de feu, etc., etc. Sans oublier la fermeture des troquets, restaurants et autres salles festives. Voilà qui doit aussi empêcher quelques parcours routiers alcoolisés…

Mais restons-en aux seuls sinistres automobiles. Un très grand assureur le confiait récemment à un acteur de notre secteur : les sinistres automobiles auraient chuté de… 97% depuis le début du confinement ! Aussi fort soit-il, ce pourcentage n’est pas pour autant aberrant. Les carrossiers sont légions à dire qu’ils n’ont plus rien à faire.

Des sinistres en chute de -60% à -97%

Nous nous sommes bien sûr immédiatement préoccupés de vérifier ce chiffre auprès de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). A l’heure où nous bouclions ces lignes, rien n’augurait d’une réponse rapide sur le sujet : «Il sera très difficile de donner un retour ce jour ou même demain, nos équipes étant surchargées», nous a répondu en début de soirée dernière son service de communication…

Nous avons donc essayé de trouver d’autres chiffres fiables pouvant étayer ce -97%. Pour reprendre l’exemple italien que nous citons régulièrement dans nos colonnes puisqu’en avance d’une semaine de confinement sur nous, le GiPA transalpin confirme que le kilométrage moyen a baissé en Italie de… 86% en VP/VUL. Il y a de forte chance que le GiPA français confirme prochainement un tel chiffre. Il ne serait guère étonnant qu’une telle décrue permette un bien meilleur taux de baisse de sinistralité.

De leur côté, TomTom comme Wase confirment la quasi-disparition de ces embouteillages constants en grandes villes, si prodigues en petits chocs urbains qui remplissent habituellement les ateliers de carrosserie. Quant à la startup Xee, elle vient d’estimer pour sa part, dans une récente interview donnée à notre confrère Auto-Infos, que le trafic routier européen a baissé en moyenne de 60%.

Un gain de 723 millions à 1,755 milliard d’euros ?

Nous avons donc retenu la fourchette allant de ce chiffre probablement optimiste de -60% à celui découlant de cette possible baisse de 97% encore non validée par la FFA. Puis, à partir des chiffres officiels de la fédération des assureurs et mutuelles, nous avons donc élaboré le tableau ci-dessus.

En divisant les charges d’indemnisations en 2018 (provisions pour risques comprises) par le nombre de sinistres la même années (tous types confondus : matériel, corporel, vols, bris de glace, etc.) nous sommes arrivés à un coût/sinistre automobile moyen de 1 960 €. Nous avons ensuite divisé le nombre de sinistres de l’année 2018 par 52 semaines, puis multiplié ce résultat par les 6,4 semaines de confinement que nous aurons vécu d’ici fin avril. Et ce n’est qu’un début, puisqu’un déconfinement à partir de mi-mai, voire mi-juin, (et progressif en plus) n’est plus à exclure. Et si l’on en croit le catastrophiste BCG, il pourrait même s’étirer jusqu’à fin juillet (voir «GiPA France : déjà 626 M€ perdus par les ateliers VP et VUL…»)

Résultat : si les sinistres ont baissé de 97%, l’économie assurantielle sera fin avril d’environ 1,755 milliard d’euros. S’ils n’avaient baissé que de seulement 60% (hypothèse probablement très optimiste), la cagnotte atteindra tout de même près de 723 millions d’euros. Et bien sûr, nous ne parlons là que du marché français, quand beaucoup d’assureurs interviennent dans de nombreux pays parmi ceux qui sont confinés à l’identique.

Soutenir les carrossiers ?

Alors, fort de ce constat imparable au moins dans sa logique, il nous est venu une idée que nous soufflons à nos lecteurs assureurs : puisque certaines compagnies ou mutuelles semblent enclines à rembourser une partie des primes aux conducteurs, que certains de leurs patrons sont prêts à renoncer à une partie de leur rémunération 2020 pendant que d’autres se sont unis pour alimenter un fonds de solidarité pour les TPE DE 200 M€, n’y a-t-il pas là aussi moyens (au sens figuré comme au sens propre) d’abonder un fonds de soutien à leurs amis et partenaires de toujours que sont les carrossiers ?

Ils participent, parfois à leur corps défendant mais depuis si longtemps, à l’effort de guerre assurantiel pour maîtriser les coûts de sinistres. N’est-ce pas là l’occasion d’aller puiser dans ces économies inédites pour leur renvoyer l’ascenseur, eux qui sont aujourd’hui exsangues comme jamais ?

8 commentaires concernant “Les assureurs auto, grands gagnants du confinement?”

  1. Tout à fait d’accord avec tous ces commentaires. Cette crise sanitaire, pour nous, réparateurs, on sera doublement pénalisé. Non seulement pendant 6 à 8 semaines le taux des sinistres aura baisser (-60 à -95 %) et la période de dé-confinement se sera pas instantanée. Il n’y aura pas une reprise des sinistres à 100%, donc les entrées carrosserie en atelier seront peu nombreuses… Et les assureurs gagneront encore. Pour nous, c’est la double peine pendant le confinement et après le confinement.
    Au mieux, on pourra espérer une reprise en vitesse « croisière » en septembre… Et le résultat de la crise sanitaire fera des perdants chez les carrossiers. Mais gardons espoir.

  2. Avatar Guillaume Dominique / 10 avril 2020 á 15 h 09 min / Répondre

    guido
    Ont peut toujours rêvé. Et les CARROSSIERS sont de grands rêveurs.
    Depuis la nuit des temps, les assureurs nous tondent la laine et maintenant, vous voudriez qu’ils nous tricotent un gilet. Pourquoi pas une écharpe pour nous étrangler un peux plus?

  3. Ils économisent plus que ça.
    Il y a aussi toute la partie assistance -75% d’activité, moins de remorquages donc moins de rapatriements et retour au véhicule (taxi/train), moins de véhicule de prêt, etc.

    Et là on ne parle que côté automobiles…

  4. Je Partage complètement cet avis, qui devient nous semble t’il une évidence, les assureurs doivent se pencher sur la question de la perte d’exploitation financière et affirmer la crédibilité de leur métier.

    • Je partage totalement l’idée que les assureurs doivent aujourd’hui faire preuve d’un grand esprit citoyen. C’est ce qu’ont d’ailleurs fait de très nombreuses entreprises industrielles qui ont, IMMÉDIATEMENT (dès le tout début du confinement), SPONTANÉMENT et GRATUITEMENT (!!!), agi au profit de tels ou tels besoins impérieux. Quels que soient les montants d’économies économisés, les citoyens que nous sommes devons et devrons maintenir la pression pour que les sommes exactes soient connues. Le fait générateur étant une situation de catastrophe exceptionnelle, ces sommes devront pour partie être restituées aux « cotisants », non pas 30€ sur 50 payés par la Maif par exemple ce qui est à mon sens scandaleux…, mais bien au prorata global des gains indûment perçus pendant la période concernée.
      Pour autant, j’entends aussi parler de « perte d’exploitation » pour laquelle nombre de chefs d’entreprises demandent un règlement sur la base des conditions de garanties de leurs contrats.
      Sur ce point particulier, je voudrais quand même apporter quelques précisions pour que, à la sortie de cette crise, chacun sache vraiment de quoi on parle.
      A ce jour, AUCUN CONTRAT FRANÇAIS DE DOMMAGES NE GARANTIT LA PERTE D’EXPLOITATION CONSÉCUTIVEMENT À UNE PANDÉMIE !
      La raison en est simple : la cause « virale » a toujours été et reste une cause « inassurable » simplement parce qu’elle n’a jamais été considérée comme nécessaire, voire utile !
      Point non plus d’assimilation à une « catastrophe naturelle » dont les contours techniques et juridiques sont parfaitement définis m.
      Au surplus, chacun doit savoir que tout assureur est lui même « réassuré » auprès de compagnies internationales, la plupart étrangères, afin d’être en mesure d’assumer l’ensemble de ses obligations.
      Enfin et sur la base de ces éléments, aucune étude sérieuse n’a, à ma connaissance, jamais été réalisée par les actuaires (professionnels de l’assurance en charge de l’estimation des coûts sinistre maximum possible / montant raisonnable de la prime) dès lors que ni la demande du marché liée à un besoin de se prémunir de ce risque ni la potentialité de survenance d’un tel risque majeur ne s’est jamais avérée utile.
      Et si tel avait été le cas, le coût moyen d’une telle prime aurait été énorme voire disproportionné et tellement peu souscrite par les chefs d’entreprises (faute de crédibilité sur la fait qu’un tel événement survienne…) que personne ne s’est jamais lancé sur ce thème. Je rajouterais qu’aucun réassureur n’aurait accepté d’inclure ce risque dans un « traité de réassurance » sauf à surfacturer cette part de la prime globale.
      Enfin, rappelons-nous aussi que les réassureurs sont presque tous, du moins les « majors », étrangers. Cessons donc en premier lieu de vouloir faire appel à leur esprit National ou civique…
      La connaissance de ces facteurs n’a pas vocation à nous laisser penser qu’en l’assureur, « point de salut » de façon totale et définitive !
      Mais, appeler son chat « minou » au lieu de l’appeler « rex » doit permettre d’être mieux à même de peser sur une vraie et tangible contribution des assureurs pour le redressement de notre économie.
      Exiger là encore de connaître les gains financiers réels réalisés par les assureurs, peser sur les politiques pour qu’il en soit ainsi, c’est rendre possible qu’ils contribuent à la vraie hauteur des enjeux pour abonder dans un fonds spécial de redressement de notre économie.
      Le temps viendra où il nous faudra rendre durable un tel fonds comme c’est le cas en CATNAT ou catastrophe technologique par le prélèvement d’une prime intégrée dans tous les contrats professionnels.
      Tels sont aujourd’hui les vrais enjeux de l’immédiateté des terribles difficultés auxquelles tellement de chefs d’entreprises sont confrontés.
      La bonne façon de demander le possible, c’est éviter de demander l’impossible…

  5. En tant que partenaires, il est clair que les assureurs ont un rôle à jouer auprès de notre branche sinistrée par cette crise du Covid-19. Il faut que la partie perte financière d’exploitation fonctionne afin de nous aider à redémarrer notre activité, on cotise pour ça et quand on en a vraiment besoin, il n’y a personne !

  6. Bonjour

    Il faut effectivement pousser les assureurs à soutenir notre branche au moins sur la partie perte d’exploitation que va engendrer cette crise

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