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Production, approvisionnement, trésorerie : les équipementiers mis à mal par le Covid-19

Bien que soutenus par l’organisation professionnelle qui les représente, la FIEV, les équipementiers automobiles ont sévèrement souffert de la crise économique engendrée par l’épidémie de Covid-19, tant au niveau de l’approvisionnement et de la production que de la trésorerie. Néanmoins, la solidarité semble de mise entre les acteurs du secteur et ceux-ci attendent beaucoup du plan de relance envisagé par le gouvernement pour préserver les nombreux emplois qu’ils représentent en France.

A la suite d’une enquête menée par la FIEV auprès de ses 120 adhérents du 6 au 14 avril 2020, les équipementiers révèlent à quel point ils ont été touchés par la crise née des mesures de confinement liées à l’épidémie de Covid-19. Et c’est naturellement la production qui a été la première touchée puisqu’en France, 70% des usines et manufactures étaient encore fermées en date du 14 avril, les 30% restées ouvertes ne travaillant qu’entre 20 et 40% de leur capacité de production.

Autre obstacle : la difficulté à assurer les mesures barrières

D’ailleurs, l’approvisionnement ayant été impacté, 64% des entreprises sondées déclarant ne plus être livrées par leurs fournisseurs, la production ne pouvait que mécaniquement baisser, même si ce sont bien les mesures de confinement qui ont conduit les chaînes de fabrication à stopper. En conséquence, l’enquête de la FIEV révèle que 73% des équipementiers voient leur activité commerciale à l’arrêt et que plus de 4 équipementiers sur 5 (82%) déclarent connaître une réduction d’au moins 50% de leur activité globale. 59% d’entre eux enregistrent même une réduction de plus de 75%.

Pour les équipementiers qui auraient pu continuer à tourner en dépit du confinement, c’est un autre obstacle qui s’est dressé devant eux : la difficulté à garantir le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale. Ils sont en effet, 47% à annoncer avoir été contraints de réduire la production à cause de cela. Quant à la baisse drastique des commandes et des appels à la livraison des clients, ils sont 80% d’équipementiers à la blâmer pour la baisse d’activité qui les touche actuellement. Et en dépit des annonces d’un déconfinement à partir du 11 mai prochain, 54% des équipementiers disent n’avoir aucune visibilité quant à une possible date de reprise…

La trésorerie des équipementiers en souffrance

En l’état actuel de la crise, c’est enfoncer des portes ouvertes que de dire que la trésorerie des équipementiers adhérents de la FIEV, celle-ci ayant d’ailleurs annulé la collecte des cotisations pour l’année 2020. C’est pourtant le cas, puisque l’organisation professionnelle affirme que plus d’un tiers des adhérents interrogés déclarent avoir puisé entre 50 et 75% de leurs réserves à date du 14 avril. Seuls 17% n’ont pas eu, ou faiblement (moins de 10% de la trésorerie), à le faire. Le recours aux aides de l’Etat a donc été sollicité par une bonne partie des équipementiers cotisant à la FIEV.

59% ont en effet recouru –ou envisagent de recourir– au Prêt garanti par l’État (PGE). Dans cette situation, les contentieux n’étant pas exclus, près d’un tiers (30%) envisagent de recourir à l’appui du Médiateur des entreprises pour le traitement d’un conflit avec des clients ou fournisseurs. Mais la FIEV insiste, cependant, que si des litiges ont pu être constatés quant au respect des délais de paiement, désormais 80% des équipementiers relèvent le bon respect de ces derniers par les constructeurs et 84% par leurs clients équipementiers.

Les leviers de l’Etat activés à divers degrés

Afin de résister le plus possible à la vague de contamination de l’économie par le Covid-19, les équipementiers ont naturellement saisi la plupart des bouées tendues par l’Etat : ils sont d’ailleurs 80% à estimer les mesures d’urgence proposées par le gouvernement efficaces au regard de la situation. Outre le PGE, donc, les mesures de chômage partiel ont été prises par 88% des répondants au sondage, et 8% de plus ne l’ont pas encore fait mais l’envisagent. 73% des membres de la FIEV ont d’ores et déjà effectué des demandes de report des échéances sociales et/ou fiscales et 15% l’envisagent. Quant aux remises d’impôts directs, 71% des entreprises sondées les ont demandées ou s’apprêtent à le faire.

Mais pour limiter davantage la casse, c’est bel et bien vers une reprise d’activité que les équipementiers doivent se diriger. Or, celle-ci ne pourra se faire sans la mise en place de mesures de sécurité sanitaire pour tous les collaborateurs ainsi que pour les clients. A ce sujet, 68% des équipementiers affirment avoir d’ores et déjà adopté un protocole sanitaire de reprise d’activité, même si 80% du besoin en masques de protection des adhérents de la FIEV n’est pas couvert par les stocks actuels des équipementiers. Or, ce besoin, pour le seul premier mois de reprise, est estimé à près de 3 millions d’unités…

Le plan de relance du gouvernement attendu de pied ferme

« La FIEV a pris l’initiative de préfinancer un million de masques afin de pouvoir équiper à moindre coût ses adhérents les plus en difficulté quant à leur approvisionnement », annonce ainsi Claude Cham, président de l’organisation professionnelle. Pourtant, bon nombre d’équipementiers étaient dotés avant la crise, mais 56% d’entre eux ont fait preuve de solidarité dans la lutte contre l’épidémie, en choissant de faire des dons d’équipements de protection individuelle (masques, blouses, productions en impression 3D…) aux publics sensibles prioritaires des hôpitaux, des Ehpad et des structures médico-sociales…

Mais plus encore que les masques et les divers EPI nécessaires à la reprise, c’est le plan de relance du gouvernement que les adhérents de la FIEV attendent le plus, afin de pouvoir préserver le plus possible les emplois. Car le feu couve déjà pour les catégories d’emplois les plus fragiles : 80% des équipementiers ont stoppé le recours à l’intérim, 32% ont été contraints de stopper des CDD et 43% envisagent cette possibilité. En outre, 39% des équipementiers n’excluent pas la possibilité d’un plan social d’entreprise (PSE)… Raison pour laquelle près de 9 équipementiers sur 10 (89%) pensent nécessaire à moyen terme la mise en œuvre d’un plan de relance pour préserver les emplois en France.

Réduire la dépendance technologique extra-européenne

« À l’instar de [la] nécessaire concertation de l’ensemble des acteurs de la filière en Europe, le soutien de l’État est indispensable, insiste Claude Cham. C’est pourquoi la FIEV est en dialogue permanent avec le gouvernement au travers du Comité Stratégique de la Filière Automobile, travail […] fondamental pour gérer la situation actuelle mais aussi pour aborder les enjeux de transformation de notre industrie car ces derniers seront les fondations d’une reprise pensée autour de l’innovation, elle-même axée sur l’environnement et la digitalisation, poursuit le président de la fédération. C’est à ce prix que nous pourrons réduire notre dépendance technologique, tendre vers une industrie toujours plus responsable et préserver le plus grand nombre d’emplois sur notre territoire. »

Pour rappel, la FIEV plaide depuis plusieurs semaines, déjà, pour un plan de relance mettant l’accent sur la relocalisation d’une partie de l’outil industriel nécessaire à la fabrication des pièces nécessaires à l’assemblage des équipements qui finiront montés sur les véhicules, en première monte comme en après-vente.

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La rédaction