A la Une Organisations professionnelles

BCA Expertise rejoint l’ANEA

Alors qu’elle paraissait contre-nature jusqu’ici, BCA Expertise étant une société dont l’actionnariat est à 100% assurantiel, l’arrivée du principal réseau de cabinets d’experts salariés au sein de l’ANEA, qui ne regroupait jusqu’ici que des cabinets libéraux, vient abolir une barrière qui n’était plus que symbolique depuis quelques années, tant les adhérents de l’ANEA sont nombreux à être “agréés” par des compagnies d’assurances.

De loin, la toute fraîche union entre BCA Expertise et l’Alliance nationale des experts en automobile (ANEA), principale organisation professionnelle du secteur, officialisée fin juillet, apparaît comme le mariage de la carpe et du lapin. En effet, comment la chambre syndicale historique des experts libéraux, réputés indépendants des compagnies d’assurance, pouvait-elle accueillir en son sein une entité succursaliste dont l’actionnariat est entièrement détenu par ces mêmes assureurs ?

Pourtant, les évolutions du secteur et la mainmise assurantielle sur les missions d’expertise automobile, renforcée année après année à coups de conventions commerciales passées avec les cabinets libéraux, fait qu’aujourd’hui, il n’y a presque plus rien de surprenant à voir BCA et ANEA lier leurs destins, au moins temporairement puisque l’on sait que les portes des organisations professionnelles ne sont jamais fermées et autorisent aussi bien les entrées que les sorties…

Des réactions contrastées parmi les experts

«Ensemble pour faire avancer le monde de l’expertise automobile ! s’est réjoui BCA Expertise sur sa page officielle LinkedIn. Cette adhésion s’inscrit dans un échange de vision et de défense des intérêts communs de la profession.» Si la publication de cette annonce a suscité une part d’optimisme -certains professionnels y voyant ici «un partenariat ne pouvant qu’augmenter la visibilité et être plus fort dans un monde en perpétuel changement», là «une alliance [qui] ne peut être que bénéfique pour la profession et harmoniser les discours»-, la méfiance reste de mise par ailleurs…

En effet, certains experts indépendants jugent aussi que «les pires ennemis s’allient», même s’il y a toujours l’espoir que «cette alliance puisse faire diminuer le poids envahissant des assureurs au sein des cabinets». Un vœu pieux quand le nouvel adhérent est financièrement dépendant du secteur de l’assurance et quand de très nombreux cabinets libéraux le sont eux aussi devenus à force de s’abandonner au volume de missions toujours plus important venu d’un nombre toujours plus réduit de compagnies et mutuelles d’assurance.

L’ANEA se félicite de sa position majoritaire renforcée

Sur LinkedIn toujours, François Mondello, président de l’ANEA, a tenu à «souligner la fierté de l’ANEA de compter désormais au sein de ses membres le BCA Expertise (sic). Cette adhésion permet à l’ANEA de consolider sa position d’organisation professionnelle représentative et majoritaire, dans un marché en pleine mutation». Et celui qui est aussi l’un des principaux dirigeants du groupe Alliance Experts ajoute que «cette décision partagée et pleine de sens est le fruit de nombreuses discussions qui ont su mettre en évidence non seulement une vision commune de l’avenir mais également une volonté forte de défendre les intérêts de la profession».

Des intérêt qui risquent, selon les plus réfractaires à l’idée d’un rapprochement BCA-ANEA, d’être plus proches que jamais des intérêts du monde de l’assurance…

 

6 commentaires concernant “BCA Expertise rejoint l’ANEA”

  1. Lois du marché VS indépendance :

    Dans le métier depuis 1984, j’ai toujours entendu parler de « l’indépendance de l’expert » et j’ai toujours rencontré des experts qui la revendiquait, et même parfois au BCA ! Aujourd’hui encore, je rencontre de jeunes experts qui s’en prévalent avec force et conviction.
    Si cette doctrine est louable, elle ne me paraît pas applicable dès lors qu’il s’agit de réaliser les missions d’expertise collision confiées par les assureurs.

    La liberté de prescrire n’existe plus. En fait je crois qu’elle n’a jamais existé.

    Autrefois :
    Au début de ma carrière d’expert, avec un passé en atelier, j’avais une bonne expérience des temps de réparation. Mais, pour autant, ceux que j’accordais aux réparateurs étaient au-dessus. En effet, nous étions encore à une époque où il fallait contenir les restes d’habitudes opulentes prises à « l’âge d’or » de la réparation.
    Les temps barèmés de l’époque avaient déjà bien amélioré la situation mais étaient encore au-dessus de la réalité et les plus rigoureux d’entre nous avaient bien du mal à descendre au-dessous.
    Par exemple, 4 heures pour peindre une aile avant de Renault super 5 en métal-vernis, c’était peu ou prou le barème « officiel » de la profession que pouvait revendiquer chaque réparateur.
    Il fallait donc s’accommoder du fait de prescrire des temps jusqu’au double parfois de ceux nécessaires.
    C’est en cela que j’estime que je n’avais pas la liberté de prescrire ce que j’estimais réellement, du fait du contexte de la réparation-collision de l’époque.
    Et ne pensez pas qu’il suffisait d’être encore plus exigeant et plus tenace, vous ne pouvez pas descendre sous un certain seuil quand vous faites partie des 2 ou 3 experts les plus stricts sur les 10 de votre secteur. On ne peut brutalement changer les règles d’un marché, il faut se contenter de les influencer sur le terme. J’ai vécu quelques « sorties manu-militari de garages » qui m’ont montré où se situaient les limites.

    Aujourd’hui :
    Depuis le temps a passé et les experts ont continué à rétablir la vérité des coûts des réparations. Les assureurs, qui sont les bénéficiaires de cette situation, pourraient être satisfaits et s’en tenir là. Mais voilà qui n’est pas possible parce-que les entreprises d’assurances sont en concurrence tarifaire féroce entre elles et que tous les postes de coût sont auscultés et pilotés.
    En ce qui concerne le coût de la réparation-collision, aucun assureur n’en connaît le juste prix et aucun ne se donne les moyens de le connaître. Il n’y a donc pas de système étalon fixant ce juste prix. Pour autant, les méthodes statistiques encadrent fortement ce poste et présentent pour certains, les plus « affûtés », des dérives :
    – Parce que l’étalonnage se fait par rapport à ceux qui ont les coûts les plus bas : la référence est constamment tirée vers le bas, vous être bons à l’instant T mais vous deviendrez forcément mauvais si vous ne continuez pas à baisser.
    – Parce que la rémunération est devenue aussi un critère de sélection : pour rester dans la course, vous devez toujours baisser et votre coût moyen et vos honoraires…
    Il y a déjà un certain temps que les réparateurs ont intérêt à être performants avec ce que les experts leur accordent. En tout cas les « purs », qui voulaient réparer des 2CV comme des Rolls, ont dû passer leur chemin. Ceux qui s’en sortent finalement le mieux dans ce contexte sont les plus astucieux pour qui la qualité n’est pas l’objectif premier : pièces asiatiques, réparations économiques… Au final, c’est l’assuré qui hérite de cette réduction de la qualité.
    S’y ajoute le fait que, pour les pertes totales, les experts sont contraints là-aussi de baisser sans cesse les valeurs des véhicules, avec comme conséquence que les assurés perçoivent de moins en moins de quoi remplacer leur véhicule en perte totale.
    C’est pourquoi aujourd’hui les experts ne sont pas libres de prescrire ce que leur dicte leur conscience, du fait du contexte économique de l’assurance.

    Ajoutons que, avec de tels systèmes statistiques, on voit bien qu’il n’y a plus forcément besoin d’experts pour tirer les coûts à la baisse, il suffit d’avoir la main mise sur la profession de la réparation et d’y instaurer les mêmes principes de mesure et de rémunération. Ainsi même les experts « les plus performants » ne sont pas à l’abri du chômage…

    Perspectives :
    Si les experts en automobile doivent en très grande partie leur existence à l’activité d’assurance, leur déclin pourrait bien venir de cette même source.
    A moins que ces excès, qui affectent finalement les assurés, ne crée un nouveau besoin d’expertise à leur propre service si la dégradation de leurs intérêts devenait trop sensible ? C’est je pense ce que vise le SAEI. Verra-t-on venir la double expertise assureur/assuré ? Pourquoi pas. Ce ne serait même pas une mauvaise nouvelle pour les assureurs, du moment que tous soient logés à la même enseigne.

    Conclusion :

    A défaut que des lois définissent et protègent l’action expertale, ce qui est quand-même partiellement le cas, ce ne sont que les ficelles sans cesse mouvantes du marché de la réparation-collision, qui relie assureurs – assurés – garagistes – gestionnaires de réparation – constructeurs…, qui restreignent l’indépendance de l’expert, et pas seulement l’action de l’un d’entre eux.

    Les assureurs, en se répartissant le marché à quelques-uns, sont devenus de très grosses entreprises qui ne savent plus et ne veulent plus communiquer avec de petites entreprises prestataires. Les cabinets d’expertise travaillant pour les assureurs, de loin les plus représentatifs de la profession, ont donc suivi la tendance et ont eux-aussi grossi et se sont organisés en réseaux qui n’auront bientôt plus rien à envier au BCA en termes de taille.
    Il n’y a donc rien de vraiment étonnant à ce qu’ANEA et BCA, qui représentent finalement la même cible, se rapprochent.
    A mon avis, l’alliance ANEA/BCA ne se cache pas vraiment de jouer le jeu des assureurs, pour y conserver sa place historique de gardien des coûts. Ce sera, outils modernes obligent, avec beaucoup moins de monde, toujours avec les lois du marché et, souhaitons-le, avec un professionnalisme bienvenu que méconnait le cœur de métier des autres professions.

    R. CHASTAING

  2. Je me souviens des vivats et des hourras lors de la fusion de la csneami et de la csneaf, on a vu le résultat…
    ANEA est devenu la chambre syndicale des assureurs, ce qui va encore s’amplifier avec l’arrivée du BCA.
    Ça me fait penser à l’UE que l’on a fait grossir avec les mêmes arguments et qui devait apporter bonheur et prospérité aux peuples européens.

  3. « c’est pathétique ! ». oui, et même déplorable.

    « qui va défendre les droits des experts face aux assureurs ? » Eh ! bien, les experts indépendants, libres de toute tutelle, ne s’appuyant que sur la législation en vigueur, qu’ils souhaitent faire évoluer pour obtenir, pour chaque assuré, le libre choix de l’expert et l’obligation d’expertise.

    Ils sont rassemblés au sein du SEAI, seul syndicat à avoir, depuis sa création, lors de sa dernière assemblée générale, confirmé son refus de reconnaître la légitimité de la CFEA (Confédération Française des Experts en Automobile).

    Cette alliance contre nature à laquelle nous venons d’assister confirme bien l’impérieuse nécessité de reconnaître, enfin, par une loi discutée par la représentation nationale, l’indépendance de l’expert, dans son activité quotidienne au service des particuliers, les accompagnant de leurs conseils, s’assurant de la bonne conformité de travaux touchant à la sécurité, et rappelant à tout un chacun la réglementation en vigueur.

  4. c’est pathétique, qui va défendre les droits des experts face aux assureurs ?

  5. Rien de surprenant , ce mariage a le mérite de faire cesser l’hypocrisie de l’Indépendance de l’Expertise Automobile….
    Seul le SEAI représente des experts réellement indépendants de la tutelle des Assurances….

  6. Lol, si maintenant les syndicats soit disant indépendants sont ouvertement avec les assurances.

    Bonne chance les experts…

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


*

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (3 votes, moyenne : 3,67 sur 5)
Loading...

À propos de l'auteur

La rédaction