Stations-service (suite) : FNAA et maires ruraux en appellent au chef de l’Etat

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Suite à l’annonce de l’interruption des fonds du Comité professionnel des distribution de carburants (CPDC) le 15 octobre, la FNAA a reçu le soutien de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) pour interpeller jusqu’à Manuel Valls et François Hollande. Même si rien n’a encore filtré des réponses données, ou non, par les destinataires de la lettre ouverte, celle-ci a déjà reçu un fort écho dans les medias nationaux…

Cliquer sur l’image pour télécharger la lettre.

Le renfort des maires ruraux n’était pas de trop pour porter aux oreilles du Président de la République et du Premier ministre le message de détresse de la FNAA concernant l’interruption de l’aide à la mise aux normes des stations-service. Car le combat de l’organisation professionnelle en faveur de la survie des stations-service rurales et du maintien d’un maillage national suffisant pour alimenter en carburant même les automobilistes des campagnes les plus reculées date de plusieurs années. Mais il fallait visiblement d’autres voix que celles des seuls artisans exploitants de stations pour que le message soit entendu. Ne serait-ce que par les medias nationaux…

Nos lecteurs n’auront sûrement pas manqué d’entendre les différents reportages faits sur le sujet par les principales chaînes de télévision généraliste ou d’information continue, ainsi que par les grandes stations de radio. Ceci à la seule faveur de la lettre ouverte rédigée en commun par la FNAA et l’Association des maires ruraux de France (AMRF, forte de 10 000 maires) et adressée à François Hollande et Manuel Valls ainsi qu’aux ministres des Finances et des Comptes publics (Michel Sapin), de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique (Emmanuel Macron), du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire (Carole Delga) et du Logement, de l’Egalité des Territoires et de la Ruralité (Sylvia Pinel). Ne manque à cette liste de destinataires que Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

Une empreinte carbone bien large

Car la mise aux normes environnementales, imposant la si coûteuse cuve à double paroi même aux plus petites stations-service (moins de 500 m3 de capacité), était l’une des principales raisons pour lesquelles le CPDC (Comité professionnel de distribution de carburants) espérait des fonds de l’Etat. Et pas les fonds de cuve que celui-ci daignait encore lui donner au fil des baisses consécutives de son budget. L’environnement risque de souffrir doublement de l’abandon par le gouvernement du financement du CPDC puisque, comme le souligne avec force la FNAA depuis des années, la disparition de stations-service de proximité obligerait les automobilistes à rouler de 15 à 38 minutes de plus dans 38 départements pour alimenter leur véhicule… De quoi s’offrir une empreinte carbone bien marquée !

Cependant, c’est sous l’angle de la désertification plutôt que sous celui des émissions de CO2 que la FNAA et l’AMRF ont décidé de sensibiliser le gouvernement et le Président de la République. « Faut-il pour autant détruire notre tissu économique, sacrifier nos emplois et amplifier la désertification de nos zones rurales au moment même où s’ouvrent les «assises de la ruralité» ? », interrogent clairement les deux fédérations. Et celles-ci de relever la «crise structurelle profonde» dans laquelle la filière de la distribution de carburant indépendante se trouve face à «l’implantation non contrôlée»  et «la vente à prix coûtant (économiquement des ventes à perte)» à laquelle se livrent les stations de grande et moyenne surfaces (les GMS), stigmatisant au passage l’influence des «gouvernements successifs» dans cette multiplication irraisonnée.

Stations-service de proximité menacées

Afin d’étayer leur démonstration, la FNAA et l’AMRF y vont de leurs informations chiffrées, extraites des « Chiffres clefs » compilés par la première à partir des données de l’Inspection générale des finances (IGF) et de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) : «17 millions de Français doivent déjà faire 5,2 km pour rallier la première pompe» ; «871 stations-service ont été identifiées par l’IGF comme d’ultimes points de vente de carburants pour 4 millions de Français» ; «Sur les 30 000 emplois non délocalisables rien qu’en station, 10 000 d’entre eux vont disparaître de manière quasi instantanée, et les 20 000 autres seront exposés à terme»

La France se dirigerait vers «le plus faible maillage de stations-service d’Europe», pénalisant ainsi «les consommateurs ruraux et péri-urbains pour lesquels il n’existe aucune alternative crédible aux déplacements automobiles». Ainsi, la FNAA et l’AMRF insistent sur l’appauvrissement des territoires touchés en services que fournissent les stations de proximité : «dans beaucoup de régions sinistrées où les commerces de proximité ont fermé les uns après les autres, la station-service est souvent devenue l’ultime point de ravitaillement en produits de première nécessité assurant de fait un service public vital pour ces territoires. Ces dernières années et malgré une baisse constante de son budget, le CPDC était le dernier recours de ces stations», ajoute la lettre.

Lutte à contre-courant

C’est pourquoi les deux fédérations demandent à François Hollande, à Manuel Valls et à leurs ministres leur «intervention en faveur de l’abandon immédiat de cette mesure [NdlR : l’abandon du financement inscrit dans le projet de loi de finances 2015] et le renouvellement de l’engagement de l’État en faveur du CPDC, seule structure capable aujourd’hui d’avoir une visibilité objective et donc un pouvoir d’action sur le maintien du maillage de la distribution des carburants en France». Mais l’état des lieux n’augure, pour l’instant, rien de bon sur ce front là.

«Nous ne pouvons que partir du principe que la décision d’interrompre le financement du CPDC est prise, affirme Aliou Sow, secrétaire général de la FNAA. Sera-t-on en mesure d’inverser la tendance avant le vote définitif ? D’ici là, notre stratégie est de faire le maximum de tapage.» Compte tenu du succès de la campagne médiatique réalisée sur les medias nationaux, cette stratégie a, au moins, relevé ce premier challenge. Mais encore faut-il tenir sur la durée, car inverser la tendance d’un point précis d’un projet de loi aussi scruté que celui des finances 2015 sera délicat. Et le travail de sensibilisation du Gouvernement ainsi que la mobilisation des parlementaires, qui doivent encore voter le texte, n’est pas entre les mains de la FNAA. Pas encore, en tout cas…

C’est en effet au CPDC, par la voix de son président, Christian Roux, qu’incombent les discussions concrètes avec les ministres, mais il semble que l’affaire soit déjà trop entendue du côté du comité, qui chercherait désormais, en accord avec les différents ministères, à reclasser le personnel avant sa disparition. A raison, car mieux vaut y penser avant qu’après le vote du projet de loi, surtout s’il reste en l’état. Mais peut-être à tort, car quel poids opérationnel le CPDC peut-il espérer garder s’il se retrouve trop vite dépeuplé de son personnel administratif ? Même s’il faut attendre le vote des parlementaires pour affirmer définitivement que la source de financement du CPDC est tarie, celui-ci, en cas de maintien in extremis, pourrait ne se retrouver encore moins doté qu’il ne l’est actuellement.

Maires de toutes les batailles

La FNAA y voit là le signe d’un manque d’action concertée entre les différents membres du CPDC, «et ce, malgré les baisses successives de l’enveloppe financière du comité», déplore Aliou Sow. «Ce manque d’action concertée a joué un rôle dans la décision de l’Etat, poursuit-il. Il aurait fallu réagir dès les premières coupes budgétaires (NdlR : il y a plus de six ans !). L’Etat, et surtout les ministères concernés, ont dû supposer que les entreprises de distribution de carburant avaient les fonds nécessaires pour investir dans leur modernisation or ce n’était pas le cas.» Pourtant, ce n’est pas pour rien que les mises aux normes environnementales ont été reportées plusieurs fois.

L’AMRF avait déjà été partie prenante du report obtenu en 2010 et, bien que ne faisant pas partie du CPDC, celle-ci se retrouve désormais en première ligne pour défendre le maintien du maillage de stations-service actuel. Peut-être son implication sera-t-elle plus déterminante que les actions –concertées ou non– des seules organisations professionnelles.

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