Représentativité : les Pros du Pneu en toute quiétude

Alors que d’autres syndicats patronaux créent de nouvelle structures (Smava pour le CNPA, SNISA pour la Feda) ou s’adjoignent de nouvelles professions (auto-écoles pour la FNAA) afin d’asseoir leur représentativité dans la branche des Services de l’automobile, le Syndicat des Pros du Pneu (SPP), lui, reste serein. Pour l’instant concentré sur son cœur de métier et fort de plus de 1 000 adhérents, il est aujourd’hui la 3ème organisation professionnelle de la branche.

Auduge Vilatte

Régis Audugé, directeur général du Syndicat des Professionnels du Pneu, et Michel Vilatte, son président, sont sûrs de la force du SPP dans la course à la représentativité.

La quête des 8% de représentativité dans les organisations patronales, exigés pour 2017 par la Loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale, fait tourner les têtes et les tables depuis plusieurs semaines. Y compris dans les syndicats qui, a priori, n’avaient pas (trop) à s’en faire pour leur nombre d’adhérents.

Et pourtant, la FNAA y est allée de sa nouvelle branche, en se rapprochant d’un syndicat isolé d’auto-écoles, et le CNPA a sorti la Smava de son chapeau. Même la Feda, pourtant dépendante de la convention collective du Commerce de gros et non de celle des Services de l’automobile, s’est lancée dans la course à la représentativité auprès des entreprises de cette dernière, en créant le SNISA !

Numéro 3 sur le podium

Qu’allaient donc faire, à leur tour, les négociants en pneumatiques qui, regroupés au sein du Syndicat des Pros du Pneu (SPP), restent l’une des seules organisations «métier», c’est-à-dire concentrée sur leur cœur d’activité ? Eh bien ils… attendent ! Ou plutôt, ils observent car ils sont parfaitement sûrs de leur poids. «Nous sommes la 3ème organisation syndicale de la branche en nombre d’adhérents, soutient Régis Audugé, directeur général du SPP. Cette question de la représentativité nous a permis de savoir où l’on se situait en la matière.»

Résultat ? Le SPP est serein. Et l’est d’autant plus qu’il avait su mobiliser les enseignes qui le composent pour motiver la cotisation de leurs adhérents. «Nous avions mandaté les têtes de réseau dans ce but et, aujourd’hui, 95% des négociants spécialistes sont membres du SPP : nous avons plus de 1 000 adhérents, certifie Régis Audugé. Je connais les chiffres d’adhésion des six autres organisations professionnelles de la branche des Services de l’auto et nous avons su nous placer. Et si nous sommes 3ème derrière le CNPA et, peut-être, la FNAA en nombre d’adhérents, nous sommes 2ème en nombre de salariés car nous comptons beaucoup de grosses succursales dans nos rangs.»

Représentativité : gare au calcul

Certes, la représentativité en termes de salariés n’est pas le but d’une organisation patronale mais le nombre d’employés suffit à donner une idée assez claire du poids de certains adhérents du SPP. Les autres organisations professionnelles s’en sont rendu compte et c’est aussi pourquoi le CNPA a courtisé First Stop et, surtout, Euromaster, réseau essentiellement constitué de centres intégrés. Mais Michel Vilatte, ancien président de la Feda et récemment élu aux mêmes fonctions au sein du SPP entend rappeler quelques règles de calcul.

«Ce qui va peser dans le décompte des adhérents de chaque syndicat patronal en 2017, c’est surtout le nombre de sociétés adhérentes, pas le nombre de points de vente, précise-t-il. Pour nous, la société Euromaster et toutes ses succursales équivaut exactement à un centre franchisé, en termes de représentativité.» Raison pour laquelle le SPP n’est pas inquiet de voir de grosses enseignes de négociants spécialistes intégrer le CNPA tout en restant adhérents chez lui.

«Le business prime»

«La démarche engagée par Euromaster, membre éminent du SPP, mais aussi Norauto ou Feu Vert, qui n’adhèrent pas chez nous, n’est pas tant guidée par la question de la représentativité que par celle de peser dans les avenants de la convention collective et ne plus en subir les changements, affirme Régis Audugé. Une enseigne peut adhérer à plusieurs syndicats mais dans le décompte final de la représentativité, les réseaux choisiront dans lequel ils voudront être décomptés.» Et le SPP se sait plus proche des préoccupations des patrons de centres franchisés que d’autres organisations professionnelles de la branche.

«Avec le CNPA, nous partageons 98% des avis en matière syndicale, mais nous n’avons peut-être pas la même façon d’envisager les choses, avance le directeur général du SPP. Pour nous, c’est le business qui prime, le type d’activité pratiqué : nos adhérents font du pneu et c’est sur les questions de business que ces adhérents nous attendent.» Pourtant, le SPP a été récemment sollicité par des pure-players de la vente de pneus en ligne, qui souhaitaient intégrer ses rangs, mais l’organisation professionnelle préfère jouer la montre, même si le cœur de métier de ces sites web reste, lui aussi, le pneumatique.

Bientôt une place aux sites web ?

«Les sites Internet nous ont fait savoir qu’ils souhaitaient adhérer mais nous leurs avons dit que nous préférions attendre, reconnaît Régis Audugé. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas le même business model que la plupart de nos adhérents, même si certains ateliers mobiles travaillant pour certains de ces sites (NdlR : comme Allopneus, qui dispose de tels unités itinérantes, opérées par des indépendants) sont déjà syndiqués chez nous. Il y a, bien sûr, nombre d’intérêts communs entre nos négociants spécialistes et les acteurs de la distribution en ligne…»

Mais la posture de petits nouveaux énervés qu’adoptent encore certains sites web paraît encore gêner les acteurs traditionnels de ce canal de distribution. En attendant, le SPP continue d’élargir ses rangs aux réseaux de spécialistes dont le pneu représente une part non négligeable du business. Ainsi, Speedy, tout frais adhérent du CNPA a récemment rejoint les rangs du SPP aussi. Et BestDrive, enseigne issue de Continental et qui vient de rhabiller les anciens centres de Massa Pneus, devrait elle aussi adhérer. Logique lorsque l’on sait que le manufacturier est derrière le déploiement de ce tout nouveau réseau.

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste diplômé du CFJ de Paris, Romain Thirion couvre l'actualité automobile depuis 2011, et s'est spécialisé dans l'après-vente en 2012.

Particulièrement intéressé par les problématiques de réparation-collision, il suit les péripéties du secteur de la carrosserie et de l'expertise avec attention. Par ailleurs, il se fait fort de couvrir l'actualité des enseignes de centres auto, de réparation rapide et de pneumaticiens.

Depuis 2017, il est également président de l'Association des journalistes techniques et économiques (AJTE).

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