Equip Auto tourne autour du pneu

Dans le cadre de sa stratégie pré-Equip Auto, l’organisateur Comexposium déploie une série de tables rondes thématiques. Dernière en date: celle sur le marché du pneumatique. 1er constat: le marché du pneu VL+VUL se porte bien. Il est même devenu en 2010 le premier motif d’entrée atelier. Côté réparation, les négociants en pneumatique détiennent 38,7% du marché en volume, les concessionnaires 33,4% et les centres auto 27,9% . En valeur, ce sont les concessionnaires qui s’imposent. «Ils ont fait beaucoup d’efforts sur le  pneumatique», reconnaît Maurice Garnier (Syndicat des professionnels du pneu). Résultat, l’évolution des tarifs montre une tendance à la baisse mais paradoxalement, les matières premières montent inexorablement…

La hausse des matières premières
Jusqu’à présent, les manufacturiers ont toujours réussi à ne pas répercuter les hausses des tarifs des matières premières entrant dans la composition des pneumatiques grâce à des gains de productivité. Pourtant, l’augmentation substantielle des prix de la gomme naturelle, du caoutchouc synthétique (+20 % en trois mois) du noir de carbone et des huiles va finir par se répercuter sur les prix de vente des pneumatiques.

Michelin a déjà tracé la voie: pour le second trimestre 2011, le manufacturier annonce +7,5% sur les pneumatiques deux roues, +7% sur les camions, +5% sur les VP et +4% sur l’agricole. Il n’est pas seul: la tendance 2011 devrait atteindre +10 à +15% selon les estimations; Point S annonce +13 à +17% depuis mai et jusqu’en juin prochain. Mais cette hausse des prix n’est pas le seul point préoccupant du marché pneumatique… car la pénurie guette.

Pénurie annoncée
Elle a déjà commencé sur les pneus hiver l’an dernier, quand la neige abondante a poussé les automobilistes à s’équiper et a vidé les stocks. Du coup, le marché français (27 millions d’enveloppes au total dont environ 10% de pneus hiver), n’a pu soutenir la demande hivernale. D’abord parce que les «commandes de pneumatiques sont passées six mois en avance sans savoir ce que sera la météo ni la demande» expliquent pascal Gradassi, directeur commerce et achat chez Point S et Eric Fouchier, directeur général d’Imagine Car. Ensuite et surtout, parce que la production des pneus hiver est réalisée… en été! Résultat: il est impossible de réagir industriellement quand la neige affole la demande car… l’hiver, les moules sont employés à produire les pneumatiques été pour l’année suivante!

Cette année, les professionnels ont visiblement tiré les conséquences de la pénurie hivernale. Ils ont commandé 3,2 millions de pneus hiver (contre 2,5 millions en 2010)… toujours sans savoir si les conditions climatiques seront porteuses ou non. Certes, petit à petit, le consommateur comprend qu’un pneu hiver est utile dès que la température descend à 7°C, ce que la campagne du Syndicat des professionnels du pneu rappelle pour sortir de l’image restrictive de « pneu-neige ». Mais en l’absence d’une réglementation imposant les pneus hiver quand les conditions le nécessitent, l’impact reste hélas marginal sur les habitudes des automobilistes.

Mais le risque de pénurie s’étend à l’ensemble du marché pneumatique. Un certain nombre de sites de production ont été délocalisés dans des zones où la main d’œuvre coûte moins cher et où la demande est très forte. Tellement forte qu’elle met déjà à mal les capacités de production des manufacturiers. Et quand l’OE, prioritaire sur la rechange, peine à se faire livrer, la situation en après-vente devient fatalement préoccupante.

Le « grading »: oui, mais
Dans un contexte de méconnaissance du produit, les pneumatiques sont aujourd’hui choisis par les automobilistes en se fondant sur des argumentaires commerciaux ou… sur le hasard. Néanmoins, la mise en place du grading en juillet 2012 pourrait remettre la technologie au centre du discours. Car «certains automobilistes veulent plus qu’un prix», avance Maurice Garnier.

La profession espère que cette classification des pneumatiques sera utilisée à bon escient et que les manufacturiers les moins renommés joueront le jeu de la transparence même si, vu l’enjeu, il y aura sûrement des contrevenants. Aujourd’hui, et malgré la mise en place de seuils encadrant l’utilisation des huiles aromatiques, on estime que 11 à 12% des pneus vendus sur le marché français ne respectent pas la réglementation en vigueur. En l’absence de contrôles pour vérifier la véracité des performances déclarées par les manufacturiers, il est donc fort probable que certaines marques exotiques enjoliveront les performances de leurs pneumatiques afin de gagner des parts de marché. Un casse-tête pour les professionnels qui devront expliquer à leurs clients qu’un pneu de marque inconnue pourrait être surévalué par rapport à une marque premium.

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