Analyse – Représentativité: l’ère des consolidations a commencé…

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En rejoignant la FNAA, le Snisa, syndicat de réparateurs créé par la Feda fin 2014, illustre l’objectif vertueux des nouvelles règles de la représentativité qui agitent tant les organisations professionnelles du secteur depuis deux ans : ne pas diviser inutilement la représentation patronale, pour permettre à moins de syndicats d’être plus forts et donc, plus efficaces pour défendre les intérêts et les métiers de leurs adhérents. Cette levée d’ambiguïté permettra même à la FNAA et à la Feda de mieux se coordonner pour affronter les nombreux défis communs au couple historique distributeur-réparateur. L’union fait autant la force que la désunion aurait pu faire  la farce…

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Le Snisa-Feda rejoignant la FNAA est dans la logique des nouvelles règles de la représentativité: limiter le nombre d’organisations professionnelles pour leur permettre d’être plus fortes, plus efficaces et plus aptes à se coordonner…

Le Snisa rejoignant la FNAA (voir «La FNAA accueille le Snisa-FEDA au service du métier de réparateur») est probablement le premier symptôme positif des effets attendus de la nouvelle loi sur la représentativité des organisations professionnelles (O.P.). Après une stabilité presque centenaire que seuls les conflits mondiaux ont parfois collatéralement bousculée, la représentation patronale de l’automobile vit depuis deux ans une période inédite de changements. On connaît l’objectif initialement recherché par les  pouvoirs publics dans cette réforme de la représentativité : en même temps que réduire le mille-feuilles du nombre des conventions collectives en France (un record de 700 en 2013), elle veut rassembler les forces des syndicats patronaux éparpillées parmi… 1 043 confédérations et organisations ! Difficile de réformer la France dans l’inévitable brouhaha de tant de filières métiers et de tant de représentants d’entreprises…

Ne pas perdre de vue l’intérêt des adhérents

Bien sûr, cette nouvelle organisation de la représentativité a eu l’effet d’un séisme sur un tel empilage chaotique de structures. Car les 7 critères exigibles fin 2016 ont violemment ébranlé le fragile ensemble. Et plus particulièrement trois d’entre eux : une seule et même convention collective représentée par organisation patronale, un nombre d’adhérents pesant au moins 8% de l’effectif français des entreprises syndiquées dans ladite convention collective et surtout, deux ans d’ancienneté minimum lors de la première échéance de fin 2016 ! Dans le petit monde de la réparation, de la distribution et des services de l’automobile, les nouvelles règles ont fait bouger les lignes comme jamais. Un vrai bonneteau de la représentation syndicale s’est déclenché (voir «Pourquoi la guerre des fédérations professionnelles va avoir lieu…»).

Un bonneteau motivé par des sentiments divers. Par les craintes bien sûr des trop petites organisations, menacées d’être ainsi obligées de rejoindre et se fondre dans les plus grandes mais aussi concurrentes de toujours ; par les appétits des très grandes y voyant une opportunité de croître encore ; par les inquiétudes des organisations aux conventions collectives voisines de se retrouver otages d’alliances nouvelles une fois les inévitables regroupements et/ou disparitions consommés…

Du coup, les stratégies conservatoires déployées dans l’incertitude ont parfois rendu les objectifs des unes et des autres illisibles, au risque d’égarer leurs adhérents ou d’éloigner un peu plus de l’adhésion syndicale les nombreux professionnels qui n’ont jamais voulu ou même pensé intégrer l’une des 7 principales organisations professionnelles. Car soyons clairs : les mouvements auxquels on assiste depuis presque deux ans semblent parfois motivés autant par les querelles historiques de pouvoir entre organisations professionnelles que par l’intérêt supérieur des syndiqués…

Deux ans de mouvements désordonnés

Il y a eu d’abord la “phase 1” dès début 2014, cette inévitable période de flottement initiée par la découverte des futurs critères de représentativité, de leurs impacts incertains sur la représentativité syndicale et surtout, sur l’avenir des quelque 7 OP de la filière des services de l’automobile qui partagent la même convention collective. Pas besoin d’être médium pour deviner que toutes n’atteignent pas les 8% minimum d’adhérents parmi le total de syndiqués.

Il y a eu ensuite la “Phase 2”, celle des premiers mouvements. Le CNPA a créé l’ambitieux Smava (Services Multimarque de l’Après-Vente Automobile), pour accueillir certains grands réseaux de centres auto et spécialistes. Quelques-uns sont allés y voir s’il y avait là moyen d’être plus, moins ou complémentairement influents et servis que par la seule Feda d’où ils ne sont en outre pas tout à fait sortis : dans les périodes de doutes, deux fers au feu valent parfois mieux qu’un.

La Feda, elle, créait fin 2014 le Snisa (Syndicat National des Indépendants des Services de l’Automobile) capable d’accueillir des réparateurs. Elle signait aussi une convention de collaboration avec le tout aussi jeune Asav, regroupant la FNCRM (cycles et motocycles), le SPP (syndicat des Pros du Pneu), l’Unidec (Auto-écoles) et le SNCTA (contrôle technique).

Pour les membres de l’Asav, cette confédération permet d’abord d’agglomérer leurs adhérents pour remplir ensemble les conditions numériques exigées par les nouvelles règles de représentativité, à commencer par le seuil fatidique des 8%. Et ainsi, pouvoir survivre en tant qu’entités confédérées sans avoir à se fondre douloureusement dans des organisations professionnelles souvent réputées ennemies : le SNCTA n’avait sinon d’autre choix que de rejoindre la branche contrôle technique du CNPA ou celle de la FNAA ; L’Unidec, celle du CNPA encore ou celle, toute nouvelle, que la FNAA vient de créer en accueillant l’Unic ; la FNCRM, de rejoindre la branche du CNPA avec qui, elle aussi, elle ferraille depuis toujours… Quant au SPP, seul, il avait aussi peu de chance d’atteindre les fameux 8%…

Cette “phase 2” n’est pas encore terminée : elle peut durer jusqu’à fin 2016, c’est-à-dire tant que n’est pas tombé le couperet des 7 critères de la représentativité à satisfaire. On ne sait pas encore ce que décidera par exemple la FFC et ses trois métiers. Mais cette période n’empêche pas la “phase 3” de commencer : celle de la réorganisation des forces en présence. Car au-delà des craintes de disparaître pour certaines fédérations, la pérennité des autres est maintenant clairement établie. Celle de la Feda évidemment, sur sa convention collective du Commerce de gros. Celle du CNPA évidemment et celle de la FNAA tout autant.

Plus fort individuellement, plus efficace collectivement

C’est dans ce contexte qu’il faut “lire” le nouvel épisode de la représentativité qui se déroulait vendredi dernier au siège de la FNAA et qui voyait le Snisa officialiser son adhésion à la FNAA. Maintenant que la phase 2 a éclairé la scène et que l’on sait au moins qui ne disparaîtra pas et sur qui on peut déjà compter, place est faite à la pragmatique nécessité de concentrer les moyens et les influences dans le paysage de la représentation syndicale patronale post-2016, quand les mouvements tectoniques évoqués précédemment se seront stabilisés. Le Snisa-Feda se serait-il rendu compte, en six mois d’existence, que la pérennité de son action l’amènerait à un inévitable rapprochement avec une autre fédération de professionnels de la réparation ? Aurait-il constaté qu’il ne serait pas facile de faire adhérer suffisamment de ces réparateurs qui n’étaient pas encore syndiqués, même ceux sous enseigne distributeurs auxquels il s’adresse naturellement via les adhérents grossistes de la Feda ?

Cela n’a plus guère d’importance. Face au renforcement du CNPA qui, malgré ses efforts et sa stratégie d’ouverture via le Smava, reste encore réputé “Syndicat des constructeurs et des réseaux de marque”, les indépendants ont compris que le risque majeur inhérent à leurs guerres d’influence hypertrophiées par la nouvelle représentativité, c’est de voir leurs divisions exacerbées et les enjeux de la profession, mis ainsi dangereusement entre parenthèse.

Le Snisa dans la FNAA est donc devenu une évidence, au risque sinon d’affaiblir inutilement cette dernière, partenaire objectif de la Feda. Au risque sinon d’affaiblir la Feda elle-même, forcée dès lors de courir plusieurs lièvres à la fois quand elle souhaite pourtant faire le plein, en nombre d’adhérents comme en sujet traités, sur son terrain naturel de la distribution de pièces et de services liés. «La Feda est là» est le nouveau slogan de son déploiement. Mais à vouloir aussi être partout, elle prenait le risque d’être nulle part vraiment… Tenter de créer un improbable syndicat concurrent était devenu contre-productif.

Car la logique recherchée par la réforme de la représentativité rejoint l’intérêt des organisations professionnelles de l’automobile : en favorisant une taille critique unitaire, synonyme de moyens renforcés au service de la représentation de chaque convention collective, la réforme doit permettre d’affronter plus sereinement les grands défis de demain (voiture connectée, big data, technicité croissante, attente des consommateurs…). Et du coup, de pouvoir se coordonner sans arrière-pensées quand les thèmes à défendre deviennent communs aux professionnels de diverses conventions collectives et métiers. Et il y en a, des enjeux communs au destin du couple historique distributeur-réparateurs.

C’est tout à l’honneur de la Feda de l’avoir compris en mettant ainsi fin à l’ambiguïté du Snisa pour ne pas fissurer la communauté d’intérêt des acteurs de la distribution et de la réparation indépendantes. C’est tout à l’honneur également de la FNAA d’accueillir tout aussi sincèrement le Snisa dans ses rangs. Et ce sera aussi à l’honneur de toutes les autres organisations professionnelles de raisonner ainsi : dans l’intérêt de leurs adhérents, plus que dans celui du pouvoir de leurs élus. Car si l’union fait les grandes forces, il y a des moments où la désunion peut finir en tristes farces. Et s’il est un secteur en pleine évolution qui n’a guère besoin de cela, c’est bien celui l’après-vente…

(*) Les 7 critères de la nouvelle représentativité :

  1. «Le respect des valeurs républicaines ;
  2.  L’indépendance ;
  3. La transparence financière ;
  4. Une ancienneté minimale de deux ans dans le champ professionnel et géographique couvrant le niveau de négociation. Cette ancienneté s’apprécie à compter de la date de dépôt légal des statuts ;
  5. L’audience établie selon les niveaux de négociation conformément aux articles L. 2122-1, L. 2122-5, L. 2122-6 et L. 2122-9 ;
  6. L’influence, prioritairement caractérisée par l’activité et l’expérience ;
  7. Les effectifs d’adhérents et les cotisations.»
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