Une «Renault à 2 500 €»: vers la voiture jetable à entretien zéro?

Embrouillamini, ces derniers jours, autour de l’information exclusive publiée par le quotidien économique «La Tribune» du 23 novembre : «Renault invente la voiture à 2 500 euros». Selon le journal, Renault aurait confié à Gérard Detourbet, l’actuel responsable de la gamme «Entry» (Logan, Sandero, Duster), «la direction d’une équipe commune Renault-Nissan, chargée de développer l’ensemble des modèles d’entrée de gamme pour l’Alliance… et notamment une plate-forme et un moteur pour un futur véhicule à 2 500 euros !». Cette voiture «ultra low-cost» serait fabriquée en Inde, mais peut-être destinée à revenir en Europe, complète La Tribune.

A peine publiée, l’information était démentie par Renault -mais maintenue par La Tribune- et bien sûr, commentée tous azimuts. Logique : l’info réveille une interrogation et plusieurs tabous. Première interrogation : les «pauvres» des pays émergents veulent-ils vraiment d’une voiture minimaliste ? Pas sûr du tout, comme tend à le prouver le succès mitigé de la Tata Nano en Inde même, précisément là où le projet de Renault-Nissan devrait voir le jour.

Les ventes Dacia ont même révélé l’inverse : ce sont les clients des pays riches qui se sont massivement équipés en voitures low-cost. Les désirs des clients «émergents» sont ailleurs, comme en témoigne cette confidence que nous faisait Olivier Van Ruymbeke, ex-patron de l’AD et maintenant dirigeant d’un groupe de distribution VN au Brésil : «il est illusoire de croire que le client des pays émergents veut une voiture low-cost ; ce qu’il souhaite, c’est la même voiture que celle des «pays riches» qui concrétise son ascension sociale».

Le spectre de la «voiture jetable»
Autant d’éléments qui rendent crédible l’arrivée sur les marchés européens de cette voiture à très bas coût. L’article de La Tribune a donc exhumé d’effrayants tabous. Le plus ancien de tous : celui de la «voiture jetable», concept hérétique évoqué avec terreur et rapidement excommunié par les constructeurs il y a plus de 15 ans, quand ces derniers balbutiaient leurs premières incantations pour trouver l’alchimie du véhicule low-cost. Réelle ou non, l’information de La Tribune a ressuscité cet antéchrist de l’après-vente automobile qui peut pousser le réseau vers l’Enfer du «non-entretien».

Car le calcul est facile. même si cette voiture revenait dans nos contrées bardée d’équipements complémentaires, elle coûterait 4 à 5 000 euros. Quelle sera sa valeur résiduelle et l’intérêt économique de la réparer quand, au bout de 5 à 6 ans, arrivera le temps d’un changement d’embrayage, de 4 amortisseurs ou pire, d’injecteurs ? Et on ne parle même pas de l’effet immédiatement euthanasiant d’un misérable petit accrochage de la circulation. De quoi en tout cas inquiéter les ateliers Renault, eux qui, en mai dernier, n’avaient déjà guère apprécié le projet de kit do-it yourself pour vidanger les Dacia et l’avaient fait savoir…

…et le spectre d’internet
Pour ajouter à la confusion et au réveil des tabous, Europe 1 a, dans la foulée, complété l’information de La Tribune en évoquant un projet concomitant de Renault : ne vendre cette voiture que par Internet. L’éventualité est là aussi logique, quand on sait le peu de marge que génère déjà la gamme Dacia (pourtant à 7 700 € minimum) pour les distributeurs Renault. Et la quasi-mendicité qu’elle impose aux 4 200 agents de la marque (75 € de commission sur les ventes de modèles Logan et Sandero, 100 € sur le Duster). Comment une voiture encore moins chère pourrait-elle faire vivre des points de vente avec une marge VN quasi-nulle et des VO à valeur résiduelle insignifiante ?

Des voitures à 2 500 €, sans presque aucun potentiel d’activité après-vente et vendues par Internet : un frisson de terreur a traversé l’échine des 5 200 RA1 et RA2 au Losange en lisant les journaux et en écoutant la radio. D’autant qu’ils savent le succès de Dacia (800 000 véhicules produits, bientôt 1 million). Bref : on comprend que, vrai ou faux, Renault se soit dépêché de démentir le projet…

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


*

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (Pas encore de votes)
Loading...

À propos de l'auteur

Jean-Marc Pierret

Editeur du magazine Après-Vente Auto et de son site Apres-vente-auto.com, Jean-Marc Pierret suit depuis 30 ans l'actualité stratégique du secteur de l'après-vente automobile.
Il se passionne tout particulièrement pour les mutations qui traversent et transforment le paysage de l'entretien et de la réparation automobiles.
Avec Stéphane Freitas, il co-dirige Pertineo Group qui détient les sociétés Publi Expert Gestion (Après-Vente Auto et Après-vente-auto.com), AM-Today (Am-today.com) et l'agence de communication Action Media.

Tel. +33 (0)1 41 88 09 04

jmpierret@apres-vente-auto.com