Pièces de carrosserie: la Feda réfute les arguments « pro-monopole »

«Les anomalies du monopole sur les pièces de carrosserie enfin reconnues lors du débat au Sénat du 22 décembre 2011». A lire ce titre victorieux du communiqué de la Feda du 23 décembre, on se demanderait presque si le Sénat n’a pas en fait décidé de la fin du monopole des pièces captives !

Il n’en est évidemment rien (voir «le Sénat rejette la libéralisation, mais le dossier reste ouvert»). Mais la Feda, qui veut voir le verre à moitié plein, note ainsi «avec satisfaction» –et avec un brin d’ironie taquine– que le secrétaire d’Etat Frédéric Lefebvre a reconnu devant les sénateurs qu’«…un certain nombre de pays qui ont libéralisé ce secteur [et] ont effectivement du coup obtenu des avantages conséquents pour les consommateurs». La Feda a certes un peu sorti ces propos de leur contexte (voir «l’intégrale des débats sénatoriaux du 22 décembre»). Il n’en reste pas moins que F. Lefebvre a été plutôt maladroit en la matière, lui qui, au nom du gouvernement, repousse toute libéralisation avec constance depuis octobre dernier…

Dans ce communiqué, la Feda a surtout dressé une liste assez exhaustive des affirmations qui ont convaincu les députés et surtout les sénateurs de ne pas mettre fin au monopole. La plupart ont effectivement été évoqués lors des débats sénatoriaux du 22 décembre et en règle générale, ils sont régulièrement revenus dans la bouche des supporters du monopole :

  • «La situation de la France est identique à celle de l’Allemagne». La Feda oppose un reportage de France2 (lors du JT de 13h00 le 21 décembre) qui selon elle «atteste que le marché allemand est effectivement ouvert à la concurrence, avec des prix deux fois mois élevés qu’en France».
  • «Les pays dans lesquels le monopole a été supprimé  ne sont pas des pays constructeurs». La Feda rappelle à ceux qui l’on oublié que «l’Italie est aussi un grand pays automobile, l’Espagne et la Pologne sont également de grands producteurs» et qu’ils sont ouverts à la concurrence des pièces de carrosserie. Tout comme cette Allemagne automobile où «les constructeurs ont pris par écrit devant le Bundestag, l’engagement de ne pas utiliser le monopole pour empêcher la concurrence».
  • «L’engagement récent des constructeurs pour une modération des prix». La Feda affiche son scepticisme. D’abord en citant l’étude SRA de décembre qui constate que «l’augmentation du prix du panier de pièces de collision a été de +4,7 % au cours des 12 derniers mois, soit plus de deux fois le taux de l’inflation» (voir «SRA souligne les fortes augmentations»).
    Elle rappelle surtout que «ces engagements au demeurant brandis mais non dévoilés» n’annuleront pas «les hausses de prix insupportables de ces dernières années». Il est vrai que les constructeurs, sentant la fin du monopole possible depuis la prise de position du Parlement européen en ce sens fin 2007, semblent s’être dit que ce qui était pris n’était plus à prendre (voir «Pièces captives: jusqu’à +380 % en 1 an!»)…
  • «La suppression du monopole serait peut-être également sans bénéfice pour le consommateur.». La Feda se régale en soulignant que F. Lefebvre a lui-même reconnu le contraire devant les sénateurs (voir ci-dessus) comme d’ailleurs «l’étude de l’UFC-Que Choisir ainsi que les reportages de ces derniers jours réalisés à l’étranger notamment par TF1, France2 et FR3».
  • «Le monopole permettrait le maintien des emplois dans certaines filières». La Feda considère que les prix induits par le monopole «détruisent un nombre d’emplois important en réparation-collision et donc dans la fabrication des pièces». On connaît effectivement l’argument consumériste : les prix trop élevés des pièces dissuadent les automobilistes de faire procéder à des réparations hors assurance. «Le monopole incite les constructeurs à faire fabriquer leurs pièces dans les pays low-cost et à les revendre en France à des prix très élevés», complète la Feda.
  • «71 % des pièces protégées de Renault et de PSA sont fabriquées sur le territoire national». Pour contrecarrer l’argument, la Feda se livre à un petit calcul : «A supposer ce pourcentage avéré, il ne concerne que les pièces des véhicules montés en France, [soit] 15 % seulement des VP pour Renault au 3ème trimestre. Dans ce cas, ce ne sont que 10 % de ces pièces qui sont produites en France».
  • «Les gagnants seraient… la grande distribution qui importe des pièces de ces pays». La Feda réfute cette caricature. La rechange indépendante qu’elle représente «est constituée de PME/TPE/PMI présentes dans tous les bassins d’emploi en France, explique la Feda ; Ses réparateurs sont des garagistes comme le sont les membres des réseaux constructeurs et les distributeurs indépendants appartiennent à la distribution spécialisée et constituent le réseau de distribution des équipementiers, fabricants des pièces d’origine».
    Elle rappelle en revanche que «les constructeurs sont des sociétés multinationales de moins en moins françaises et qui importent massivement et de plus en plus leurs pièces de pays low-cost».

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