Vu sur France 2 : les « MRA des champs » réparent aussi les vies…

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Diffusé hier soir en deuxième partie de soirée sur France 2, le magazine Complément d’enquête a dédié son troisième sujet à ces millions de Français qui, habitant loin des grandes métropoles ou vivant dans de petites villes, ne peuvent compter sur aucun transport alternatif à leurs véhicules. Véhicules qu’ils ont besoin d’entretenir en cohérence avec leurs moyens parfois (très) modestes. Focus sur trois cas moins particuliers qu’on pourrait le croire…

«Jamais sans ma bagnole !» C’est avec ce titre évocateur qu’hier soir, le magazine Complément d’enquête  a voulu comprendre ce qu’habiter en zones rurales ou même dans des villes de taille moyenne signifie parfois (souvent) : devoir se débrouiller par ses propres moyens pour aller au travail, emmener ses enfants à l’école ou simplement faire des courses pour nourrir sa famille. Et se débrouiller équivaut, ni plus, ni moins, à disposer de son propre véhicule. Ce qui peut rapidement devenir problématique si l’on ne dispose pas du train de vie suffisant pour entretenir son véhicule dans les réseaux primaires.

Ce troisième sujet du magazine diffusé hier soir à 22h35 sur France 2 a constaté que l’entretien d’une voiture coûte cher aux Français : 3 300 euros en moyenne par an. Et lorsque l’on possède un véhicule âgé, on peut encore moins se permettre de l’emmener chez le concessionnaire. Les réparateurs établis dans ces zones rurales ou péri-urbaines dépourvues de réseaux de transport suffisamment denses, MRA en tête, ont donc un rôle clé à jouer dans le maintien en activité de ces citoyens précaires.

Les journalistes Rola Tarsissi, Mathieu Dreujou et Olivier Broutin sont donc allés rencontrer des Français établis dans des régions très différentes, mais dont les besoins de mobilité sont aussi criants les uns que les autres et qui ont dû trouver leur façon à eux de se déplacer et, surtout, d’entretenir leur voiture. Quand, toutefois, ils en ont une.

Trois cas d’école

Ce qui n’est pas le cas du premier couple rencontré par les reporters. Frédéric a 24 ans et est ouvrier dans le bâtiment. Poliana, 26 ans, est mère au foyer par défaut. Avec deux très jeunes enfants à charge et les seuls 1 400 euros de salaire de Monsieur pour vivre, ces jeunes parents de Fruges (2 400 habitants), dans le Pas-de-Calais, n’ont pour seul moyen de transport qu’un vieux scooter acheté d’occasion 150 euros. Aucun des deux n’a le permis. Mais quand le deux-roues refuse de démarrer, cela compromet toute journée de travail : pour prendre son poste dans le bâtiment, le père de famille doit parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour, aller et retour, tantôt avant le lever du soleil, tantôt après son coucher. Madame, elle, ne peut pas trouver d’emploi de vendeuse : toutes les offres nécessitent de se déplacer.

Moins “coincée” que le couple précédent, la jeune trentenaire basque que les journalistes suivent ensuite leur explique, au volant de son véhicule de courtoisie, qu’elle va récupérer sa voiture accidentée chez le réparateur. «Pendant deux mois, j’étais sans ma voiture et, en toute sincérité, je pleurais tous les jours, confesse Virginie, assistante dans une classe de maternelle. C’est comme si on m’enlevait mon enfant», reconnait-elle. Et pour cause : sa Ford Focus de première génération lui est absolument indispensable pour ses trajets quotidiens. Faute de revenus suffisants, c’est à un professionnel qui lui a certifié pouvoir réparer sa voiture pour «deux fois moins cher» qu’elle s’est adressée. Un centre VHU qui, compte tenu des nombreuses demandes auxquelles il fait face au quotidien, a ouvert un atelier de réparation il y a quelques années.

Pour une face avant, un capot, des phares et quelques pièces mécaniques, le tout d’occasion, bien sûr, le recycleur lui a fait une facture de 1 119,20 euros, «réglable en quatre fois sans frais». Une option qui n’en est pas une pour la conductrice : «même payer en quatre fois, c’est limite ; je vais devoir rogner sur… pas grand chose en fait, car ma situation est compliquée, déplore-t-elle. Peut-être un peu de nourriture ou accepter d’être en négatif sur mon compte en banque…»

Solution « do it »… assisté

Dans l’agglomération paloise, c’est une veuve avec trois enfants, Nathalie, que les journalistes sont allés rencontrer. La quarantaine dynamique, cette propriétaire d’une Toyota Aygo de 56 000 km achetée neuve il y a 6 ans ne vit qu’avec le fragile salaire de son CDD d’animatrice dans une école primaire. Et pour remplacer les disques et les plaquettes de freins de sa petite citadine, elle n’a eu d’autre choix que de se tourner vers… la vente en ligne pour se les procurer.

Des plaquettes Bosch que la quadragénaire a sorti avec un grand sourire de leur emballage, elle-même emballée à l’idée de les remplacer par ses propres moyens. C’est en effet dans le garage de l’association les P.N.E.U.S, à Pau, que la propriétaire de la Toyota Aygo va effectuer la dépose de ses vieux disques et plaquettes puis les remplacer, le tout pour douze euros de l’heure, sous l’œil avisé et le conseil serein d’un mécanicien de métier. «Je suis trop contente d’avoir remplacé moi-même les freins de ma voiture, j’essaie d’en prendre le plus grand soin», déclare-t-elle tout sourire.

Et le mécanicien de confirmer qu’elle est loin d’être la seule dans son cas : sur les nombreuses adhésions qu’enregistre le garage associatif depuis dix ans, un grand nombre sont des femmes. La dernière année a vu le nombre d’adhésions doubler.

Oui, décidément, les réparateurs de province ont un rôle social évident…

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