Voiture communicante : 94% des consommateurs pour le libre choix de l’atelier connecté

Au nom des automobilistes, l’Automobile Club (ACA) et la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile), viennent d’interpeller le parlement européen sur le contrôle des données issues de la prochaine voiture communicante. Et en passant, ils posent la question du libre entretien desdits véhicules connectés dans l’atelier de son choix. Bonne surprise en l’occurrence : les consommateurs sont les premiers à demander ce libre choix de l’atelier connecté. Et à 94%. Mais ils voudront aussi que l’atelier choisi soit connecté…


Cliquez sur la vidéo pour la lancer

Il y a quelques mois, nous expliquions dans une série d’articles les gigantesques défis auxquels seront confrontés les acteurs de l’après-vente face à l’avènement programmé de la voiture communicante et donc, connectée. Ces défis viennent d’être synthétisés dans la campagne européenne proposée conjointement par l’ACA et la FIA et présentée le 24 novembre dernier devant le Parlement européen. Baptisé «My Car My Data» («Ma Voiture Mes Données»), ce programme a une formidable vertu : il matérialise les attentes des consommateurs-automobilistes, mais aussi leurs inquiétudes face à ces voitures communicantes que les constructeurs développent déjà.

Le constat est européen. 12 000 automobilistes ont été interrogés dans 12 pays, du nord comme du sud, soit un échantillon d’environ 1 000 interviews par pays. Et les résultats sont sans équivoque : les craintes sont nombreuses et largement partagées. L’ACA et la FIA les ont regroupées dans ce tableau :

tout_ce_que_votre_voiture_sait_de_vous

Cliquez sur le tableau pour l’agrandir

On y retrouve bien sûr le syndrome “Big Brother” inspiré par une voiture qui pourra savoir et dire où son conducteur va et d’où il vient, comment il conduit, quand il change de moyen de transport et, via l’interconnexion smartphone/véhicule, qui il fréquente. Surveillance, profilage, piratage, flicage : «Les véhicules peuvent en dire long sur les conducteurs, bien plus que ce que les consommateurs ne se l’imaginent», souligne Didier Bollecker, président de l’Automobile Club Association ; «Il faut les informer et se mobiliser pour une réglementation qui leur permette d’être protégés et de rester maîtres de leurs données».

Et c’est tout l’objet de la campagne «My Car My Data» : sensibiliser les automobilistes à ces risques tout en obtenant l’appui des instances européennes pour qu’elles développent des garde-fous et légifèrent en conséquence. Ce ne sera sûrement pas difficile, puisque 97% des 12 000 interrogés réclament déjà un cadre législatif pour protéger leurs données personnelles…

Voiture communicante mais libre choix de l’atelier !

Mais ce que les consommateurs ont aussi compris, c’est que la voiture communicante et connectée va aussi potentiellement “raconter” la façon dont elle est traitée par son conducteur. Et surtout, qu’elle peut vouloir décider pour lui de son entretien et de sa réparation comme du lieu où ces prestations doivent se dérouler.

Là encore, les automobilistes ne sont ni dupes, ni naïfs. Il mettent certes la sécurité en raison majeure de l’achat d’un véhicule connecté (alerte des risques de circulation en temps réel, alerte immédiate d’une panne ou d’une défaillance, etc.). Mais il veulent aussi −et à 94% !− pouvoir choisir eux-mêmes leurs prestataires de service.

On le voit bien dans le tableau ci-dessus : ils sont très conscients que la voiture communicante peut vouloir les priver de leur libre choix du réparateur. Et ils n’aiment pas cette idée qui peut selon eux générer des surcoûts d’entretien, des propositions commerciales non souhaitées, une panne et sa réparation gérées autoritairement et aussi, une possible perte de garantie liée par exemple à leur façon de conduire. Un bel argument que vont pouvoir reprendre les fédérations qui luttent pour un réel déploiement du libre choix adoubé par la loi Hamon et dans le même esprit, contre les assisteurs qui décident unilatéralement du lieu et des conditions du dépannage.

Mais ce que les réparateurs doivent aussi comprendre de ce sondage, c’est que si seulement 10% des automobilistes interrogés ont déjà une voiture quasi-communicante, les autres en rêvent déjà. 24% la planifient comme prochaine voiture et les 76% restant se disent intéressés par cette voiture connectée.

Un défi pour les réparateurs multimarque

Alors certes, la voiture pleinement communicante vers un atelier connecté est encore en projet. Mais l’avenir se dessine déjà, dans les cartons des équipementiers (voir «Voiture communicante (selon Bosch) : le miracle ou le cauchemar ?») comme dans ceux des constructeurs (voir «Voiture communicante et EOBD “minoré” : vers la fin d’une époque ?»). Et visiblement, sous certaines réserves mais sans rejet, les automobilistes seront preneurs.

La question se pose donc prioritairement aux ateliers et réseaux multimarque. Les associations de consommateurs et les fédérations professionnelles travaillent pour eux en s’assurant qu’il y aura liberté de choix par le couple auto/conducteur et en faisant en sorte que la voiture ait l’obligation de pouvoir se connecter sur n’importe quelle offre de réparation. Cet univers législatif est leur territoire d’action privilégié.

Mais chez les indépendants, encore faudra-t-il qu’il y ait quelque chose à connecter. Encore faut-il qu’ils se préparent et s’organisent en conséquence. Car tout cela suppose formations, matériels et logiciels connectés, abonnements à des plateformes, DMS capables de capter, proposer et deviser en temps réel une prestation demandée par une voiture pratiquant son auto-diagnostic à tout moment, etc., etc. Bref : une entrée en bon ordre dans le monde de l’après-vente digitale.

Le Sésame qui va donner le top départ de cette révolution approche. Ce sera le eCall qui, en 2018, va rendre connectée et bavarde toute nouvelle voiture vendue (voir «La voiture communicante annonce une guerre totale de l’après-vente !»). Certes encore, le renouvellement du parc se fera lentement. Mais au rythme minimal de 1,7 million de VN renouvelés chaque année dans un parc qui stagne aujourd’hui à environ 36 millions tous types de véhicules confondus, la quasi-totalité du parc français sera devenue bavarde aux alentours de 2035-2040. Ce qui signifie aussi qu’une bonne moitié l’aura été depuis 2025-2028…

Digitaliser le plus vite possible…

Il y a donc urgence au moins à “se préparer à se préparer”, tant les mutations des métiers traditionnels de l’entretien-réparation seront non seulement profondes, mais commencent déjà avec par exemple les devis et prises de rendez-vous en ligne. Pour l’instant, ces devis et rendez-vous se décident encore depuis les ordinateurs de consommateurs. Mais quand la voiture communiquera vraiment et constamment, il se feront depuis le véhicule, peut-être même à la seule initiative de ce dernier, pour être soumis via le smartphone du conducteur ou même l’écran embarqué du véhicule.

Et ne nous leurrons pas sur la sympathique inclination des consommateurs vers les réparateurs indépendants : aussi désireux qu’ils se disent aujourd’hui de faire réparer leurs voitures connectées où ils voudront, les automobilistes désireront tout autant fréquenter des ateliers dignes de l’intelligence digitale de leurs voitures. A l’heure où le CNPA vient de constater que 17% des voitures sous garantie se font entretenir hors réseaux de marque, les constructeurs comptent bien sur la voiture communicante pour non seulement endiguer cette hémorragie, mais aussi reconquérir leur marché naturel des voitures récentes, voire même les conserver au lieu de les voir s’enfuir comme aujourd’hui vers les ateliers indépendants.

Avec l’avènement de la voiture communicante, une certitude donc : dès 2018, ceux des réparateurs qui ne seront pas encore entrés dans la danse digitale vont voir la connexion des automobiles se généraliser, au risque de les distancer inexorablement. Pour rester dans la course, la digitalisation de tous les ateliers est inévitable. Alors, autant commencer le plus tôt possible..

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


*

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (Pas encore de votes)
Loading...

À propos de l'auteur