Le digital peut rapprocher formation et matériel de pointe

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L’Association des journalistes techniques et économiques (AJTE) a dernièrement réuni autour d’une table ronde plusieurs professionnels de la formation aux métiers de la réparation automobile et des représentants des fournisseurs d’équipements de garage. L’occasion de tirer un bilan du rapport complexe qu’entretiennent les mondes de l’enseignement et celui de l’équipement de garages à destination des professionnels, qui pourrait bien être simplifié par l’explosion du digital.

Table ronde AJTE Formation

De gauche à droite : Benoît Friede (Garac), Christophe Vander Schueren (Exxotest), Stéphane Bouyé (Académie de Versailles), David Vayssié (Actia et GIEG) et Alain Kurtz (Haynes Pro).

Entre les 335 lycées et centres de formation initiale ou d’apprentissage à la réparation automobile et les quelque 60 000 ateliers répartis sur tout le territoire français, le flux d’étudiants diplômés qui passent chaque année d’un univers à l’autre est très important. Au total, ils sont environ 35 000 à étudier dans les différents établissements qui préparent aux métiers des services de l’automobile.

Mais pour les amener de l’état d’étudiants ou d’apprentis à l’état de professionnels en bonne et due forme, encore faut-il qu’ils puissent bénéficier des mêmes outils et supports qui les accompagneront tout au long de leur carrière et qui évolueront avec eux. Sur ce point, il existe encore un certain cloisonnement entre le monde de l’enseignement et celui du travail. Car si les besoins de l’un ne sont pas forcément ceux de l’autre, les deux environnements nécessitent une certaine communauté d’équipements.

Un plateau de choix

Pour évoquer le sujet plus en détail et savoir comment réconcilier définitivement les besoins des deux mondes, l’Association des journalistes techniques et économiques (AJTE) a réuni autour d’une même table ronde Stéphane Bouyé, inspecteur de l’Education nationale spécialiste dans les enseignements techniques à l’Académie de Versailles, Benoît Friede, responsable des formations techniques et des ateliers au Garac, Christophe Vander Schueren, responsable des activités didactiques d’Exxotest, fabricant de matériel très présent dans les centres de formation, David Vayssié, président du GIEG et directeur de la division Aftermarket d’Actia, et Alain Kurtz, responsable France et pays francophones de l’éditeur d’informations techniques Haynes Pro.

Stéphane Bouyé reconnaît d’abord que l’enseignement de la réparation automobile nécessite bien du matériel professionnel, mais qu’il ne peut se faire uniquement avec ce type de solutions. «Les enseignements théoriques méritent des séances plus courtes, pour laisser plus de place à la pratique, mais elles ne peuvent se passer de solutions dédiées, plus didactiques, comme des maquettes qui permettent de sortir les éléments de leur contexte pour savoir comment les y remettre, explique-t-il. Pour ce qui est des travaux pratiques, nous voulons en revanche que les enseignants placent leurs élèves dans la démarche la plus concrète possible : ainsi un matériel de diagnostic semblable à ce qui est utilisé dans les garages s’avère indispensable.»

Suivre la technologie et les besoins client

Très proche des préoccupations des enseignants et très présent dans les salles de classe des centres de formation, Exxotest souligne, par la voix de Christophe Vander Schueren, «la nécessité d’un lien très fort entre fabricants et enseignants, sur le matériel didactique mais aussi sur l’outillage plus pratique». Et Benoît Friede, du Garac, d’appuyer le discours du fournisseur de matériel d’atelier, en affirmant que «la démarche prospective des enseignants comme des fabricants implique de se poser la question de la conformité des outils avec le niveau de récence des véhicules et la nécessité de s’occuper des besoins du client».

En somme, il est impératif, aujourd’hui, de disposer de matériel capable d’offrir un diagnostic de pointe et de permettre la réception active du client. Ce n’est pas pour rien que Benoît Friede insiste auprès des enseignants du Garac pour «privilégier la méthode auprès des étudiants, forcer le trait à chaque étape». Considérant que l’étudiant passe 30% de son temps en stage, voire 50% s’il est apprenti, s’appesantir sur la méthode est tout sauf vain, car ce n’est pas toujours dans le feu de l’action du quotidien d’un garage que l’on parvient le mieux à être méthodique. Pour ce faire, «nous souhaitons privilégier une approche aussi concrète que ludique, précise Christophe Vander Schueren, c’est pourquoi nous allons de plus en plus vers du matériel qui ressemble davantage au quotidien des étudiants dans leur vie personnelle, comme les tablettes, auxquels sont de plus en plus associés les outils de diagnostic.»

Indispensables tablettes

Quoi de mieux, en effet, pour faire de la réception active et expliquer au client les opérations qui attendent son véhicule qu’une tablette, et quoi de mieux, aussi, que ce même support pour faire du diagnostic ? Les spécialistes du diag ne s’y trompent pas, d’ailleurs. «Nous avons toujours fait en sorte, chez Actia, d’avoir les produits les plus simples possible», souligne David Vayssié, qui reconnaît cependant le manque de présence des outils du fabricant d’équipement dans les établissements scolaires, en dehors de l’inévitable Garac, bien sûr, ou du lycée Gallieni, près de Toulouse.

Autre avantage non négligeable des tablettes : leur utilisation aussi bien dans un cadre professionnel (l’atelier) ou scolaire (la salle de classe) que dans un cadre domestique, privé. Le support idéal pour continuer de progresser hors de l’établissement de formation ou du garage, raison pour laquelle «le e-learning progresse car il offre plus de marge de manœuvre aux professionnels comme aux étudiants», affirme Benoît Friede. «C’est le moyen adéquat pour se maintenir à niveau, ajoute-t-il. Le Garac a mis des modules de e-learning liés à la maintenance automobile à disposition de ses élèves et nous les incitons fortement à les suivre.» L’Académie de Versailles a également impulsé un mouvement, à en croire Stéphane Bouyé.

L’éternel problème des données

Autre média de choix pour apprendre, que l’on soit étudiant ou pro, les serious games ont également été évoqués par les intervenants, même si le e-learning reste leur priorité. «Nous avons mis en place des plateformes dédiées, lesquelles vont proposer des contenus interactifs et des modules d’évaluation pour les élèves et, dans l’idéal, nous souhaiterions faire naître une base de données prête à partager et nous souhaitons que les équipementiers nous aident à l’enrichir pour que les enseignants s’en servent afin de construire leur cours plus facilement et que chacun partage le même média.» Sauf que l’accès aux données reste un problème, même pour les équipementiers. Certes, des fournisseurs d’équipements de pointe comme Actia, ou de solutions numériques comme Haynes Pro, en disposent d’une quantité colossale.

«Nos données techniques en ligne sont désormais compatibles avec les tablettes et nous allons de plus en plus vers une diffusion de ces données de cette manière, explique Alain Kurtz, de Haynes Pro. Seulement, nous achetons nos données aux constructeurs pour les fournir, ensuite, aux équipementiers multimarques.» Or, selon Benoît Friede, «le partage de données est pour nous un vrai vecteur de transmission du savoir». Une difficulté d’accès qui a le don de scandaliser Stéphane Bouyé : «ce qui me gêne le plus, c’est que les constructeurs ne jouent pas le jeu, ils conçoivent leurs véhicules mais délaissent totalement le service après-vente qui est un autre monde pour eux, ce qui fait qu’ils ne partagent pas suffisamment leurs données techniques», déplore définitivement l’inspecteur d’académie.

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