Garages solidaires : filière en quête de structuration

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La toute première étude sur les garages solidaires a été menée à l’initiative des fondations PSA et Norauto. Elle met en lumière leur nécessité pour répondre aux besoins de mobilité des plus démunis, mais aussi les moyens limités –en tout cas trop peu structurés -pour y répondre…

Cliquez sur l’image pour télécharger les résultats de l’étude

Les fondations PSA et Norauto se sont associées pour mandater le cabinet Eexiste à réaliser la toute première étude sur les garages solidaires. Un «phénomène» qui, s’il n’est pas nouveau (le plus ancien date de 1979 !), est aujourd’hui bien visible. Visible et nécessaire : le besoin en mobilité ne se dément pas tandis que le nombre de personnes en difficultés financière n’a jamais été aussi important. L’étude rappelle en effet en préambule que 6 à 8 millions de français feraient face à des difficultés financières pour répondre à leurs besoins de mobilité…

Dès lors, les fondations PSA et Norauto ont donc recherché à travers cette étude menée entre novembre 2015 et janvier dernier auprès d’une petite quarantaine de garages, à mieux identifier la réponse apportée par ces garages à la paupérisation d’automobilistes pour qui leur véhicule est un moyen irremplaçable d’insertion professionnelle et de socialisation ; à appréhender leur(s) modèle(s) économique(s) ainsi qu’à déceler les opportunités de professionnalisation et de structuration du secteur.

Des structures jeunes, qui misent sur la diversification

Les 37 garages ayant répondu à cette étude permettent de mesure la grande diversité de profils d’entreprise, tour à tour dénommé «garage solidaire», «garage social», «garage associatif». Car ces structures remplissent une double vocation : non seulement permettre à une population en difficultés financières de conserver sa mobilité, mais aussi pour nombre d’entre eux de réinsérer socialement tout ou partie de leur personnel.

Majoritairement urbain (56%), le garage solidaire propose une taille respectable (7 collaborateurs en moyenne) et accueillant entre 50 et 1 500 véhicules ! A l’exception d’un seul garage, tous ciblent les populations en situation précaire et travaillent ainsi sur prescription sociale.  74% d’entre eux s’adressent à des publics en recherche d’emploi ou en phase de réinsertion sociale. Ce dernier point leur permet en effet de mieux légitimer leur action vis-à-vis de la concurrence (ils proposent en effet des taux horaires allant de 5 à 40€/h lorsqu’une structure plus classique verra son taux horaire compris entre 55 et 85€/h), et leur permet en outre de mieux identifier la population cible.

Ils répondent aux besoins en mobilité des personnes en difficulté d’abord par l’entretien, délivré sous plusieurs formes : l’entretien à des tarifs solidaires, en jouant un rôle de conseil dans l’achat de pièces que les clients vont récupérer par leurs propres moyens (auprès d’un démolisseur, ou sur la toile par exemple), en tant que self garage (location de matériel) ou en distillant des formations pour le do it yourself…

Mais s’ils réalisent le plus gros de leur CA sur l’entretien-réparation, les garages solidaires se montrent aussi étonnamment diversifiés dans leur activité : pas moins de 69% d’entre eux pratiquent ainsi la vente de véhicules (9% déclarent cette activité en cours de lancement) et 46% proposent une location solidaire (17% déclarant cette activité en cours de lancement).

Enfin, il s’agit pour nombre d’entre elles de structures encore jeunes : 36% ont été créées entre 2010 et 2014 et 25% sont encours de lancement. Soit plus de 60% des structures de ce panel qui ont moins de 6 ans !

Garages  solidaires… mais guère solides

Et c’est peut-être bien justement parce que les garages solidaires sont majoritairement jeunes qu’ils sont financièrement fragiles, car leur business modèle est toujours en construction : 35 % “seulement” déclarent avoir trouvé leur équilibre économique. Et si la proportion respectable de 47% tend vers cette situation, 15% peinent toujours à trouver leur modèle économique. A l’inverse, les garages apparus avant la vague née en 2010 se déclarent à 50% pérennes.

Les pratiques d’approvisionnement concourent à ce fragile équilibre. Certes, 81% des garages solidaires déclarent s’approvisionner auprès de fournisseurs classiques à des tarifs préférentiels. Cela signifie en creux que dans 19% des cas, ils achètent les pièces de rechange au prix du marché ! De la même manière, la forte diversification en vente de véhicule cache des volumes d’approvisionnement trop faibles par rapport à la demande et surtout, une réelle dépendance aux dons de véhicules, principalement effectué par des particuliers, mais aussi parfois par des entreprises. En revanche, 38% des garages doivent parfois acheter des VO auprès de concessionnaires pour répondre à une demande !

L’étude recherche du coup divers leviers capables de pérenniser la filière : augmenter la lisibilité et la visibilité du secteur, favoriser les échanges entre cette catégorie de professionnels (best practices), ou encore renforcer les offres de formations(en gestion notamment) tout comme la mutualisation, qui permettrait de faire baisser les coûts de fonctionnement de ces structures.

In fine autant de points sur lesquels les garages solidaires pourraient trouver un soutien auprès d’une fédération ou d’un réseau ! Ils sont d’ailleurs 78% à se montrer intéressés par d’éventuels projets de fédération. Mais une fédération qui serait complémentaire aux structures existantes. Car 61% d’entre eux sont déjà en effet adhérent à un réseau, qu’il s’agisse d’un réseau de l’économie sociale et solidaire, de l’insertion par l’activité économique, ou encore d’un des réseaux émergents de la mobilité solidaire : FARE, APREVA, Groupement des Garages Solidaires, etc.

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