Après-vente constructeurs: le faux pessimisme de l’étude ACEA/BCG

L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) produit une opportune étude qui conclut à une bien exagérée faiblesse des réseaux constructeurs en matière d’après-vente…

L’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) vient de rendre publique une très étonnante étude réalisée par le Boston Consulting Group (BCG) sur le marché de l’après-vente dans cinq pays européens : l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne et la Pologne. Pour cette étude, BCG a interrogé plus de 1 500 automobilistes de profils différents (conducteurs de véhicules de direction,  particuliers possesseurs de véhicules neufs, ayant des véhicules de 5 à 8 ans d’âge et un dernier profil de conducteurs d’automobiles de plus de 8 ans) et un panel d’experts issus des réseaux agréés et des réseaux indépendants.

L’un des premiers enseignements de l’étude est la très bonne connaissance du marché et de ses acteurs par les consommateurs-automobilistes. Ils sont en effet à même de savoir à qui s’adresser en fonction de l’intervention à effectuer et de l’âge de leur véhicule. Ils sont, enfin, très satisfaits de la dernière prestation effectuée sur leur véhicule par un professionnel…

Au-delà, l’étude de BCG estime que le marché de l’après-vente est stable et ne devrait progresser qu’à la marge d’ici 2020 (hormis en Pologne, où le marché devrait progresser de près de 6%), passant de 115,8 milliards d’€ à 128,2, soit une très légère hausse de 1%. Et le rapport de force entre réseaux constructeurs et indépendants ne devrait que très faiblement évoluer, vraisemblablement en faveur de ces derniers : pour la France par exemple, ils devraient passer de 52% de parts de marché en 2010 à 58% en 2020… Les indépendants sont donc devant les constructeurs !

Parti pris volontaire?
Cette bonne connaissance du marché par les consommateurs-automobilistes influe tout naturellement sur leur loyauté au réseau de marque. Ainsi, si le profil des automobilistes ayant un véhicule de 0 à 4 ans déclare à 64% se rendre dans le réseau agréé pour l’entretien du véhicule, le pourcentage tombe à 35% pour les possesseurs de véhicules âgés de 4 à 8 ans, et 19% pour ceux dont le véhicule a plus de 8 ans ! Cette ‘photographie’ d’un marché après-vente sinistré pour les constructeurs interpelle : les conducteurs de véhicules récents ne seraient ainsi que 64% à se rendre chez leur concessionnaire ou réparateur agréé ? La preuve serait donc faite : l’intense compétition que se livrent réparateurs agréés et indépendants voit les parts de marché des premiers s’amenuiser progressivement…

Le chiffre paraît pourtant étonnamment faible, étant considéré qu’il s’agit du cœur de cible des ateliers agréés. En descendant nous-mêmes dans le détail des chiffres de l’étude, nous arrivons d’ailleurs à une toute autre conclusion. Dès lors que l’on dissèque un peu plus les chiffres de l’étude, on passe tout bonnement des 64% avoués par les consommateurs interrogés… à 81,2%, voire même 85,4% pour les réseaux constructeurs ! Mais il est vrai que l’on parle là d’une bien moins misérable part de marché en valeur (voir « Etude ACEA/BCG: derrière l’info, l’intox?« ).

De plus, l’étude a pris en compte dans ses savants calculs deux lignes de produits qui font singulièrement baisser le taux de fidélité des automobilistes envers le réseau de marque. Deux lignes de produits sur lesquels les réseaux constructeurs ne se sont jamais réellement positionnés de façon agressive : les pneus et les accessoire, en incluant les produits d’entretien. Si l’on retire en effet ces produits, la part de marché des ateliers constructeur passent même de 81,2% à plus de 85% ! Et l’on retrouve ici l’un des points mentionnés par l’Autorité de la concurrence lors de la publication de son rapport préliminaire sur le secteur de l’après-vente en France : la mainmise réelle des réseaux de marque sur la tranche des véhicules les plus récents du parc.

Une étude qui tombe à pic…
Cette étude est tout aussi intéressante sur l’aspect communication : en présentant cette étude à ses membres et à des membres de la Commission européenne, les constructeurs, considérés comme dominants, souhaiteraient-il remettre la balle au centre ? Allument-ils d’ores et déjà des contre-feux aux probables réactions des indépendants face aux vastes opérations de reconquête de leur parc récent, par le biais de leurs contrats de service -contrats d’entretien et contrats d’extension de garantie (voir « Services : les constructeurs se déploient massivement!« ).

En se basant sur ce postulat –apparemment partisan– d’un déjà trop plein de concurrence, ils proposent un niveau de lecture du marché que les décideurs non spécialistes du secteur ne sauront vraisemblablement pas dépasser. Enfin, ramenés à des préoccupations plus franco-françaises, les constructeurs ne tentent-ils pas opportunément, par le biais de leur association européenne dont les membres ont tous intérêt à garder un marché français captif donc juteux, un ultime coup de lobbying avant que l’Autorité de la concurrence ne rende ses conclusions définitives ? Nul doute que ces éléments ont du être –tout ou partie– versés au dossier dans le cadre de la consultation publique initiée par l’Autorité.

Voir aussi « Etude ACEA/BCG: derrière l’info, l’intox? »

1 commentaire concernant “Après-vente constructeurs: le faux pessimisme de l’étude ACEA/BCG”

  1. bonjour,

    Suite à votre commentaire sur l’après-vente dans les réseaux des marque…
    je peut vous dire que je suis agent Renault dans l’Essonne et depuis cinq ans, mon chiffre d’affaires ne cesse de baisser. Par contre, les centres autos nous prennent de plus en plus de clients,ainsi que la vente de pièce sur le net. Je pense qu’il faudrait interroger les petites agences des réseaux constructeurs.

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