Filière automobile : un plan de soutien arcbouté sur les voitures vertes

Le secteur de l’automobile dont le pan industriel est réputé  être l’un des tous premiers employeurs en France (*), tire la langue. Il y a PSA bien sûr et l’annonce de la future fermeture de son site de production historique d’Aulnay sous Bois. Mais PSA, c’est l’arbre qui cache la forêt : bien avant cette annonce, les organismes professionnels tiraient la sonnette d’alarme. La F.N.AA en début d’année s’inquiétait d’une baisse plus qu’évidente du nombre d’entrées-ateliers de ses adhérents ; le CNPA plus récemment, par la voix d’Olivier Lamirault, le président de la branche des concessionnaires VP,  s’adressait publiquement aux constructeurs afin que ces derniers viennent en aide à leur réseau qui subissait une crise sans précédent.

La conjoncture actuelle joue bien sûr dans ce triste constat, mais le crise est aussi structurelle : le plan de soutien rappelle en effet que l’emploi dans l’industrie automobile a reculé de quelques 30% en dix ans ! Un phénomène qui s’explique par le fait que la France ne produira en 2012 que 2 millions de véhicules lorsqu’elle en fabriquait 3,5 millions en 2005 ; mais aussi parce qu’à l’heure actuelle, seul un tiers des véhicules immatriculés est produit en France…

Un plan « très propre »
Pour soutenir la filière, le Ministre du redressement productif Arnaud Montebourg a identifié 8 leviers d’actions. Parmi ceux-ci, il souhaite mettre l’accent sur les énergies propres et l’innovation des constructeurs d’automobiles et des équipementiers nationaux. L’innovation, mais aussi la solidarité de l’ensemble de la filière qui doit lui permettre de retrouver la compétitivité sur ce marché ultra-concurrencé. Car les énergies propres devraient représenter 20% des ventes à l’horizon 2020 selon ce plan de soutien…

Dans ce cadre, la ré-évaluation du bonus-malus est incontestablement la mesure-phare du plan. En faisant ainsi passer le plafond du bonus de 5 000 à 7 000 € pour l’achat de véhicules électriques, et jusqu’à 4 000 € pour les véhicules hybrides, contre seulement 2 000 € auparavant. Enfin, les véhicules thermiques faiblement polluants voient leur bonus augmenté de 100 à 150 € selon les cas. Ces mesures, valables jusqu’à la fin de l’année, seront précisées dans le cadre de la loi de finance 2013. A noter également que pour cette dernière catégorie de véhicule, les aides sont ouvertes aux achats en véhicules de société.

En parallèle, l’Etat entend se montrer exemplaire et s’engage à acheter 25% de ses nouveaux véhicules équipés d’une motorisation électrique ou hybride. En outre, tout nouveau véhicule à usage urbain sera électrique. Par ce biais, l’Etat entend donc montrer l’exemple auprès des entreprises et des particuliers, mais aussi et surtout ‘amorcer la pompe’ sur un plan strictement industriel afin que l’augmentation des volumes de production joue sur le prix encore très élevé de ces véhicules. De même, les infrastructures devront se déployer rapidement. Outre une réglementation immédiatement adoptée pour faciliter l’implantation des bornes de recharge dans les grandes agglomérations, une dotation de 50 millions d’€ leur sera allouée.

Enfin, un Institut d’Excellence sur les énergies décarbonées (VeDeCom) devrait être lancé d’ici la fin de l’année, où seront associés les principaux acteurs de la filière (PSA, Renault et équipementiers) et des instituts de recherche (dont le CEA et ParisTech).

Pas de prime à la casse
L’une des questions les plus communément posées était de savoir si la désormais fameuse prime à la casse allait être reconduite. Et si oui, comment. Car si elle avait permis de sortir du parc de vieux véhicules polluants, c’était surtout pour voir les consommateurs automobilistes adopter des véhicules urbains abordables… non fabriqués en France. La prime avait également eu le mauvais goût de sortir du parc des véhicules qui constituent par essence la clientèle-type de petits professionnels… Arnaud Montebourg, le Ministre du redressement productif, n’a donc finalement pas souhaité renouveler l’expérience (voir « prime à la casse=déprime à la caisse« ).

Au-delà, exception faite de la réévaluation des bonus écologiques, le plan demeure assez flou. Ainsi par exemple, si Oséo et l’Etat vont mettre la main à la poche –150 millions d’€ pour le premier, et pas moins de 450 pour le second, soit 600 millions au total !- pour soutenir la trésorerie de toute la chaîne de sous-traitance ainsi que des réseaux de distribution, rien n’est explicitement précisé dans ce plan pour les autres entreprises des services de l’automobile (entendre : les entreprises de l’après-vente) ! Des entreprises aux emplois non délocalisables et qui souffrent tout autant que les réseaux de distribution des constructeurs.

De même, le volet ‘emploi’ du plan s’attarde certes sur une louable montée en puissance de la filière de déconstruction et de recyclage –avec la particularité de demander aux constructeurs de développer une offre de pièces de rechange d’occasion afin de parvenir au taux de recyclabilité demandé par Bruxelles. Très (trop) peu de choses en revanche sur les nécessaires actions à mener auprès de jeunes pour leur (re)donner le goût d’intégrer la filière.

Autant de constats qui font de ce plan de soutien une ébauche qu’il va rapidement falloir affiner…

(*) Lors des célèbres « Etat Généraux de l’Automobile » de fin 2008 qui déjà devaient réfléchir à la façon de mettre l’automobile à l’abri de la crise alors naissante, nous avions refait les calculs abusifs qui permettaient alors aux constructeurs et équipementiers auto de se présenter comme les premiers employeurs de France. Car si l’auto au sens large fédère effectivement 2,465 millions d’emplois, soit 10% de la population active, l’analyse détaillée est bien moins glorieuse pour l’industrie auto proprement dite. Calculs refaits, cette dernière ne représente en effet « que » 705 000 emplois directs et indirects, les autres 1,760 million de salariés étant liés à l’usage de l’automobile (dont 432 000 dédiés à l’après-vente et  plus d’un million aux transports, à la sécurité, à la construction et à l’entretien des route.

Vous l’aurez compris : industrie nationale ou pas, il faudrait tout de même des routes, des voitures pour se déplacer, des gens pour les entretenir et du pétrole pour les faire avancer…

2 commentaires concernant “Filière automobile : un plan de soutien arcbouté sur les voitures vertes”

  1. Bonjour Messieurs,
    Je suis un fidèle lecteur de vos articles toujours forts pertinents et intéressants.
    Je voudrais rebondir sur le retard de nos constructeurs à l’égard du véhicule électrique. Il me semble que si nos constructeurs avaient consacré les mêmes investissements et volontés envers le développement de l’électrique depuis 20 ans au lieu de se consacrer au développement des technologies de confort, gadgets et sécurité essentiellement à des fins marketing, convenons-en, nous aurions sans doute maintenant des véhicules propres et silencieux à prix acceptable de façon équitable. Et cela aurait sans aucun doute contribué à conserver une grande partie de nos emplois grâce à ce marché hightech.

    Bien Cordialement

    [b]Patrick Claudé[/b]

  2. PEDIBUS BAGNOLIBUS / 30 juillet 2012 á 7 h 48 min / Répondre

    La solution « miraculeuse » de la voiture électrique n’est qu’un vieux cheval de remonte. La première voiture électrique à franchir le « mur » des 100 kms/h fut la « jamais-contente »…Ceci se passait en 1898. Depuis malgré de nombreux travaux, développements, innovations concernant les batteries (stockage de l’énergie), le problème reste pendant. Il se résume à 2 chiffres simples : l’autonomie et la vitesse de croisière. Aujourd’hui on propose à la clientèle des véhicules qui affichent sans climatisation 120 à 150 d’autonomie avec 1 vitesse de croisière inférieure à 90 kms/h. Même un vendeur au sens commercial aiguisé ne pourra placer de tels véhicules. Aujourd’hui le plan automobile proposé n’est qu’une reprise de ce qui avait été fait il y a 10 ans avec le succés qur l’on sait.
    Il va manifestement falloir trouver autre chose!

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