Etats-Unis : quand Nissan et VW boutent le syndicat UAW hors de leurs usines…

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Pression, intimidations… L’UAW, puissant syndicat américain des travailleurs du secteur de l’automobile, a maille à partir avec les constructeurs étrangers Nissan et Volkswagen implantés au pays de l’Oncle Sam, qui ne veulent pas de syndiqués dans leurs rangs !

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Au début du mois d’avril, des représentants de l’UAW (United Auto Workers), le plus important syndicat professionnel automobile américain, et des employés de l’usine Nissan de Canton dans le Mississippi (6 000 employés, environ 450 000 véhicules annuellement produits), ont traversé l’Atlantique pour sensibiliser élus européens, à Bruxelles, et des députés français à Paris, sur une les agissements plus que douteux du constructeur japonais, grand partenaire de notre fleuron national Renault, en matière de lutte anti-syndicale. Une situation d’autant plus délicate politiquement parlant puisque Renault, qui contrôle Nissan à hauteur de 43%, voit dans les rangs de son actionnariat l’État français à hauteur de 19,7%…

L’Alliance droite dans ses bottes

Les agissements de Nissan ne datent pas d’hier : depuis 2003 en effet, date de la création de l’usine dans l’un des états les plus pauvres des États-Unis, le constructeur manœuvre –parfois à la limite de la légalité- pour faire barrage à l’implantation de l’UAW au sein de son personnel. Pour ce dernier, Nissan contrevient ainsi à l’article 7 de la NLRA (National Labor Relation Act, ou loi nationale sur les relations sociales), lequel dispose depuis sa promulgation en 1935 que les salariés ont le droit de se syndiquer. Et de souligner que le constructeur japonais contrevient aussi à quelques autres menues directives mondiales telles, notamment, les conventions n°87 et 98 de l’Organisation Mondiale du Travail ou encore le principe 3 du Pacte Mondial de l’ONU relatif au droit de s’organiser au sein d’une organisation syndicale…

Rien n’y fait : ni les multiples questions qui ont pu être posées le 30 avril 2014 par les actionnaires ou des représentants des syndicats français de Renault dans le cadre de l’Assemblée des actionnaires, où la direction de Renault a refusé de répondre ; ni dans celui de l’Assemblée Générale combinée extraordinaire du constructeur français, le 30 avril 2015.
Le patron de l’Alliance, Carlos Ghosn, a pourtant bien dû s’expliquer : ce fut le 17 février dernier, devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Pour le P-DG de Renault Nissan, non seulement Nissan respecte scrupuleusement le droit du travail américain, qu’il n’était pas dans la tradition du constructeur de ne pas collaborer avec les syndicats, mais en outre que le « partenaire » industriel qu’est Renault ne saurait s’arroger un quelconque droit d’ingérence dans le management de Nissan…

Pressions

« Si des sympathisants tentent de faire éclore un mouvement syndical sur le site, il est rapidement tué dans l’œuf par la direction qui, dans le cadre d’entretien individualisés, met savamment la pression sur des salariés susceptibles de succomber aux sirènes de l’UAW, brandit la menace de licenciements » a pu expliquer en substance Richard Besinger, directeur de l’UAW, venu à Paris début avril pour plaider la cause du syndicat à Bruxelles et à Paris. « Lorsqu’ils ne menacent pas de fermer le site, réduisant le dialogue social à l’équation suivante : si le syndicat entre dans l’usine, nous allons perdre en compétitivité, donc nous allons devoir fermer ! »

L’UAW n’est pas resté sans rien faire depuis 2003. Le puissant syndicat a usé de tous les recours possibles : en 2014, il portait cette situation à la connaissance de l’OCDE qui, après avoir émis des recommandations, ne pas fait bouger Nissan d’une oreille… Ce dernier a même refusé l’organisation comme médiateur pour régler la crise. Il a alerté, on l’a vu, le NLRB. Mais il a fallu plus de 10 longues années pour constituer cet épais dossier. Car à des périodes d’accalmies succèdent des périodes de tension. Février dernier est de ceux-là : alors que l’UAW avait organisé un important meeting pour informer les salariés de Canton, et dans le cadre de laquelle les employés, signaient en masse les cartes qui auraient dû constituer le précieux sésame de l’UAW pour s’ouvrir les portes de Canton. La dynamique semblait bel et bien là. Mais la réaction de la direction ne s’est pas faite attendre…

La vidéo de trop

Le 3 mars a en effet commencé une vague d’entretien individuels… Le 4, une vidéo, diffusée le lendemain et filmée par l’un des employés de l’usine, dans lequel le N°2 de Canton, Gregg Gibb s’adresse aux employés pour les mettre en garde. « L’UAW tente d’organiser nos usines à Canton Smyrna et Decherd, depuis près de trente ans, mais à chaque fois, vous nos employés, avez exprimé votre préférence pour un modèle d’entreprise qui encourage le dialogue ouvert par le biais de communications directes entre les employés et un leadership fondé sur la transparence et le respect mutuel, et non pas celui qui permet une partie extérieure (NdlR : l’UAW) de parler pour vous ». Et d’avertir : « La décision [de signer une carte d’autorisation] ne doit pas être prise à la légère. Une carte d’autorisation de l’UAW est un document juridiquement contraignant qui, une fois signé, est une première étape qui donne à l’UAW le droit de parler pour vous ». Revenant sur le bilan après un peu plus de 10 ans d’existence de l’usine : « L’usine Nissan de Canton a changé la donne pour Jackson […]. Nous avons construit une opération de première classe qui fournit des emplois sécurisés, en production et des avantages sociaux parmi les plus élevés de l’État du Mississippi pour des milliers de personnes. » Avant d’asséner le coup de grâce : « Lorsque vous regardez les faits, le choix est clair ? Nous croyons qu’il n’est pas dans le meilleur intérêt de nos employés, de nos clients, ou notre communauté d’avoir l’UAW ici. » Résultats : « De 25 à 40 cartes quotidiennement signées par des employés de Canton suite au meeting, se souvient Richard Besinger, nous sommes tombés à 2 par jour en moyenne. Les gens ont eu peur pour leur emploi. »

Ces manœuvres anti-syndicales ont jusqu’ici réussi à Canton ainsi que dans ses deux autres sites implantés aux États-Unis (Smyrna et Decherd). Mais les choses devraient prochainement bouger : alerté par l’UAW des agissements de Nissan à Canton, le NLRB (National Labor Relations Board, l’agence fédérale américaine en charge des relations entre employeurs et salariés), qui n’est pourtant pas réputé pour être « pro-syndicats » a, devant la lourdeur des charges à l’encontre de Nissan, porté plainte contre le constructeur en décembre 2015. L’audience, initialement prévue le 9 mars, a été repoussée suite à un la diffusion de cette vidéo auprès des salariés de l’usine.

VW aussi !

Mais Nissan n’est semble-t-il pas le seul constructeur étranger à manifester son opposition aux velléités syndicales de certains de ses ouvriers. Un article de l’AFP, paru ce lundi, vient apporter de l’eau supplémentaire au moulin de l’UAW : dans le sud pays –cette fois dans le Tennessee-, c’est le constructeur allemand Volkswagen qui, sur son site de Chattanooga, a lui aussi maille à partir avec le syndicat de travailleurs. Il s’apprête en effet à faire appel d’une décision du NLRB qui avait autorisé en début de mois l’UAW à négocier une convention collective pour le compte de 160 ouvriers qualifiés du site qui emploie des 2 500 employés du site (dont 1 600 à plein temps), lesquels s’étaient prononcés en décembre 2015 en faveur de la constitution d’une section syndicale…

VW s’oppose à cette négociation au motif qu’une convention collective doit concerner l’ensemble des ouvriers de l’usine, non une partie d’entre eux seulement, car cela diviserait la population des employés du site. Ce que conteste Gary Casteel, représentant du syndicat automobile américain pour l’usine de Chattanooga, pour qui cet argument n’est pas tenable : « Le fait de distinguer certains employés par rapport à d’autres est fréquent aux États-Unis et en plus cela se fait dans plusieurs autres usines VW dans le monde, y compris des pays comme l’Italie, la Russie ou l’Espagne », affirme-t-il à l’AFP.

Une situation dont le constructeur, empêtré dans le scandale des émissions diesel, se serait sûrement bien passé. Une situation d’autant plus délicate que selon la dépêche de l’AFP, le constructeur a reçu des élus républicains locaux des subventions contre sa promesse que l’usine ne serait pas… syndicalisée !

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