DGCCRF et ventes VO (suite): la DGCCRF a encore joué au pompier pyromane…

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Hélas oui : comme nous le craignions dans notre précédent article sur le sujet du VO et comme en septembre 2015 à propos des réparateurs, la DGCCRF a encore privilégié le “buzz” au détriment d’une mise en perspective neutre et d’un devoir d’explication serein. Cela aurait pourtant pu éviter, depuis deux jours, que toute la presse française ne titre sans discernement et injustement que 47,11% des vendeurs VO sont coupables de vilains comportements ! Mais encore une fois, le mal est fait. Le CNPA a dénoncé l’effet néfaste. La FNAA aussi, qui a même publié l’intégralité de l’enquête. Outrée par la récidive, la FNAA demande même que le ministre de l’Économie interdise définitivement à la DGCCRF de jouer ainsi régulièrement au pompier pyromane avec les pros de l’auto…

Pour télécharger l’enquête de la DGCCRF que la FNAA vient de diffuser, cliquez sur l’image

La DGCCRF, en faisant connaître une nouvelle enquête sur les acteurs du commerce VO, a donc déclenché suspicion et vindicte médiatique envers tous les vendeurs VO. Pensez donc : en faisant connaître ses principales conclusions à l’AFP, elle a permis à tous les médias grand public d’en être immédiatement informés et de s’en donner à cœur joie grâce à cette belle et anxiogène accroche : 47,11% des 1 471 contrôles effectués ont débouché sur des «anomalies». Diable…

Forts de l’expérience que nous avons des tonitruances simplificatrices de la DGCCRF quand elle parlait réparation automobile en septembre 2015 (voir «les trois conclusions “oubliées” qui changent toute l’enquête !»), nous restions prudents dans notre premier article de mardi dernier sur le sujet en attendant d’en savoir plus. Et nous avions raison…

Le CNPA a tiré le premier en rappelant «une précédente enquête de la DGCCRF en 2015 sur le marché de la réparation-collision [qui] avait déjà pointé du doigt un taux d’infraction important dans les garages. Avant de revenir en arrière… Bis repetita ?!!», raillait-il, visiblement peu convaincu par les conclusions à l’emporte-pièce de cette nouvelle étude. «La même méthode de communication est utilisée, poursuivait-il : un communiqué partiel, laissant entendre que la  moitié  des  professionnels  serait  des  fraudeurs,  sans  aucune  consultation  ni  information préalables des organisations professionnelles. Le CNPA regrette fortement cette publication et a partagé son étonnement avec la DGCCRF dès lundi».

Un triste précédent

Si la DGCCRF était revenue en arrière en 2015, c’est parce la FNAA l’avait sèchement mise face à ses excès communicants en octobre dernier. A l’époque, la fédération avait fait le siège de la DGCCRF jusqu’à obtenir enfin l’enquête détaillée sur la réparation. A sa lecture, elle avait alors laissé sa colère s’exprimer. Car comme la FNAA le pressentait, le chiffre qui avait clamé que 38,85% des réparateurs avaient des comportements «délictueux» était bien trop réducteur. Les vrais comportements répréhensibles, au sens où le grand public l’entend, ne représentaient au final que… 1% des 803 entreprises contrôlées.

Plus étonnant : la plupart des comportements critiquables relevés par la DGCCRF était, de son propre aveu mais en se gardant de le dire haut et fort, liée à la trop grande complexité et au contenu parfois même obsolète des réglementations d’information des consommateurs, réglementations qu’elle préconisait même de refondre ! Et ce n’était pas la seule pudeur qu’avait eu la DGCCRF. Elle avait aussi oublié de dire qu’elle avait constaté une difficulté d’accès à l’information technique et même qu’elle s’interrogeait sur certains comportements d’assureurs…

On était donc loin de 40% de “réparateurs-voleurs” que la communication racoleuse de la DGCCRF inspirait alors aux médias. Pour tenter de couper court à la curée médiatique, la FNAA publiait alors les extraits « oubliés » de l’enquête, à savoir ceux qui adoucissaient grandement le jugement initial. Elle invitait publiquement la DGCCRF à être plus prudente, circonspecte et neutre dans sa communication. Ces précisions n’étaient hélas pas aussi entendues que la première salve suscitée par la DGCCRF. Le mal était fait.

La FNAA veut qu’Emmanuel Macron rappelle la DGCCRF à la mesure

Et le mal est refait, puisque la DGCCRF a encore une fois privilégié l’effet sur le fond. L’effet, c’est ce que toute la presse annonce urbi et orbi sur la foi dune seule dépêche AFP puisque la DGCCRF n’a encore rien mis en ligne sur ce sujet : 47,11% des 1 471 vendeurs VO contrôlés par ses agents, donc près de la moitié de tous les acteurs du marché (!), seraient hautement suspects !

Le fond pourtant, c’est que les vrais méchants, les vrais arnaqueurs que la DGCCRF a débusqués, ce sont essentiellement des individus, auto-entrepreneurs, aigrefins à la petite semaine qui prospèrent à l’ombre de sites généralistes de ventes en ligne que la DGCCRF a logiquement ciblés prioritairement. Ces pirates du web expliquent-ils tout ou partie de la progression des infractions notées par l’enquête (2 fois moins relevées en 2012) ?

La DGCCRF a aussi trouvé “du lourd”, chez des marchands ou négociants indépendants (qui pèsent aussi 50% des entreprises contrôlées) ou carrément chez des réseaux mafieux parfois liés au grand banditisme. Il y a bien sûr des brebis galeuses, même parmi les pros du VO, comme l’explique fort justement notre lecteur Michaël et avec une grande véhémence, « OXT ». La DGCCRF a effectivement relevé quantités de comportements inacceptables (compteurs trafiqués, accidents dissimulés, etc., etc.) qui touchent aussi des vrais pros, établis avec pignon sur rue.

Mais pas 47% des vrais pros. A ces derniers, la DGCCRF a certes distribué des d’avertissements, mais essentiellement pour des raisons mineures, ce que l’enquête détaillée confirme dans son chapitre 5 : «Les manquements relevés chez les concessionnaires, agents de marque et marchands qui ont pignon sur rue concernent principalement l’information sur les prix et les caractéristiques des produits et services commercialisés. Ces manquements ressortent plutôt d’un manque de rigueur ou d’une mauvaise organisation, que d’une volonté délibérée de se soustraire aux obligations réglementaires.»

C’est ce que la FNAA vient d’expliquer, en se désolant que la DGCCRF ne l’ait pas fait spontanément. Forte de ce qu’elle avait dénoncé en 2015, elle a pris le temps de se procurer cette nouvelle enquête sur le VO et de l’éplucher avant de s’exprimer. Et cette fois, elle la transmet in extenso à toute la presse (voir ci-dessus), assortie d’un nouveau communiqué qui se dit «outré par la méthode» de la DGCCRF : «Encore une fois hélas, [elle a communiqué] d’une façon prioritairement spectaculaire qui a favorisé d’injustes amalgames préjudiciables à l’immense majorité des entreprises concernées. La FNAA déplore d’autant plus ces amalgames qu’ils auraient pu être une nouvelle fois évités si la DGCCRF avait rendu concomitamment public le contenu détaillé de son enquête et s’était astreinte à un élémentaire devoir de précision et d’explication».

L’habituellement discrète et besogneuse DGCCRF se laisse-t-elle aller à susciter de telles éruptions médiatiques pour de basses raisons politiques en exploitant des sujets aussi populaires, universels et porteurs que sont le VO et les coûts d’entretien ? Veut-elle seulement monter qu’elle est incontournablement utile et nécessaire afin de justifier ses vaines demandes de moyens et d’effectifs supplémentaires ? Dans les deux cas, elle ne s’y prendrait effectivement pas autrement…

La FNAA considère en tout cas que deux fois, ça suffit : elle vient d’exiger une audience immédiate au ministre de l’Économie Emmanuel Macron pour lui demander instamment «de prendre toutes les mesures nécessaires afin que la DGCCRF abandonne définitivement ce type de communication réductrice, indigne de son statut d’organisme public comme de la qualité et de l’utilité reconnues de ses investigations

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4 Commentaires concernant “DGCCRF et ventes VO (suite): la DGCCRF a encore joué au pompier pyromane…”

  1. Je suis professionnelle de l’automobile à mon compte depuis maintenant 27 ans dans le département 42 régions Rhône-Alpes, la DGCRF à très bien fait son travail d’investigation sur la vente de véhicule d’occasion, il y a trop de vendeurs de voitures et malheureusement trop souvent des non professionnels, tout le monde peut vendre des voitures et avoir un numéro de siret et déclarer sa société facilement leur l’établissement principal et leur siège social est tout simplement leurs domiciles et n’hésite pas à utiliser les places de stationnement pour stocker leur véhicule et cela pendant des semaines, les immatriculations aux chambres des métiers sont faites pratiquement sans contrôle, normalement il faut être diplômé ou présenter des certificats de travail qui attestent vos compétences au jour d’aujourd’hui, ce n’est plus le cas, au lieu de crier au loup notre chambre syndicale devrait être vigilante et de défendre les vrais professionnels de l’automobile et aussi de veiller sur la profession, des milliers d’heures de travail se font au noir dans ces établissements, alors quand un organisme comme la DGCRF, vous dit qu’il y a tromperie c’est qu’il y a tromperie, il a fallu sûrement des mois de recherche pour dire houlala.
    Moi, j’irais même plus loin, c’est aussi de contrôler les sociétés qui les approvisionnent.
    Cordialement et bonne fin journée.

  2. Un professionnel indépendant / 12 mai 2016 á 7 h 14 min / Répondre

    A quand une enquête sur les pratiques illégales des assureurs? C’est étrange, dans notre pays, malgré la gravité des actes qu’elles commettent, certaines professions sont particulièrement épargnées par les contrôles et les sanctions. C’est pourtant l’argent des Français qu’ils se mettent dans les poches, mais personne ne se préoccupe de leurs agissements. Faites ce que je dis mais surtout pas ce que je fais, n’est-ce pas…

  3. La DGCCRF, au lieu d’allumer le feu à tout va et pour n’importe quoi, ferait mieux de préconiser la création de protections du consommateur, tel le Carpass en Belgique ou son équivalent au USA, ou la fourniture obligatoire d’un historique des CT via l’UTAC.
    Voilà un outil efficace pour lutter contre les fraudes au kilométrage ou aux accidents non déclarés…
    Au moindre événement, tout intervenant professionnel devra informer la base de données pour que chaque intervention apparaisse dans l’historique.
    A chaque revente, le vendeur devra fournir l’attestation à l’acheteur pour l’informer…
    Il serait opportun d’organiser la profession également…; si l’explosion des litiges est le fait de pseudos pros auto-entrepreneurs, c’est bien qu’il y a un problème de compétence dans le domaine.
    La plupart des dossiers traités en expertise PJ se font pour des litiges avec des pros qui ne connaissent pas leurs obligations légales (garantie de conformité,…).
    Pourquoi un boulanger doit-il avoir un diplôme pour exercer ? Pourquoi un pro de l’auto ne devrait-il pas être soumis à une formation obligatoire à la création de sa société ?
    Il y a donc beaucoup à faire, que cela soit du côté de l’État, mais également des organisations syndicales qui ont tout à y gagner en purgeant la profession de ses brebis galeuses…

  4. Vous cherchez à nier l’évidence et votre tentative de chantage médiatique n’y changera rien. Allez vite prendre un comprimé de pensetunique et deux de mondobisounours pour vous rassurer, les milliers de pigeons que la filière a arnaqués ne sont pas dupes.

    NdlR: Nous n’avons jamais dit que les brebis galeuses n’existaient pas. Nous disons seulement que la forme de communication adoptée par la DGCCRF provoque une généralisation qui n’est pas le reflet de la réalité. C’est d’autant plus évident que, lorsque l’on descend dans le détail de cette enquête que la DGCCRF a un peu trop résumée et surtout mal présentée, il apparaît que la réalité est bien différente et les responsabilités, bien moins généralisables. C’était déjà le cas en septembre dernier avec son enquête sur la réparation automobile, quand elle suscitait une campagne de presse sur le thème « 40% des réparateurs ont des comportements délictueux », alors que le contenu de son enquête, qu’elle avait gardé pour elle, constatait au final que seulement 1% des réparateurs contrôlés (donc pas de tous les réparateurs) étaient vraiment mal intentionnés!
    Juste une réflexion de bon sens: si 47,11% des vendeurs VO et 38,85% des réparateurs étaient réellement des « arnaqueurs » patentés, croyez-vous vraiment qu’il aurait fallu attendre les enquêtes de la DGCCRF pour s’en rendre compte?
    Le comprimé de « pensetunique » que vous évoquez, c’est la DGCCRF qui l’a très maladroitement administré, une nouvelle fois, en favorisant une telle généralisation par sa communication incomplète, imprudente et en bien des points, irresponsable. A ce titre, nous pensons évidemment urgent de prescrire, sinon ces comprimés « bisounours » que vous nous conseillez, au moins quelques gouttes de « raisongardite »… 🙂

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