Enquête sectorielle sur l’après-vente: la main d’œuvre en danger?

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Même si elle ne fait qu’effleurer le sujet de la main d’œuvre dans son volumineux rapport de 200 pages (4 citations en tout et pour tout, alors que le mot « pièce » est cité plus de 1 000 fois), l’Autorité de la concurrence (ADLC) a entr’ouvert deux fronts qui tapent là où ça fait mal, façon « frappes chirurgicales ».

Les trop « vertueux » assureurs
Tout d’abord, en constatant «une très forte hausse des taux horaires de main-d’œuvre destinée à la réparation qui ont augmenté de 44 % en termes réels entre 2000 et 2011».

Touché-coulé : pour mémoire, c’est pour avoir constaté une augmentation de « seulement » 35% du prix des pièces sur la même période ou presque que l’ADLC s’est initialement sentie légitime à auto-déclencher son enquête sectorielle sur l’après-vente…

L’autre front ouvert par l’ADLC est celui, bien connu, du taux de main d’œuvre maltraité mais « maîtrisé » d’une main de fer par des assureurs réputés défenseurs des automobilistes. En l’occurrence, l’ADLC semble avoir été tout bonnement anesthésiée par la performance de ces derniers et être visiblement tombée sous leur charme. Elle s’émerveille ainsi, sans conserver aucune distance, de voir «les assureurs [parvenir] à négocier des taux horaires très inférieurs aux taux horaires pratiqués sur les autres segments de l’entretien-réparation. Ils négocient également des remises ou des commissions pour apport d’affaires proportionnelles au chiffre d’affaires réalisé par les réparateurs avec les assureurs».

Ces derniers ainsi parés de toutes les vertus sont aussi ceux qui sont régulièrement accusés d’abus de position dominante par les carrossiers, a oublié l’ADLC. En attendant, ces assureurs sont sûrement ravis d’avoir obtenu à aussi bon compte un aussi beau brevet de « consumérisme social ». Surtout à l’heure ou leur appétit en matière auto semble redoubler (voir «Les assureurs bientôt sur le marché de l’entretien-réparation?») et où ils craignent d’être obligés par le législateur d’informer leurs assurés du libre choix de leurs réparateurs (voir nos articles sur le sujet)…

Vigilance
Bref : une fois qu’elle a dit tout ça en peu de mots, L’ADLC n’a pas seulement justifié l’ouverture d’un procès en sorcellerie tarifaire contre la main d’œuvre. Elle a clairement fourni le carburant et l’allumette pour embraser son bûcher.

La FNAA n’a d’ailleurs pas attendu pour réagir. Dès le lendemain, elle stigmatisait dans son communiqué (voir «la FNAA s’inquiète pour les marges et la main d’œuvre») la «vision trop manichéenne de la maîtrise du taux de main d’œuvre coûte que coûte par les assureurs [qui] occulte une réalité : la technicité toujours plus forte des véhicules exige des compétences, des formations et des équipements aux coûts exponentiels que les réparateurs doivent pouvoir répercuter dans la rétribution de gestes techniques à la complexité croissante», souligne avec vigueur la FNAA. Une FNAA qui s’inquiète, sinon, de voir les réparateurs indépendants «disqualifiés à terme au détriment d’une concurrence vivement souhaitée et vivement souhaitable».

Préserver le beurre du labeur…
Autre crainte avouée par la FNAA : emporté par l’élan consumériste de « l’après-vente trop chère », on risque de mettre hâtivement la main d’œuvre dans le même sac que la pièce. «Nous sommes globalement en accord avec l’ADLC et son rapport quand elle veut introduire une concurrence croissante sur la pièce de carrosserie et souhaite s’assurer que la concurrence fonctionne pleinement entre réseaux constructeurs et indépendants dans l’intérêt du consommateur», explique Gérard Polo, Président de la Fédération Nationale des Artisans Automobiles. «Mais nous sommes inquiets de voir l’ADLC pré-instruire le procès du coût de la main d’œuvre

Il rappelle d’ailleurs à raison que dans les pays européens où la pièce est bon marché, le taux de main d’œuvre est plus élevé et vice versa lorsque la pièce est plus coûteuse. «Il y a une logique à cette harmonie du mix pièce/main d’œuvre ; le déséquilibrer serait préjudiciable à la fois à la rentabilité des entreprises artisanales de l’entretien-réparation et au plein déploiement d’une alternative indépendante de qualité qui puisse s’exprimer pleinement dans l’intérêt des consommateurs», conclut-il.

Bref, voilà l’ADLC, comme ceux qui pourraient la suivre sur cette voie, prévenus contre d’éventuels excès de gourmandise : on ne peut vouloir à la fois le beurre de la pièce et le beurre du labeur…

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