Analyse – Pourquoi Equip Auto a un bel avenir…

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Fort des nombreuses questions que vous avez posées en ligne aux organisateurs d’Equip Auto (cette interview-lecteurs de Jacques Mauge, président de la FIEV, Patrick Cholton, Président de la FFC et Philippe Baudin en tant que président de la commission aftermarket de la FIEV est publiée dans l’édition papier d’Après-Vente Auto de juillet-août), nous avons essayé de comprendre si −et pourquoi− Equip Auto peut se relancer à la faveur des changements promis et plus généralement, à celle des mutations du marché de l’après-vente. Notre réponse est clairement oui. Analyse…

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Il y a bien sûr l’effet-choc du retour à Paris. Il a visiblement interpellé nos lecteurs. Indiscutablement, la relocalisation d’Equip Auto à cette porte de Versailles qu’il avait quittée en 1985 est un électrochoc qui ravive l’intérêt des exposants et probablement, de ses visiteurs. Les organisateurs, qui se sont battus pour obtenir ce transfert parisien dès 2017 en n’espérant pas l’obtenir avant 2019, étaient conscients d’une évidence, même s’ils n’emploieraient pas ces termes : en bien des points, l’Equip Auto de Villepinte était maudit.

Pas de son fait, évidemment, si ce n’est par sa localisation excentrée ou son infrastructure vieillissante. Non : s’il était maudit, c’est parce qu’après avoir longtemps vécu l’euphorique équilibre de ses 5 halls pleins ou presque, la violence de la crise de 2008 l’avait brutalement vidé de deux halls et demi en 2009 sans qu’il les ait reconquis depuis. A l’époque, nous avions toutefois observé cet Equip Auto 2009 blessé comme on est soulagé de découvrir une bouteille à moitié pleine : malgré l’avalanche des «profit warning» (alertes rentabilité) chez tous les acteurs de l’automobile, malgré le repli des consommateurs et donc de l’activité-atelier, malgré la chute du rééquipement chez les réparateurs, son socle d’exposants était resté solidement debout, celui de son visitorat aussi : il n’avait reflué que de 15% quand les Bourses mondiales avaient dévissé du double. En creux, la crise financière venait paradoxalement de mettre la légitimité du Salon en évidence. Les exposants qui avaient bravé la tempête financière était sortis contents de l’édition ; ceux qui pensaient qu’Equip Auto n’avait plus d’avenir avaient eu, cette année-là, la preuve de sa résistance.

Restait à Equip Auto à prouver sa capacité de résilience. Mais pour cela, il fallait aussi avoir le culot de rebattre les cartes. De vouloir tout changer. A commencer par quitter un lieu hanté par les fantômes des Equip Auto du bon vieux temps, mais pas seulement. Le repenser aussi, le refonder, lui retisser un avenir. Aurait-il fallu le faire plus tôt ? Dans l’absolu, probablement. Mais peut-être aussi fallait-il attendre que les augures convergent pour favoriser un nouveau projet. Et justement, les augures sont là.

Pourquoi les constructeurs vont revenir

Les augures constructeurs d’abord, que les organisateurs disent d’ailleurs activement solliciter. De toute façon, ces constructeurs qui ont déserté Equip Auto si longtemps ou s’y maintenaient du bout d’un stand, vont devoir y revenir. Massivement. PSA a ouvert cette voie par une révolution lourde de sens. Le voilà qui se rebaptise «PSA Aftermarket» et affiche ses ambitions : devenir un distributeur européen, voire mondial, de pièces équipementières multimarque pour faire le métier de la distribution indépendante et partir à la conquête des réparateurs indépendants. Une lubie ? Pas vraiment. Une nécessité absolue surtout. Lui qui estime que son offre limitée aux seules pièces d’origine et à sa MDD Eurorepar ne satisfait que 30% de la demande en pièces de rechange a décidé fermement de s’en aller à la conquête des autres 70%.

Qu’importe si PSA s’y prend bien ou pas : la question n’est pas encore là. De fait, il se fait l’éclaireur d’une piste que tous les constructeurs vont devoir emprunter, eux qui ont enfin compris que le marché de la pièce est maintenant détenu à 56% par la rechange indépendante et surtout, que la tendance structurelle ne leur sourit pas. Ils ont compris que, sur les marchés matures comme la France, les véhicules vont continuer à vieillir, entraînant les clients vers les solutions alternatives d’entretien-réparation qui constituent le cœur et la force de la distribution et de la réparation indépendantes. Des indépendants qui, année après année et sauf changement de paradigme chez les constructeurs, assèchent lentement, ordre de réparation après ordre de réparation, les ateliers des réseaux agréés.

Cette piste qu’empruntent les constructeurs passe inévitablement par Equip Auto, un lieu-clé où ils peuvent légitimer leurs nouvelles ambitions et y apprendre à parler le réparateur indépendant dans le texte peut-être, dans le contexte assurément. En même temps qu’il présentait récemment la stratégie multimarque de PSA, Jean-Baptiste de Chatillon, directeur financier du Groupe PSA et architecte du projet, n’annonçait-il pas la fin de «l’arrogance reprochée aux constructeurs par les réparateurs indépendants en apprenant humblement un nouveau métier» ?

Pourquoi les équipementiers vont suivre

Les augures équipementiers vont eux aussi devoir se pencher sur le berceau de la renaissance d’Equip Auto. Les constructeurs vont y revenir ? Les équipementiers, surtout s’ils sont de 1ère monte (justement ceux-là qui tergiversent depuis plusieurs éditions), se doivent d’intégrer la vassale suite des seigneurs constructeurs. Imaginons un instant qu’ils ne le fassent pas. Imaginons seulement que PSA remplisse leur vide en prenant un “mégastand” de distributeur multimarque pour y exhiber sa récente révolution : une offre de pièces de grandes marques, avec tous les services et produits connexes chargés de séduire la réparation indépendante. Eh oui, inconcevable… Comme il est d’ailleurs inconcevable que les groupements de distribution indépendants qui tissent le coûteux mais fidèle réseau de distribution desdits équipementiers, laissent, à PSA comme aux autres constructeurs qui lui emboîteront assurément le pas, la première place sur l’Equip auto de demain.

Mais ce n’est pas là la seule raison pour que les équipementiers réétudient leur présence sur Equip Auto, aussi mondiaux et convaincus soient-ils qu’un Automechanika continental leur suffit. Il va leur falloir se poser une question : sur le second marché européen qu’est la France (la bagatelle de 31,2 milliards d’euros HT, toutes pièces, prestations et canaux compris), à l’heure où la voiture connectée et “étendue” prend son envol, les constructeurs sont prêts puisqu’ils sont en amont de cette technologie. Les grands équipementiers travaillent eux aussi sur les fonctions connectées.

Voilà les équipementiers en face d’une opportunité historique : la connectivité va plus que jamais pouvoir les rapprocher des réparateurs, à l’heure même où les constructeurs ont le même objectif. Et s’il est un constante, c’est bien la volonté des équipementiers d’entretenir une relation privilégiée avec la rechange et la réparation indépendantes, ne serait-ce que pour entretenir pragmatiquement l’encore lucratif marché de la rechange qu’ils dominent depuis des lustres. Vont-ils laisser les constructeurs se l’approprier, ces constructeurs qui préparent le binôme guerrier connectivité/offre pièces équipementière ? Évidemment pas.

Equip Auto se rénove donc au moment même où les grands mouvements, tardivement issus du règlement européen d’exemption 1400/2002, se matérialisent enfin. Un règlement qui abattait, il y a 14 ans, les derniers murs séparant le constructeur de l’indépendant. Les consommateurs ont mis le temps, mais les faits sont là : la gamelle de l’après-vente se vidant, l’automobiliste picorant son entretien-réparation là où l’offre est la meilleure, chaque acteur professionnel s’organise pour manger dans l’écuelle de son voisin.

On ne serait même pas surpris de voir des distributeurs indépendants, qui s’essaient pour l’instant à la seule pièce de carrosserie captive, s’en aller quérir et proposer de la pièce d’origine, ne serait-ce que pour répondre à l’offensive des constructeurs. Allez, encore un peu plus de rechange-fiction : qui peut vraiment exclure que, dans un avenir peut-être à portée de décennie, digitalisation et technologie aidant, les constructeurs devenus multimarque ne croisent pas des indépendants devenant, contractuellement ou factuellement, des réparateurs et revendeurs agréés ?

Pourquoi les visiteurs seront là

Reste à évoquer cette question lancinante de nos lecteurs-intervieweurs : les réparateurs vont-ils revenir à la seule faveur d’un Equip Auto parisien ? Nos trois interviewés n’ont pas tort quand ils dédramatisent cette perception d’Equip Auto qu’ils estiment faussée : les réparateurs n’ont jamais déserté, sinon par l’inévitable baisse du nombre d’ateliers ces trente dernières années. Mais en fait, les forces vives de la réparation “montent” toujours à Equip auto.

D’ailleurs, ils rappellent un chiffre-clé à tous ceux qui pensent qu’Automechanika pourrait suffire : 68% des visiteurs d’Equip Auto ne viennent qu’à Equip Auto. Ceux qui ont effectivement boudé le Salon, ce sont justement les réseaux agréés des réparateurs, RA1 en tête, soulignent les organisateurs d’Equip Auto qui disent travailler à leur mobilisation et leur venue. Là aussi, les grandes tendances plaident pour leur retour : parce que les constructeurs vont devenir inéluctablement multimarque, parce qu’ils vont devoir revenir sur Equip Auto. Les mêmes causes produiront alors les mêmes effets : leurs vassaux RA1 et RA2 y reviendront aussi.

Voilà d’ailleurs nos trois interviewés qui confirment des navettes, partant de grandes villes de France, pour constituer autant d’omnibus sur la route d’Equip Auto. S’il est encore trop tôt pour en connaître les détails, les organisateurs d’Equip Auto l’affirment : «toutes les solutions logistiques sont sur la table pour favoriser la venue des réparateurs à des conditions économiquement acceptables par eux».

Dernière chose sur l’attrait futur d’Equip Auto. Sous l’impulsion conjuguée de la digitalisation croissante de l’après-vente et de la convergence des stratégies évoquée plus haut, les distances vont se raccourcir entre constructeurs, équipementiers, distributeurs et réparateurs. Il faudra bien enfin que les stands claquemurés s’ouvrent pour capter les visiteurs. Nous l’avons souvent dit ici et tout particulièrement lors du dernier Equip Auto : les stands fermés, “Corporatisés”, endimanchés, sont autant de repoussoirs. Dans le contexte hyperconcurrentiel qui se prépare, ils doivent s’ouvrir sur ces lendemains de mutations.

Les autres préalables au retour sur Equip Auto

Vos questions nous ont aussi permis d’évoquer les agacements récurrents des exposants encore dubitatifs. Les organisateurs rassurent donc  sur les coûts du parc parisien –ce seront les mêmes qu’à Villepinte–, sur les fameux services et prestations annexes du parc qui agacent si souvent les responsables de stands – promesse est faite de garantie du respect des prix du marché et de correction des attitudes «non-commerciales» –, puis sur le coût logistique que Paris représente potentiellement pour les visiteurs comme pour les exposants –le choix en matière d’hôtellerie est bien plus vaste à Paris qu’à Villepinte et le parc des expositions et proche du périphérique, donc des hôtels de banlieue–, ou encore sur la question du parking –le parc parisien accueille 1 million de visiteurs pour le Mondial, il a donc la place d’accueillir 10 fois moins de professionnels.

Évacuons de même la question des jours choisis par Equip Auto 2017 (du mardi 17 au samedi 21 octobre 2017). Nos lecteurs-intervieweurs se demandent pourquoi le Salon ne se termine pas le dimanche soir pour favoriser la visite des réparateurs, voire même le lendemain lundi, jour de fermeture pour certains. Mais pour nous qui écumons Villepinte depuis 1985, c’est un serpent de mer : dans la déjà longue histoire d’Equip Auto, tous les jours d’ouverture ou de fermeture ont été testés, rappellent nos interviewés. Et jamais une date par rapport à une autre n’a réellement été convaincante, encore moins déterminante.

Un Equip Auto «convergent»

Au-delà de tous ces vents que nous estimons favorables à l’essor d’un nouvel Equip Auto, c’est la détermination des organisateurs à hisser les bonnes voiles qui nous a rassurés au fil de cet interview-fleuve guidée par vos questions. A l’heure où tous les fondamentaux de l’après-vente se mettent en mouvement, le Salon semble bien vouloir se redéfinir pour n’insulter aucun avenir et servir de réceptacle à ceux qui veulent réinventer un marché de plus de 31 milliards d’euros. De toute évidence, Equip Auto se repense comme le carrefour de toute la filière auto au moment où les acteurs de cette dernière se mettent à converger vers une offre de services généralisée, sur fond de concurrence exacerbée.

Voilà bien pourquoi nous sommes certains, à Après-Vente Auto, qu’Equip Auto a encore un bel avenir devant lui. A l’heure où un tsunami se prépare qui pousse devant lui les big data, les voitures connectées, les ateliers du même nom et tout un cortège vibrionnant de “start-up”, autant profiter d’Equip Auto pour chevaucher la vague, lui qui se repense pour surfer avec elle et non contre elle.

Nous l’avons souvent dit lors des dernières éditions d’Equip Auto et nous le prédisons pour l’avenir : plus que jamais, les absents d’Equip Auto auront tort…

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1 Commentaire concernant “Analyse – Pourquoi Equip Auto a un bel avenir…”

  1. <>

    certainement que oui !

    Mais porte de Versailles n’est pas du tout l’endroit ni adapté, ni idéal !
    VIPARIS désagréable avec ses exposants, pratique des tarifs prohibitifs, difficile de se parker au alentours, de se loger, les locaux en plein Paris sont très mal conçus pour accueillir.
    Les organisateurs des autres salons « mécanique » à porte de Versailles vous en parleront et certain pensent, eux… à partir !

    Sans compter que venir à Paris fait fuir les provinciaux, donc cela finit souvent par devenir des salons très locaux.

    Pour finir, n’est-il pas ironique de choisir PARIS, ville autophobe, où l’on fait tout pour tuer l’automobile… ??

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