Formation initiale : l’interminable course à l’avenir

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Il y a le rythme du progrès technique, et celui de la formation. Alors que l’évolution technologique s’accélère, l’écart se creuse avec le temps d’adaptation de la formation initiale. La question secoue aujourd’hui toute la branche, à commencer par le secteur de la formation initiale.

La moyenne de temps de formation par personne baisse depuis plusieurs années

«Les constructeurs sortent des véhicules plus rapidement qu’autrefois alors que les plans de formation sont actualisés tous les trois ou quatre ans. Il y a toujours un décalage», indique Catherine Rajalu, directrice de la communication du Garac, l’école nationale des professions de l’automobile. Comment compenser cet écart ? «C’est la question que toute la branche se pose, admet-elle. Sans avoir encore clairement identifié de solutions.»
En attendant, les initiatives se multiplient à différents échelons de la formation initiale. Chaque établissement développe sa propre stratégie pour actualiser son offre de formation et tenter de raccrocher les wagons avec le monde professionnel.

Depuis quelques années, émergent ainsi de nouveaux modules de formation pour tenter de répondre aux besoins des entreprises en matière de nouvelles technologies. C’est le cas notamment du lycée professionnel La Joliverie, près de Nantes, qui a lancé une Formation complémentaire d’initiative locale (FCIL) après avoir été sollicité par des professionnels cherchant à embaucher un référent en véhicule hybride ou électrique, capable de répondre aux questions techniques non maitrisées par le réseau. Cette formation destinée aux bac pro et BTS est essentiellement axée sur la mise en sécurité et le diagnostic des véhicules électriques, avec une alternance à mi-temps en entreprise pour une formation plus concrète.

Par ailleurs, les équipes d’enseignants de la Joliverie bénéficient d’une marge de manœuvre pour adapter les référentiels édités par le ministère. Mais cette évolution est rapide, voire trop rapide, selon Yvonnick Malary, directeur délégué aux formations professionnelles et techniques. «Chaque nouveau plan de formation met environ deux à trois ans à se mettre en place. À peine l’a-t-on stabilisé que déjà, il faut recommencer. C’est beaucoup de remises en question et d’énergie pour parvenir à rattraper le temps du progrès technique ; il serait parfois préférable de poser un peu la formation.»

Accéder à la technologie de pointe

En parallèle, des partenariats ont été mis en place avec certains constructeurs français pour permettre aux formateurs d’avoir un accès direct aux technologies dès leur sortie sur le marché. Six enseignants ont par exemple accès aux données PSA dans les mêmes conditions qu’un salarié du groupe. Les enseignants sont également formés en continu chez les constructeurs partenaires ou via le GNFA. Pour les constructeurs étrangers, avec lesquels aucun partenariat n’a pu être mis en place, les enseignants s’en réfèrent aux outils de diagnostic multimarque et au rétro-engineering.

Enfin, l’établissement reçoit des véhicules récents moins de six mois après leur sortie sur le marché. Mais ces délais diffèrent grandement selon les établissements et les constructeurs. «Aux constructeurs français et importateurs étrangers de jouer le jeu en proposant les derniers modèles de véhicules et les outils diagnostics aux centres de formation», suggère Catherine Rajalu. Or, ces pratiques ont plutôt tendance à disparaître.
Au Garac, les véhicules arrivent dans l’année qui suit leur mise sur le marché, contrairement à l’AFORPA qui attend trois à quatre ans. En cause, d’une part, un renouvellement de plus en plus rapide du parc automobile par les constructeurs. De l’autre, des financements qui malgré les aides de l’ANFA ne permettent pas d’investir sur des véhicules neufs.

«Avant, les constructeurs nous faisaient don de véhicules, mais depuis quelques années ce n’est plus le cas. La faute à la crise ? Les restrictions budgétaires ? Difficile à dire», s’interroge Benoît Lemaire, coordonnateur technique de l’AFORPA. Selon Catherine Rajalu, la politique «zéro défaut» menée par les constructeurs a considérablement réduit le nombre de véhicules disponibles pour les établissements.

Le rôle des équipementiers

Pour permettre aux apprentis d’appréhender la mise en sécurité des véhicules électriques, l’AFORPA a contourné le problème budgétaire en investissant dans des voiturettes de golf. «Les conditions d’intervention sont les mêmes, mais les véhicules sont beaucoup plus accessibles», explique Benoît Lemaire.

Au Garac, on mise sur un rapprochement école – entreprises pour que l’un compense ce que l’autre ne peut pas apporter. La coopération a aussi été renforcée avec les équipementiers, qui proposent des conférences techniques et technologiques au sein de l’établissement. «Même si les constructeurs et importateurs ont compris l’enjeu des besoins en information et outils de diagnostic, les équipementiers nous font plus facilement part des dernières avancées technologiques», admet Catherine Rajalu.

Les enseignants du Garac sont également encouragés à rejoindre des formations constructeurs destinées aux professionnels de la branche pour entretenir une proximité avec la réalité du terrain. Enfin, l’établissement a la volonté de développer la formation supérieure, avec des formations dédiées aux véhicules hybrides et électriques. «C’est une petite révolution», reconnaît la directrice de la communication.

Anticiper les métiers de demain

Malgré ces efforts, «les connaissances des jeunes diplômés en matière de nouvelles technologies restent assez théoriques ; il leur manque la répétition du geste», admet Yvonnick Malary. Un constat partagé par Jacques de Leissègues, président DAF Conseil. «Les jeunes diplômés ont une culture générale supérieure à celle des anciens qui n’ont jamais été formés sur les nouvelles technologies pendant leur cursus initial. Mais souvent, cette formation est encore insuffisante, notamment en hybride, électrique et même en matière de diagnostic», remarque le président DAF Conseil.

Même chose concernant les nouvelles normes de dépollution, où les «formations existent, mais sont encore insuffisantes», ajoute-t-il. Et même si la formation initiale s’adapte, «le temps que tous ces jeunes soient sur le marché et remplacent l’ancienne génération, le parc automobile aura encore évolué».

La question se pose également concernant les véhicules connectés et demain, les voitures autonomes. Bien qu’elle soit déjà bien implantée dans le parc automobile, la place de l’informatique dans la formation est encore abordée du bout des lèvres par les établissements. «Demain, des clients viendront se plaindre que leur iPhone ne se connecte plus sur leurs véhicules. Ce genre de problème n’a plus rien à voir avec la mécanique de base, mais les réparateurs devront pourtant y faire face», souligne Benoît Mahoue, responsable formation chez Bosch. «Faudra-t-il embaucher un « geek » dans chaque garage pour répondre à ces problématiques ou déléguer ce volet à une boîte informatique ?» s’interroge-t-il. Doit-on former des techniciens ultra-polyvalents ou segmenter les compétences ? «Le problème, c’est qu’en matière de maintenance réparation, on est incapable de dire à quoi ressemblera le métier de demain», souligne Catherine Rajalu.

Face à ces exigences croissantes du réseau, de nombreux jeunes diplômés de lycées professionnels et CFA cherchent à se spécialiser, se sentant parfois insuffisamment préparés à affronter le monde du travail avec un seul diplôme en poche.

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2 Commentaires concernant “Formation initiale : l’interminable course à l’avenir”

  1. Les jeunes seront formés par les constructeurs et les équipementiers, je pense.

  2. Bonjour. Effectivement, on va demander aux futurs techniciens d’être de plus en plus pointus pour intervenir sur les véhicules de demain. Vous oubliez une chose importante: avec la disparition il y a quelques années du bac STI Systèmes Motorisés et le passage du bac Pro MV en 3 ans au total (au lieu de 2 + 2 il y a encore peu de temps), le niveau, la maturité et l’autonomie des jeunes qui entrent en BTS a considérablement chuté. Je me demande parfois dans ce contexte comment la profession va s’en sortir pour recruter des techniciens dignes de ce nom à l’avenir.

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