Fog (suite): la grosse colère du personnel

Cette fois, c’est le personnel de Fog Automotive qui prend la parole. Il croit «dur comme Fog» à l’avenir de l’entreprise… à condition qu’elle change d’actionnaires. Le personnel les accuse de n’avoir eu qu’une seule stratégie directrice : parier sur l’espérance avortée d’une revente rapide à Bosch et sur sa lucrative plus-value…

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«Les représentants du personnel [de Fog] considèrent de leur devoir de faire entendre leur voix qui n’a été ni relayée dans les médias, ni entendue par le tribunal de commerce de Paris». C’est par ces mots que commence un inhabituel communiqué de presse transmis hier par les délégués du personnel du dernier fabricant français de matériel de garage.

Pour surprenante qu’elle soit, cette prise de parole des salariés couvait depuis quelque temps. Et tout particulièrement après la mise en redressement judiciaire décidée 7 jours avant : des réactions s’étaient alors faites entendre parmi le personnel de Fog qui regrettait amèrement que sa vision de l’entreprise, divergente de celle des actuels actionnaires, n’ait intéressé personne (voir «C’est fait : Fog est en redressement judiciaire!»).

Rupture entre personnel et direction
Le fond du problème, c’est que le personnel croit «dur comme Fog» à l’avenir de « son » entreprise, mais qu’il n’a plus confiance en l’actuelle direction qui s’apprête selon lui à sacrifier l’outil de production et la moitié des 137 emplois qui en dépendent à Briare (45).

Les représentants du personnel l’écrivent d’ailleurs noir sur blanc dans ce communiqué en contestant «le bien-fondé de cette décision largement d’inspiration financière. Le site de Briare, pourtant doté d’un outil de production récent et moderne, est en danger malgré un carnet de commandes bien rempli. Les machines encore produites dans le Loiret risquent bientôt d’être remplacées par des produits d’importation».

Mais attention : le personnel de Fog se défend d’être rêveur. Ses représentants ne contestent rien de la dramatique situation actuelle de l’entreprise, ni de son incapacité en l’état à s’aligner sur les prix de la concurrence du fait de coûts de production trop élevés. Les salariés rejoignent en cela ce constat de Jacob Abbou, le président de Fog, lors de sa récente conférence de presse « préparatoire » à la mise en redressement programmée (voir «Peut-on encore sauver le soldat Fog?»).

Promesse non tenue et coup de poker
Ce qu’en revanche les représentants du personnel contestent, c’est la façon et les raisons qui font que l’entreprise en soit arrivée là. Et ils tapent dur… «Quand l’actuel actionnariat reprenait Fog à la barre du tribunal de commerce d’Orléans en 2009, c’était avec deux atouts forts : la caution de Bosch, équipementier mondial majeur, et la promesse de réinjecter immédiatement 4 millions d’euros dans l’entreprise pour remettre ses capacités de production et d’innovation à flot», rappelle un délégué du personnel. «Mais en fait, les actionnaires n’ont fait que débloquer des petites parties de cette somme, au compte-goutte, juste pour colmater les brèches au fur et à mesure que la situation continuait à se dégrader. Tout ce que la direction voulait, c’était maintenir l’activité sous une perfusion financière minimum, dans l’attente d’une belle plus-value liée à la revente espérée à Bosch».

D’accord, mais Bosch n’a-t-il pas non plus changé d’avis, comme Jacob Abbou l’expliquait à la presse ? «Bosch ne s’est jamais engagé à reprendre l’entreprise», conteste un autre délégué du personnel ; «c’est la direction de Fog qui a poursuivi une politique risquée en pariant coûte que coûte sur ce rachat». La force de vente et d’après-vente a ainsi été mise au service de l’acquéreur espéré et de ses gammes pourtant concurrentes, poursuit-il, «avec pour mission de traiter prioritairement les besoins et les attentes de Bosch, ce qui s’est fait au détriment des intérêts propres de Fog et de ses clients directs».

Selon lui, cette « course à Bosch » explique l’essentiel de la situation actuelle de l’entreprise : «Quand la direction a finalement dû constater que Bosch ne serait pas le repreneur espéré, il était trop tard : les ventes avaient chuté, des revendeurs nous avaient quittés, l’activité industrielle était quasiment à l’arrêt. Quant à la dette effacée en 2009 par la précédente mise en redressement, elle était de nouveau remontée au même niveau en 2012, mais pour un chiffre d’affaires divisé par deux en 3 ans».

Traitement de cheval pour une remise en selle
Alors que veulent-ils, les salariés en colère de Fog ? Tout simplement «sauver le soldat Fog», assurent-ils, mais en lui administrant un autre traitement : «Nous aurions aimé être entendus pour que le tribunal comprenne pourquoi et comment nous en sommes là afin qu’il prononce une liquidation avec continuation, la seule façon de permettre l’arrivée d’un vrai investisseur industriel», poursuivent en chœur les délégués du personnel.

Un traitement de cheval, mais qui selon eux pourrait remettre Fog en selle. «Nous savons que Fog a beaucoup de clients qui sont prêts à faire confiance à la marque, que Fog a effectivement des carnets de commandes bien remplis et que Fog peut redevenir la marque leader qu’elle n’aurait pas dû cesser d’être en regagnant la confiance des professionnels.» Mais pour cela, «Fog a besoin d’un actionnariat qui pense moyen et long terme», martèlent les représentants du personnel ; «Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est par manque d’expérience de la direction et par manque d’une vision stratégique autre que le coup de poker avorté d’une revente à Bosch».

La balle est maintenant dans le camp de la direction, dans celui du tribunal, de l’administrateur… en attendant qu’elle vienne rouler aux pieds d’Arnaud Montebourg : «Nous envisageons de saisir le ministère du Redressement Productif, afin d’alerter les pouvoirs publics sur le risque de disparition du dernier fabricant de matériel de garage français et des emplois qu’il représente dans le désert industriel de la région de Briare», conclut le personnel.

5 commentaires concernant “Fog (suite): la grosse colère du personnel”

  1. [quote name= »simonet »]mais les salariés ne sont pas en reste: mesdames messieurs, regardez-vous, retroussez-vous les manches, la qualité c’est vous qui pouvez la fabriquer. Les clients vous font vivre. Alors respectez-les.

    petit rappel: 1997 a vu un plan drastique. Fog est reparti avec 110 personnes et a réalisé de très bonnes années en 2003 et 2004…[/quote]

    Énorme de lire ce genre de commentaire provenant d’un homme qualité qui n’était pas de qualité, un homme qui n’a lui-même pas su se retrousser les manches lorsqu’il n’était qu’un simple ouvrier de production…

    Quand aux clients, nous les respectons et n’arrivons pas à comprendre pourquoi la direction ne fait rien pour satisfaire le carnet de commandes.

  2. A Jean (entre autres)
    Fog n’est pas un cas isolé: cette boite est rentrée dans le moule du je-m’en-foutisme général qui gère ce pays. Les clients n’ont jamais affaire avec la direction, parce qu’injoignable et inaccessible. On est directement en contact avec les employés et quand vous vous faites envoyer promener parce que vous demandez simplement qu’ils assurent le SAV que vous payez grassement,ce sont bien les employés qui sont responsables et non les dirigeants!

    Des problèmes, tout le monde en a dans son boulot et ceux d’un artisan sont certainement plus amenés à vous tenir éveillé presque toutes les nuits. Mon activité peut être en péril par la faute d’intervenants incompétents et ça, je ne l’accepte pas. Les clients, ça se respecte et je ne suis absolument pas convaincu que les salariés de Fog ont plus à perdre que moi!

    [b]NDLR:[/b][i] Le « Jean » en question est celui du commentaire N°2 de cet article.[/i]

  3. Fog a été pendant de longues années un leader dans son segment, il était concepteur de ses produits et à l’écoute de ses clients.

    Les plans successifs ont eu raison de tout cela; aujourd’hui, c’est de l’achat-revente et le BE ([b]NDLR:[/b] Bureau d’Études) copie la concurrence.

    Quel avenir pour une société comme celle-ci? La direction actuelle ne voit que le coté financier: pour preuve, aucun projet industriel d’envergure n’a vu le jour depuis son arrivée…

    mais les salariés ne sont pas en reste: mesdames messieurs, regardez-vous, retroussez-vous les manches, la qualité c’est vous qui pouvez la fabriquer. Les clients vous font vivre. Alors respectez-les.

    petit rappel: 1997 a vu un plan drastique. Fog est reparti avec 110 personnes et a réalisé de très bonnes années en 2003 et 2004…

  4. Je comprends les désagréments que certains clients ont subi. Même s’il est possible, comme le souligne le commentaire précédent, que certains salariés aient pu craquer et ternir l’image de la marque, pensez-vous que la perte d’un grand nombre d’emplois et du dernier fabricant français soient souhaitables?

    Je sais que, de manière général, le service apporté au client reste la priorité de la grande majorité des salariés. C’est d’ailleurs sur son service après-vente et sur la qualité de ses produits que la marque à su s’imposer durant de longues années.

    Ces dernières années ont été très éprouvantes pour bon nombre d’employés et on ne peut pas nier que cela ait pu avoir des répercutions hors des murs de Fog.

    Mais s’il vous plait, un peu de décence dans vos commentaires: il est facile de taper sur une société qui a déjà un genou à terre et dont les salariés risquent de payer beaucoup plus cher que vous cette situation.

  5. Pour avoir eu affaire avec Fog pendant plusieurs années,je peux dire que la déroute de Fog est certainement due à la mauvaise gestion, mais pas que!! Les salariés ont leur grande part de responsabilités; incompétences multiples,je-m’en-foutisme et surtout incorrection avec les clients.

    Pourquoi croyez-vous que les clients se détournent de Fog au profit de Bosch, pour ne citer qu’eux? Eh bien tout simplement parce qu’on est mieux servi ailleurs que chez Fog. Quand vous investissez des sommes importantes dans du matériel et quand vous êtes en panne, Fog ne réagit pas rapidement,c’est votre activité qui en souffre et ça, tant que les services après-vente ne l’auront pas compris, il ne faudra pas qu’ils s’étonnent que les clients partent ailleurs! C’est ce que j’ai fait.

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