Fog: 58 licenciements et un avenir à réécrire

 Vendredi dernier, le CE de Fog Automotive a validé le plan initial de la direction et entériné le licenciement de 58 personnes sur les 134 que compte encore le fabricant de matériel de garage (voir «Peut-on encore sauver le Soldat Fog ?»). L’avenir est à la vente directe… et probablement à la revente.

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L’ultime manifestation des salariés de vendredi dernier au matin, juste avant le CE de l’entreprise qui devait prendre connaissance d’un douloureux Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), aura donc été vaine (voir «la manif’ de la dernière chance»). Le mouvement qui durait de 11 heures à midi n’a pas réussi comme il l’escomptait à « cimenter » les représentants des salariés pour qu’ils gèlent d’une même voix le projet discuté tout l’après-midi…

Le plan de licenciement validé
Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut savoir que l’avis d’un CE, s’il est obligatoirement sollicité, n’est en fait que consultatif. Mais la loi est en l’occurrence un tantinet bizarre : seule l’absence d’avis du CE peut, au mieux ou au pire selon son camp, bloquer la situation. Tout autre avis sur le plan de sa part, qu’il soit positif ou négatif, vaut pour les dirigeants autorisation à la poursuite du plan de restructuration sans même avoir à l’amender.

Bloquer la situation, c’est donc ce que souhaitait obtenir une partie du personnel, tout particulièrement celle directement concernée par les emplois « productifs » condamnés. N’ayant plus grand chose à perdre, ces salariés soutenaient l’espoir d’une liquidation qui selon eux pouvait permettre de redémarrer l’entreprise sur des bases plus saines et d’ouvrir la voie à d’autres repreneurs qu’ils espéraient plus tournés « industrie », donc susceptibles de maintenir la production.

Mais tous les délégués n’étaient pas d’avis de tenter ce dangereux coup de poker en entravant les plans de la direction. Le scenario du blocage unanime a donc finalement fait long feu. En rendant un avis, même défavorable en l’occurrence, le CE savait qu’il permettait bel et bien à l’actuelle direction de poursuivre le déploiement du plan de redressement discuté avec la mandataire désignée par le tribunal de commerce de Paris (voir «C’est fait : Fog est en redressement judiciaire !»).

Vers la vente directe…
L’assentiment du CE ainsi obtenu du bout des lèvres (voir le communiqué ci-dessus des membres CFE-CGC), quel avenir Fog va-t-il pouvoir se dessiner ? Maintenant actés, les 58 licenciements confirment ce que Jacob Abbou, le président du fabricant de matériels de garage, laissait déjà entendre début février : le Fog industrieux va céder place à une entreprise commerciale ayant renoncé à produire ses ponts élévateurs, en France ou ailleurs.

A en croire son président, Fog pourrait même opter pour la vente directe de matériels de garage, façon Provac, tant le divorce avec les groupements de distribution semble consommé. «J’ai stoppé leurs référencements : ils conduisent à vendre 10% sous le seuil de rentabilité», justifiait récemment J. Abbou, oubliant ou feignant d’ignorer que certains de ses concurrents progressent actuellement très vite, aspirés par l’appel d’air de ces mêmes référencements laissés vacants chez les réseaux de distributeurs-stockistes.

« Comptes de fée » pour prince charmant
Il est vrai que, sur le papier au moins, une stratégie de vente directe a, pour l’entreprise, un double mérite : justifier une production sacrifiée, tout en promettant l’espoir de marges reconstituées par les 30%, commission et RFA comprises, qu’on ne donnera plus aux distributeurs. Parallèlement, la direction va aussi pouvoir s’employer à renégocier l’endettement chronique de 12 millions d’euros et obtenir sa réduction d’un tiers, au mieux de la moitié, le tout lissé sur une période maximale de 10 ans.

Un circuit de vente raccourci, une masse salariale à nouveau amputée de moitié après la précédente purge de 2009 aux 162 licenciements, une dette renégociée au maximum… Le Fog en voie de redressement mise sur un projet de relance compatible, au moins théoriquement, avec la profitabilité. Un préalable essentiel à la fois à sa pérennité… et à sa valeur marchande.

Car si Fog s’emploie à réécrire ainsi des « comptes de fée », c’est toujours dans le même probable but : trouver un prince charmant, sonnant et trébuchant, capable de s’enamourer de cette entreprise structurellement amaigrie par un régime drastique et donc proportionnellement embellie par ses perspectives de rentabilité. Est-ce parce qu’elle sait déjà que l’équipe commerciale d’un repreneur pourra prendre le relais que la direction a prévu le licenciements de commerciaux dans le plan validé la semaine dernière, licenciements stigmatisés par le communiqué CFE-CGC et qui décrètent 9 départs sur les 13 salariés que compte l’équipe de vente ?

Un autre avenir à écrire
C’est possible, même si le marché dépressif de l’équipement de garage en général et celui du pont en particulier n’ont pas servi l’entreprise et lui imposent un douloureux repli (voir «EXCLUSIF – Equipement de garage : l’intégrale des mauvais chiffres de 2012»). Mais sûrement les dirigeants n’ont-il pas renoncé à se désengager en réussissant le coup financier qu’ils espéraient initialement (revendre Fog à Bosch, vite et bien) et qui finalement avortait l’an dernier. Lors de leur conférence de presse de février, ils parlaient à nouveau de deux investisseurs possibles, l’un «industriel», l’autre «commercial».

Si projet de cession il y a à nouveau, il ne tardera pas à être connu. Le temps de peaufiner le plan de redressement qui a encore besoin de quelques semaines. Le temps aussi pour que le climat interne s’allège de la lourde présence des « sacrifiés » qui doivent quitter l’entreprise. Le temps enfin pour les créances d’être renégociées et le plan de relance, finalisé.

Même si c’est à l’imparfait d’un présent incertain et même si c’est seulement au futur proche, Fog a encore quelques mois devant lui pour tenter de se conjuguer un avenir. Et cette fois, à l’impératif…

5 commentaires concernant “Fog: 58 licenciements et un avenir à réécrire”

  1. Pas de nouvelle de Fog ? demain, 58 salariés sont au chômage et vendredi, les salariés sédentaires sont regroupés sur quelques mètres carrés. Il reste 4 commerciaux, peu de techniciens, la mort programmé se poursuit. La marchandise vient de chine.

  2. Fin des contrats des 58 salariés Mercredi 15 Mai- Déménagement interne sur 2 bureaux des salariés restant le 17 mai (article la rep ville Briare)

  3. A l’anonyme qui a le culot de se cacher derrière mon nom (post boyer 2, commentaire ci-dessous):
    Si certains garagistes et CT font payer plein pot à leurs clients, c’est que les charges, dont fait partie la maintenance du matériel, sont très lourdes. La différence avec les salariés et dirigeants de sociétés comme FOG, c’est que nous garagistes avont « obligation de résultat » et donc nous sommes obligés d’être toujours à la pointe au niveau matériel; mais ça, les SAV ne le comprennent pas vu qu’ils n’ont pas les mêmes obligations. Et pour en finir, je ne souhaite aucun mal aux salariés de FOG: ils se le sont fait tout seul!

  4. Monsieur,
    Vous m’avez l’air bien rancunier au point de souhaiter du mal à cette société et ses salariés. Au point qu’à chaque article paru, vous répondez ([b]NDLR: voir commentaire ci-dessous)[/b]. Heureusement que vous êtes parti de cette société et que vous n’êtes donc plus concerné!!!

    Si, à chaque article sur les garagistes et les CT, je mettais un mot disant que ce sont des arnaqueurs qui font payer plein pot aux clients, je n’en finirais pas…

    Mais bon, on peut payer en plusieurs fois…

  5. Quid des contrats d’entretien en cours? Déjà que c’était un merdier sans nom, alors là, je pense qu’ils vont toucher le fond, mais bien entendu les prélèvements automatiques seront toujours d’actualité!!

    Mais bon,je ne suis plus concerné car je me suis extrait de cette nasse. Mais j’ai de la compassion pour mes confrères qui se sont fait gruger!

    Et pour citer »JULES » qui a posté un commentaire le 18/02/2013 à 22h et des bananes,les voleurs ne sont pas ceux qu’il croit!!

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