1600 stations-service en danger: vers des régions en panne sèche?

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La FNAA a frappé fort. En organisant mardi dernier une conférence de presse sur un sujet que les pouvoirs publics tardent à régler malgré ses actions répétées, elle a obtenu une couverture média inédite. Télés, radios, journaux nationaux, régionaux, magazines et professionnels ont relayé massivement son message : 1 600 petites stations-service, essentiellement rurales mais pas seulement, sont en danger immédiat de disparition.

La tendance progresse inéluctablement depuis presque 40 ans : les 47 500 stations-service de 1975 n’étaient plus que 12 314 l’an dernier et elles continuent de disparaître au rythme de 250 par an. Bientôt reçue (le 4 juin) à l’Elysée pour plaider une nouvelle fois la cause des petits détaillants en carburant, la FNAA compte sur ce bruit médiatique pour être cette fois entendue.

Le seuil d’alerte est dépassé partout
Bien sûr, les voitures sont de plus en plus économes ; bien sûr, le réseau routier s’améliore et raccourcit sinon les distances, du moins le temps pour les parcourir. Mais les chiffres compilés par la FNAA (Fédération nationale des artisans de l’automobile) et l’AMRF (Association des maires ruraux de France) montrent que ces courbes initialement vertueuses se sont croisées depuis longtemps pour aller maintenant droit dans le mur. «La baisse de densité est plus qu’alarmante», confirme René Carbonnel, le président de la Branche Carburants de la FNAA. «Elle a été divisée par 3 en 30 ans, passant de 7,52 stations/km2 à moins de 2,5/km2». C’est non seulement l’une des plus faibles densités européennes, mais surtout l’une des plus mal réparties.

Car au fil du temps, les hyper et supers ont fini par truster près des 2/3 des volumes distribués en France via leurs 4 900 stations. Ces dernières ont déplacé les centres de gravité de la distribution de carburants sur des régions entières en décimant leurs concurrentes indépendantes à coup de prix d’appel. La France, dont 97% des 36 000 communes comptent moins de 2 000 habitants, n’a pas eu la bonté de rapprocher concomitamment ses villes et villages des pompes survivantes.

Petit à petit, les stations se sont, de fait, clairsemées dans cette France rurale où pourtant, «9 déplacements sur 10 passent par l’automobile», rappelle Vanik Berberian, président de l’AMRF et maire des 342 habitants de Gargilesse-Dampierre (Indre). Et que l’on ne croit pas qu’il s’agit là d’une silencieuse tendance qui ne menace que nos campagnes et vallées oubliées. A en croire la Datar et de l’IGF(*) citées par la FNAA, le danger atteint même Paris et sa petite couronne où, si rien n’est fait, les actuelles 137 stations-service ne seront plus que 22 en 2020…

En attendant, celles qui résistent encore et toujours sont toutes, surtout les plus petites, au bord du gouffre. Ecrasées par la pression du prix bas, affamées par des marges toujours plus ridicules (0,8 à 2 centimes d’euro/litre) et asséchées par des volumes faibles (1 619 m3/an en moyenne, 250 à 500 m3 pour les plus petites), elle n’attendent que le coup de grâce, dénonce la FNAA. Il peut venir dès cette année de règles environnementales qui leur imposent des travaux coûteux avant fin 2013 (20 000 € par station) «soit parfois beaucoup plus que la marge brute totale dégagée en un an», a calculé Emilie Repusseau, responsable Administratif de la Branche Carburant de la fédération professionnelle…

L’intérêt des consommateurs d’abord
Et qu’on ne s’y trompe pas : «Il ne s’agit pas simplement de faire survivre des artisans exsangues et en situation désespérée», souligne Gérard Polo, président de la FNAA. «Si nous alertons les médias, c’est aussi parce que le destin de nos adhérents est lié à celui des consommateurs».

Car toujours selon l’IGF, 17 millions de Français doivent déjà faire 5,2 km pour rallier une 1ère pompe. Dans 38 départements, ils doivent même rouler 15 à 38 mn pour en trouver une seconde ! Pire : sur près de 1 600 stations immédiatement menacées, 871 sont les ultimes points de carburant avant désertification totale. Dans ce dernier cas, près de 4 millions de français devront bientôt partir en expédition à chaque plein…

Et pas seulement pour trouver du carburant. Dans beaucoup de régions rurales où les commerces de proximité ont fermé les uns après les autres, la station est devenue l’ultime point de ravitaillement en produits de première nécessité, voire parfois en services publics. Voilà pourquoi «les maires sont de plus en plus forcés de financer à perte leur survie, au risque sinon d’assister à la mort programmée des communes concernées», alerte Vanik Berberian qui voit là un signe de plus d’une centralisation aveugle.

La FNAA a porté le dossier devant tous les ministères concernés et a, ces derniers mois, alerté Bercy, le Premier ministre puis le Président de la république lui-même. Elle a depuis longtemps élaboré un chapelet de solutions qui rejoignent en partie les propositions des maires (voir encadré ci-dessous).

Face à l’attentisme des pouvoirs publics, la FNAA a donc décidé d’alerter les médias grand public pour leur demander d’aider à l’avancement d’une cause qu’elle estime devenue d’intérêt public. Le « buzz » a fonctionné, mais le temps presse, conclut Gérard Polo.«Et qu’on ne m’oppose pas la caricature d’une revendication sectorielle», prévient-il : «c’est avant tout l’intérêt du consommateur d’avoir une pompe à proximité et une autre suffisamment proche pour que la concurrence puisse subsister».

(*) DATAR : Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale ; IGF : Inspection générale des finances.

Les solutions préconisées par la FNAA
La FNAA propose d’urgence un Contrat d’Avenir au contenu conçu avec toutes les parties prenantes, incluant même les élus locaux. Il doit selon elle porter sur :

  1. La mise en place d’un dispositif exceptionnel pour les stations ultimes avant désertification (prime de service public de proximité, mesures d’allégement fiscales, aides prioritaires à la diversification des activités…)
  2. Un échelonnement des mises aux normes environnementales tenant compte des prochaines échéances en tolérant que toutes les stations ayant déposé une demande d’aide au CPDC (Comité professionnel de la distribution de carburants) puissent exercer leur activité tant que leur dossier n’a pas été instruit.
  3. Le renforcement des moyens de ce CPDC pour qu’il puisse remplir pleinement sa mission en faveur de la diversification des activités et de la modernisation des stations. Il ne disposait que de 3,55 millions d’euros en 2012 quand il lui en faudrait 17 pour écluser les dossiers en attente et ceux à venir.
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1 Commentaire concernant “1600 stations-service en danger: vers des régions en panne sèche?”

  1. oui je suis d’accord sur ce qui concerne le CPDC. J’ai envoyé mon dossier en 2009; l’instruction a été terminée en décembre 2010… donc prêt pour être examiné par le conseil d’administration du CPDC devant lequel passent actuellement les derniers dossiers déposés fin 2008… sic!

    Alors que doit-on faire?… Mais il est vrai que les réunionites aiguës, agrémentées de cocktails déjeûnatoires ou dînatoires ne coûtent rien à la collectivité et en plus ces réunions à répétition traînent en longueur pour au final accoucher d’une petite souris…

    Bonne journée!

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