La Feda met l’Etat français dans sa ligne de mire

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Michel Vilatte et Yves Riou (Feda)

La désormais traditionnelle conférence de presse de la Fédération des Syndicats de la Distribution Automobile (Feda) a permis de faire un rapide bilan de l’année écoulée, mais aussi et surtout de se projeter vers l’avenir de ses deux dossiers-fétiches : la fin du monopole des pièces de carrosserie et un meilleur accès à l’information technique des véhicule en France. La Feda avait évidemment déposé son lot d’amendements en ce sens dans le cadre de la « loi Hamon » sur la consommation (voir « Loi sur la consommation – Les enjeux de la 2ème lecture« ). Mais tous ont été recalés en octobre dernier sans même avoir été débattus : le lobbying des constructeurs a encore une fois su convaincre députés et sénateurs qu’il ne fallait pas toucher à cette rente de situation en agitant l’éternel spectre des licenciements massifs et des délocalisations-relocalisations.

Le combat des pièces captives continue….
Si la bataille de la « clause de réparation » (l’autre nom de la libéralisation des pièces captives) était donc à nouveau perdue, rien n’entache la détermination de la Feda à poursuivre la lutte. Pour elle, c’est une question de temps. Il faudra bien aboutir. D’abord au nom du respect du sacro-saint principe européen de libre concurrence, effective partout en Europe en matière de pièces de carrosserie (« Même en Allemagne!« )… sauf en France. Ensuite parce que la Feda pense, à raison d’ailleurs, que ce combat dépasse le seul intérêt de ses adhérents distributeurs de pièces. Car pour Michel Vilatte, le Président de la Feda, il est tout aussi intimement lié à celui des carrossiers qui eux, ont réussi à entrouvrir, dans le cadre de la même loi sur la consommation, la brèche du « libre choix » (voir nos articles sur le sujet).

«la clause de réparation est indissociablement liée à cette liberté de choix du réparateur, explique-t-il. Car si l’on ne peut que se réjouir de l’adoption de l’amendement concernant ce dossier, quelle peut être sa portée réelle dès lors que le réparateur se trouve dans une situation où il demeure non seulement contraint par les temps barémés du constructeur, mais en outre obligé de s’adresser à son réseau de marque pour s’approvisionner en pièces de carrosserie et ce, à des prix fatalement élevés puisque non soumis à la concurrence ? Dans ce contexte, la seule variable d’ajustement reste et restera le taux de main d’œuvre, dont on sait qu’il est d’ailleurs orienté vers le bas par le donneur d’ordres ».

La Feda menace l’Etat français
Autre point sur lequel la Feda entend bien faire bouger les lignes : le libre accès à l’information technique et, par extension, aux notes techniques secrètes des constructeurs. Ces dernières, connues actuellement de leurs seuls réseaux pour leur permettre de corriger discrètement d’éventuelles ‘faiblesses’ spécifiques à certains modèles, fausse évidemment la concurrence avec leurs concurrents indépendants. Pire, considère la Feda : les consommateurs et leurs véhicules qui sortent du réseau constructeurs échappent donc à ces mises à niveau des véhicules concernés, puisque les réparateurs indépendants n’en sont pas destinataires !

Pourtant, sur le papier, tout réparateur indépendant ou non peut et doit pouvoir trouver l’ensemble toutes les infos nécessaires à une intervention sur un véhicule, quelle que soit sa marque. La réalité étant encore toute autre et comme la Feda là non plus n’a pu faire aboutir des amendements en la matière, Yves Riou, délégué général de la Feda, change de braquet et affute de nouvelles armes. «la législation européenne a prévu dès 2009 qu’en cas de non respect de l’accessibilité des informations techniques, les Etats membres peuvent prendre des mesures coercitives à l’encontre des constructeurs qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction de commercialisation de leurs modèles de véhicule sur le territoire. Or, aucune mesure de ce type n’existe en France, poursuit-il. Nous nous sommes donc rapprochés d’un cabinet d’avocats dans le but d’étudier la façon d’intenter une procédure en manquement à l’Etat français» !

L’éco-entretien encouragé par les pouvoirs publics!
En attendant l’ouverture de ce nouveau front, au moins l’éco-entretien cher à la Feda a-t-il, lui, déjà donné quelques satisfactions. Primée à l’occasion de la dernière édition d’Equip Auto en octobre 2013, cette démarche initiée par la Feda vient d’être intégrée dans le cadre du Plan d’urgence pour la qualité de l’air.

Elle figure en effet dans le rapport du comité interministériel qui s’est tenu le 18 décembre dernier : l’éco-entretien a ainsi trouvé un écho auprès des responsables politiques qui entendent l’encourager. il constitue la mesure n°18 du Plan, ainsi libellée : «Développer l’éco-entretien des véhicules (moteurs, plaquettes de frein, pneus…) : l’objectif est de renforcer l’entretien des véhicules, notamment ceux roulants en ville, car un véhicule bien entretenu pollue moins. La possibilité de contrôler l’éco-entretien des moteurs, plaquettes de frein et pneus lors des différents contrôles d’usage du véhicule sera étudiée. La réévaluation des standards de contrôle technique (NdlR : actuellement en discussion au niveau européen) sera mise à l’examen afin d’améliorer encore les critères de pollution aux particules fines et aux dioxydes d’azote.» A noter : le rapport précise que l’éco-entretien s’inscrira dans le dispositif des certificats d’économie d’énergie…

Investir malgré tout
Revenant ainsi sur l’activité du secteur de la distribution indépendante et du marché de la pièce, Yves Riou note que «l’année 2013 s’est clôturée sur un tassement de -2 à -3%». Un tassement en volume auquel s’ajoute un dangereux tassement des marges. Et c’est peut-être bien là que le bât blesse pour la profession qui, «si elle pouvait revendiquer 2,5 points de marge en 2006, en est aujourd’hui loin, souligne-t-il. En effet, les performances des adhérents de la Feda démontrent une réduction sensible des marges, qui tournent aujourd’hui davantage entre 0,5 et 1 point».

«En-deçà de deux points, il est quasi-impossible d’investir, poursuit le délégué général. Et une entreprise qui n’investit pas à l’heure où les technologies évoluent fortement, c’est une entreprise condamnée…» Pour éviter l’écueil, de nombreux adhérents n’hésitent toutefois pas à sauter le pas, tant en formations qu’en matériels. Mais cela supposera en aval un nécessaire retour sur investissement. L’optimisme reste toutefois de rigueur : «les nouvelles technologies sont autant de relais de croissance pour nos entreprises, souligne ainsi Michel Vilatte, président de la fédération. Si les volumes ne sont pas encore là, ces technologies sont d’ores et déjà synonymes de valeur ajoutée». Il est vrai que les pièces techniques, assez nouvellement conquises par les distributeurs indépendants, sont à la fois porteuses en volumes et surtout, en valeur…

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