Le CNPA pousse la pièce de réemploi… et l’emploi tout court

A l’aise dans sa marinière, le professionnel du recyclage que met en avant la nouvelle affiche du CNPA paraît tout aussi à l’aise avec les vertus de sa filière. Une filière de production «Made in France», «créatrice d’emplois» et une bonne occasion pour faire des économies dans le respect de l’environnement. Ce refrain, aux notes justes, est certes bien connu du monde de l’après-vente, mais le CNPA a saisi l’occasion de la campagne des élections municipales pour enfoncer le clou auprès du grand public. Car les 1 705 centres VHU agréés (pour la plupart certifiés Qualicert) implantés en périphérie urbaine ou en milieu rural, ne sont pas des acteurs mineurs de l’emploi local, selon Patrick Poincelet, président de la branche recycleurs du CNPA.

«Nous pouvons créer entre 5 et 10 000 emplois rien que dans notre filière, soutient-il. La filière compte pour l’instant 15 000 salariés, mais nous espérons doubler notre chiffre d’affaires dans les dix ans, ce qui se répercutera automatiquement sur l’emploi.» Ce qui n’est pas négligeable et, surtout, non délocalisable, les VHU qui servent de matière première aux recycleurs pour produire leurs pièces de réemploi étant nécessairement traités en France. Un discours que le CNPA souhaite voir relayé par les centres VHU dans leur secteur, auprès de leur clientèle grâce à quelque 1 000 affiches et 100 000 dépliants, mais aussi auprès des candidats aux élections et des pouvoirs publics locaux.

Pour cela, le CNPA propose déjà des modèles de lettres et 50 000 cartes postales reprenant le visuel de l’affiche, pour démarcher directement les responsables politiques de leur secteur. «Nous pesons dans un bassin d’emploi et nous sommes notamment demandeurs de petites mains, or c’est le type d’emplois qui manquent en France, ajoute P. Poincelet. Et nous serons bientôt en mesure d’offrir des carrières aux jeunes, puisque deux nouveaux diplômes vont s’ajouter à celui qui existe déjà. Ce métier est à créer.»

Le client comme levier
En attendant de créer des outils d’information pour les clients des professionnels d’autres branches du CNPA, la branche des recycleurs vise d’abord ceux des centres VHU. Une communication insistant, outre l’emploi, sur plusieurs vertus. D’abord, le «Made in France», mention obtenue car la pièce de réemploi remplit au moins l’une des deux conditions : sa dernière transformation a eu lieu en France, et 45% de sa valeur ajoutée, au moins, a été réalisée en France. En tous les cas, un véritable gage de qualité pour le client et synonyme de business pour le centre VHU, puisque la production d’une pièce de réemploi, de son démontage à sa commercialisation, en passant par son nettoyage, son contrôle et son conditionnement, permet, à lui seul, de justifier le montant un peu plus élevé du produit. A condition, bien sûr, que le marché de la pièce captive ne s’ouvre pas, ce que craint naturellement P. Poincelet.

C’est inattendu, mais logique : «Sur ce point, je suis du côté des constructeurs, puisque le tarif de la pièce de réemploi ne peut dépasser le prix de la moins chère des pièces d’origine, affirme-t-il. Si le marché des pièces de robe est libéralisé, ce sera plus difficile, même si le plus gros du chiffre d’affaires pièces de réemploi est réalisé sur les pièces mécaniques.» Et ça ne risque guère de changer : par définition, les pièces de carrosserie les plus demandées sont aussi et resteront toujours… les plus accidentées donc les moins disponibles en réemploi !

Désormais traçable à 100%, la pièce de réemploi se veut conforme à la qualité constructeur et, comme le confirme le CNPA, certains réseaux ou entreprises offrent des niveaux de garantie pièces et main d’œuvre semblables aux pièces neuves. L’alternative a donc de quoi convaincre le client, qui accomplit du même coup, et à moindres frais, une action écologique, la production de pièces de réemploi s’inscrivant totalement dans le principe de l’économie circulaire automobile.

Protégés des donneurs d’ordres ?
Outre Arnaud Montebourg, qui s’est publiquement positionné en faveur de la pièce de réemploi, les donneurs d’ordres que sont les experts et les compagnies d’assurance ont aussi pris parti. Même si la MACIF, jusqu’ici la première à avoir promu la pièce de réemploi comme solution de réparation, semble avoir changé d’avis, selon P. Poincelet, d’autres groupes ont pris le pli. Et la branche recycleurs du CNPA ne semble pas si inquiète de voir les assureurs adopter leur politique de compression des tarifs sur leur secteur.

«Nous devons d’abord augmenter le nombre de pièces de réemploi car, pour que les donneurs d’ordres y voient une opportunité de business, il faut en vendre plus, explique P. Poincelet. Pour cela nous allons essayer d’obtenir des emplois aidés. Mais notre métier est aussi de savoir anticiper justement la demande de pièces. La rareté nous permettra de maintenir les prix.» Aujourd’hui, le stock de pièces disponibles dans la base de données de Global PRE, l’outil informatique de référencement des pièces qui sera déployé à partir de mars, s’élève à plus de 100 000. 230 familles sont représentées. Une fois Global PRE mis en place et le service apporté aux réparateurs plus complet, le cycle de production devrait s’accélérer avec la demande.

1 commentaire concernant “Le CNPA pousse la pièce de réemploi… et l’emploi tout court”

  1. Bonjour.
    Ils sont gentils avec leurs pièces de réemploi, et la théorie est sympathique. En pratique, on se retrouve à perdre du temps pour trouver des pièces de réemploi, on prie pour qu’elles soient en bon état, et puis on lutte avec l’expert pour qu’il donne plus que ce que les pièces de réemploi nous coûtent.

    Ajoutez à ça les délais pour obtenir la pièce, les travaux supplémentaires par rapport à une pièce neuve (non facturés bien sûr) et on se retrouve avec un prix de revient à l’atelier plus élevé que la pièce neuve.

    Mais oui bien sûr, la facture est moins importante, donc le coût global est bon pour l’expert. Le carrossier n’a qu’à gagner moins… oups, pardon: le carrossier n’a qu’à mieux gérer son entreprise.

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste diplômé du CFJ de Paris, Romain Thirion couvre l'actualité automobile depuis 2011, et s'est spécialisé dans l'après-vente en 2012.

Particulièrement intéressé par les problématiques de réparation-collision, il suit les péripéties du secteur de la carrosserie et de l'expertise avec attention. Par ailleurs, il se fait fort de couvrir l'actualité des enseignes de centres auto, de réparation rapide et de pneumaticiens.

Depuis 2017, il est également président de l'Association des journalistes techniques et économiques (AJTE).

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