Crise des pneus usagés: 20 000 tonnes… de sous-entendus

Apparemment beau joueur, Aliapur «se félicite que les constructeurs automobile, qui financent le traitement de 20 000 tonnes de pneus usagés (voir «Pneus usagés: le ministère poursuit un traitement de fond de la crise!»), aient retenu un opérateur capable de répondre à toutes les exigences de leur cahier des charges». En l’occurrence, il s’agit de FRP qui représente environ 15% de la collecte des pneus usagés en France.

Rappel à l’ordre environnemental
Cela étant, le communiqué d’Aliapur est un chef d’œuvre de sous-entendus ciselés. L’éco-organisme rappelle ainsi que «Aliapur n’est pas une société à caractère commercial de traitement de déchets, mais assure l’exécution des obligations réglementaires de collecte et de valorisation des pneus usagés de ses clients producteurs à travers l’établissement d’un contrat-type dont les termes sont identiques pour chaque client.» Comprenez que seule une société commerciale comme FRP pouvait donc souscrire aux conditions de l’appel d’offre des constructeurs possiblement, ici ou là, exorbitant du droit environnemental commun. Sentiment renforcé par le paragraphe suivant où Aliapur «appelle les constructeurs à une grande vigilance, afin que le traitement de ces 20 000 tonnes soit assuré en conformité avec le Décret n°2002-1563 du 24 décembre 2002, transposé en 2009 dans le Code de l’Environnement, section 8, articles R 543-137 à 152 relatifs à l’élimination des pneumatiques usagés».

Reporting insuffisamment précis?
En outre, Aliapur stigmatise les exigences du cahier des charges du constructeur en termes de «reporting amont» et surtout de «reporting aval». Faut-il comprendre que les mailles de ce dernier sont peut-être un peu lâches? En tout cas, l’éco-organisme enjoint à ce propos «les constructeurs [à] être particulièrement attentifs au devenir de ces 20 000 tonnes, en l’absence de consignes relatives aux modes de valorisation». Il conviendra d’ailleurs, poursuit Aliapur, «de contrôler physiquement l’effectivité de ces valorisations. Ainsi, ces pneus ne devront en aucun cas constituer de nouveaux stocks historiques ni grossir les stocks existants, ce qui dégraderait considérablement l’image de la filière tout entière.» A bon entendeur…

Ça se Corse…
Perfide jusque dans les détails, Aliapur «se félicite néanmoins (tout est dans le «néanmoins») que les constructeurs aient retenu un opérateur satisfaisant à l’ensemble de leurs exigences pour le traitement d’un volume de 20 000 tonnes de pneus usagés.» Tout en soulignant regretter «que les garages de Corse soient exclus du dispositif […] alors qu’ils avaient naturellement été concernés par la première phase du dispositif d’urgence [NDLR: piloté alors par Aliapur], entre mai et août derniers». Et d’ajouter pour… corser le dossier et poser des pneus dans le jardin de FRP «[qu’il] est vrai que les pneus usagés collectés en Corse doivent être ramenés sur le Continent pour être valorisés –ce qui suppose une organisation logistique particulière et le financement correspondant…»

Pas de faux espoirs…
Reste qu’Aliapur conclut en précisant que «jusqu’à la fin de l’année 2010, Aliapur refusera toute nouvelle demande d’ouverture de compte pour se concentrer sur la collecte des garages ayant un compte actif et dans la limite des tonnages correspondant à sa commande». Aliapur renvoie donc clairement «les garages n’ayant pas de compte […] à se rapprocher, soit de leurs enseignes, soit de l’opérateur retenu pour la collecte supplémentaire de 20 000 tonnes».
Une façon assez espiègle d’organiser avec FRP le partage du monopole des reproches dont Aliapur était jusqu’alors le seul détenteur. Où l’on découvre qu’en matière de fourberie taquines, le métier d’Aliapur, là aussi, c’est de savoir en faire des tonnes…

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