Quand Elexia exige le service à domicile gratuit

Alors que certaines plateformes de gestion de sinistres «dédommagent» tout de même le fameux service à domicile qu’elles exigent de « leur » réseau de réparateurs, d’autres, comme Elexia, exigent purement et simplement que les carrossiers l’exécutent gratuitement. En échange, bien sûr, d’une augmentation de leur volume d’entrées atelier. Si le SAD gratuit n’a rien d’une légende urbaine, cela va tout de même mieux en le montrant. Et en le prouvant, document à l’appui…

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Une info venue de nos lecteurs-correspondants!Le service à domicile (SAD) fait partie de ces opportunités en or offertes par les compagnies d’assurance à leurs clients, souvent peu disposés à amener eux-mêmes leur véhicule fraîchement accidenté au réparateur désigné pour le remettre en état. Cependant, qu’elles s’occupent du dossier elles-mêmes ou qu’elles fassent sous-traiter sa gestion par des plateformes d’ »incident management », toutes n’ont pas la même exigence auprès de « leur » réseau de carrossiers.

Certaines le remboursent, d’autres ne font que le dédommager et d’autres… exigent tout bonnement sa gratuité ! Non, le SAD gratuit n’a rien d’une légende urbaine, ni d’un conte pour dissuader d’innocents carrossiers prêts à signer un contrat avec les apporteurs d’affaires dans le but de gagner du volume à l’atelier. Ce document est envoyé par Gérard Viale, directeur général d’Elexia, aux réparateurs sous contrat avec sa plateforme.

La « bancassurance », hybride non vertueux

«Cher Membre du Réseau», s’adresse ainsi la plateforme de gestion de sinistres à son carrossier agréé, qui doit littéralement le trouver un peu (trop) cher à son goût, «les assurances de la Caisse d’Epargne nous proposent d’augmenter votre prescription et attendent en retour de nous un service à domicile gratuit». En moins de trente mots, la phrase claque comme un coup de fouet. Gourmande, cette « bancassurance » qui, non contente de faire des profits en tant que banque, entend également réduire au maximum ses coûts d’assureur.

D’autant que le fameux service à domicile est un véritable package exigeant de «récupérer le véhicule des assurés intéressés à leur domicile ou sur leur lieu de travail et leur fournir le véhicule de prêt» et d’y «restituer le véhicule réparé, évitant ainsi aux assurés de se déplacer jusqu’à votre établissement». Ce n’est en effet pas UN service qui est ici exigé des réparateurs, mais DEUX : l’enlèvement et la restitution du véhicule ET la fourniture d’un véhicule de prêt. Le tout omettant, bien sûr, le coût parfois très important que cela occasionne au carrossier.

Coupé du client

«Si je comprends bien ce courrier, c’est à mon entreprise de tout prendre en charge, s’insurge notre lecteur-réparateur qui nous a transmis cette lettre d’Elexia. En plus, le SAD n’est pas sans danger car, en attendant de le ramener dans ma carrosserie, je roule avec le véhicule d’un client. Mais en cas d’accrochage ou de choc, qui paye ? Encore le réparateur ? Et s’il est en centre-ville et ne dispose pas d’un plateau de véhicules de prêt suffisant ?» Autant de réflexions qui –parmi d’autres tirées de sa riche expérience de carrossier agréé– l’a naturellement amené à cocher la case «non» à la mention «Êtes-vous intéressé par cette nouvelle activité et ses conditions ?».

Sans compter que le SAD, selon notre lecteur-informateur, comporte des effets secondaires qui nuisent au caractère commercial et humain de son entreprise. «Une fois le service rendu, le client ne nous connaît même pas !», se désole-t-il. En effet, à part donner les clés de son véhicule, récupérer celles de la voiture de prêt, les rendre et reprendre possession des siennes, l’assuré de la Caisse d’Épargne n’a finalement aucun contact avec le professionnel à qui il doit la réparation. De quoi dénaturer totalement la relation assuré-carrossier qui, bien que commerciale, a tout à gagner à se nourrir de confiance et de discussions.

« Nous » ou « vous » ?

A partir de là, il est très facile pour l’assureur de se positionner en champion du pouvoir d’achat et du service auprès de son client. Pourtant, à bien relire la cinglante première phrase du courrier d’Elexia, Gérard Viale, après avoir usé du «votre», y écrit bien que «les assurances de la Caisse d’Epargne […] attendent en retour de NOUS un service à domicile gratuit». En une même phrase, le DG y exprime bien une différence entre le «Membre du Réseau» désigné à la deuxième personne du pluriel et sa propre société, désignée à la première.

Si l’Écureuil, qui se montre ici si avare de noisettes, exige un SAD gratuit d’Elexia et non pas de ses réparateurs agréés, pourquoi ce ne serait pas à la seule Elexia de supporter son coût ? Compte tenu de sa propension avérée à grignoter la laine sur le dos de « ses » carrossiers –et des autres !– il y a fort à parier que la plateforme de gestion de sinistres à davantage besoin de ces volumes additionnels que les réparateurs eux-mêmes.

3 commentaires concernant “Quand Elexia exige le service à domicile gratuit”

  1. Bonjour,
    Pline le Jeune a entièrement raison. Seul l’arrêt immédiat des agréments privera les plateformes de leur substance et ils s’éteindront tout doucement comme un feu privé de combustible.
    Signer un agrément est le meilleur moyen de les faire vivre.
    Je ne peux cautionner les pleurs quotidiens de certains agréés alors que leur motivation première, en signant un agrément, est de vider les ateliers voisins pour remplir les leurs.
    Je ne pleure pas quand je vais livrer le lendemain une auto accidentée de la nuit que l’assurance m’oblige à restituer au « réseau », alors que cette réparation nous fait bien besoin, et là pas commentaires… Souvenez-vous des motivations des réseaux agréés: « Le client passera devant 5 ou 6 ateliers pour aller chez vous ».
    Assumez la totalité, résiliez, mais s.v.p., arrêter de pleurnicher.
    J.P

  2. Elexia est un « tout » petit -et mauvais de surcroît- qui ne fait pas grand chose! Un bureau avec 4 personnes! Mais il faut dire qu’ils sont arrivés à berner les carrossiers en prenant une commission sans rien faire. Et vous savez quoi!? ils ne sont pas nombreux (les carrossiers!) à s’apercevoir du stratagème! Virez-les! vous verrez (pas!) la différence! Si: une augmentation de la marge!

  3. La plateforme fut silencieuse depuis sa création, et on entend tout plein de choses à son sujet depuis quelques mois. Soucieuse de sa rentabilité, il convient qu’elle commence à serrer les coûts et de fait, à serrer les réparateurs…

    Le SAD comme son nom l’indique est un SERVICE, donc facturable. Si un réparateur ne veut pas le facturer, c’est son droit; en revanche imposer une gratuité est juste incompatible avec le code du commerce!

    Messieurs les réparateurs membres du réseau Elexia, activez vos conseils et vos comptables afin de répondre fermement à votre « donneur d’ordre ».

    N’oubliez pas, chers réparateurs que, sans vous, elexia, capsauto, « inovacheune » groupe, AD, Autoneo, 102 (qui ne seront jamais 102) Astrée (plateforme illégale au même titre que le BCA, astrée est détenue à 60% par des distributeurs de pièces et de peinture), axial, Five Stars, « Acaute selectide », ne seraient rien. Et tant que vous vous vouerez à leurs incantations, vous perdrez TOUTE votre VRAIE marge.

    De la même manière, tous les agréments vous mangent vos VRAIES marges, vous êtes à même de faire du commerce avec vos clients et faire des remises comme vous l’entendez, surtout avec un tarif horaire pertinemment adapté à vos ateliers.

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste diplômé du CFJ de Paris, Romain Thirion couvre l'actualité automobile depuis 2011, et s'est spécialisé dans l'après-vente en 2012.

Particulièrement intéressé par les problématiques de réparation-collision, il suit les péripéties du secteur de la carrosserie et de l'expertise avec attention. Par ailleurs, il se fait fort de couvrir l'actualité des enseignes de centres auto, de réparation rapide et de pneumaticiens.

Depuis 2017, il est également président de l'Association des journalistes techniques et économiques (AJTE).

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