Prix des pièces captives: fin de pénitence pour les constructeurs

En à peine dix ans selon SRA, les prix des pièces de carrosserie ont augmenté de 36,1 %, soit… trois fois plus que les prix à la consommation. Avec un bref ralentissement en 2012 et 2013 lié à la nécessité pour les constructeurs de troquer modération tarifaire contre rejet d’une loi anti-monopole. Mais la pénitence a pris fin et la poule aux œufs d’or se remet à pondre…

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Alors même que les ventes de véhicules n’ont cessé de chuter dans le pays, le secteur de l’après-vente semble bel et bien devenir la variable d’ajustement des constructeurs. Exemple le plus frappant de cette réalité, l’évolution du prix des pièces de carrosserie du panier moyen de SRA.

Ainsi l’échantillon représentatif de 146 modèles et version pour un total de plus de 8 600 pièces a connu une inflation de 36,1% entre 2005 et 2014 quand les prix à la consommation ont eux augmenté de seulement «13,3 %»,  précise le SRA.

Une évolution globale à nuancer… deux fois

Aussi impressionnante que soit cette augmentation des prix sur la période, elle reste cependant à nuancer dans le temps. Importante en 2006 (+5,03 %), 2007 (4,49 %), 2008 (5,89 %), 2009 (3,15 %), 2010 (3,89 %) et  2011 (4,68 %) soit au plus fort de la chute des ventes, elle a connu une décélération en 2012 (+2,25 %) et même un coup d’arrêt en 2013 avec une hausse famélique d’à peine 0,39 %.

C’est à ce point précis du constat qu’il faut convoquer sa mémoire pour nuancer une seconde fois et expliquer cette inversion de tendance. La crise ? Non. Souvenez-vous : nous sommes en octobre 2011, en plein débat parlementaire sur la libéralisation possible des pièces captives. Il se déroule dans le cadre d’un projet de loi sur la Consommation et sur fond d’une enquête de l’Autorité de la concurrence en cours depuis juillet 2011. Beaucoup l’espèrent ou la craignent prochainement favorable à la fin du monopole. Mais déjà, deux amendements s’acharnent à ouvrir une autre voie d’eau en voulant légiférer contre le monopole des constructeurs.

La grande scène de la pièce

Nous sommes donc à la veille de cette année 2012 de ralentissement de la hausse du prix des pièces. Le 5 octobre 2011 précisément. Frédéric Lefebvre, alors secrétaire d’État à la consommation, monte à la tribune de l’Assemblée. Il y exhibe théâtralement deux missives qu’il a reçues, l’une du président de PSA-Peugeot Citroën et l’autre du président de Renault. Et tout va se jouer en quelques minutes : «Tous deux prennent plusieurs engagements précis», proclame-t-il, dont «le premier est de mener une politique de modération des prix en direction des consommateurs. […] Au vu des risques économiques, au vu des engagements dont je viens de vous informer […], il serait raisonnable de retirer ces deux amendements». Ces derniers, de toute façon, brûlent de plus en plus les doigts des parlementaires. En pleine crise économique, les imposer pousseraient les élus dans le rôle de ceux qui abimeraient le joyaux automobile national et seraient désignés coupables de licenciements. Intenable politiquement, à quelques encablures des élections législatives et sénatoriales de 2012 (revoir «Pièces de carrosserie «libérées» : les constructeurs ont écarté le danger»)…

Les parlementaires n’ont pas besoin de gages. Ils savent probablement pourquoi, les deux années suivantes, la politique tarifaire des pièces constructeurs va devoir faire “profil bas”. D’abord parce que le très craint avis de l’Autorité de la concurrence mettra encore un an à paraître, imposant prudence et circonspection tarifaires. Ensuite parce qu’il s’annonce peu favorable au monopole. En octobre 2012, l’Autorité remettra en effet bruyamment les pieds dans le plat préféré des constructeurs  (voir «Enquête sectorielle sur l’après-vente : l’Autorité prône l’ouverture du marché des pièces de carrosserie !»). Une deuxième année de prudence s’impose alors : mieux vaut devoir affamer un peu plus longtemps la poule aux œufs d’or que de la laisser tuer. 2013 passe avec seulement +0,39% d’augmentation du prix des pièces…

Les constructeurs refont la pluie et le beau temps…

Le soleil revient en 2014. Le mauvais grain est passé pour les constructeurs. Le bon grain peut donc revenir engraisser la poule et la pénitence prend fin : 2014 vient d’afficher une rassérénante augmentation des prix de pièces de presque 2 % (1,74 %). Alors même que les prix à la consommation se sont contentés de +0,5%…

CQFD. L’explication est bien connue des acteurs de l’après-vente en France. En détenant le monopole des pièces de carrosserie, les constructeurs ouvrent et ferment les vannes quand bon leur semble et en fonction de leurs propres intérêts. Résultat : certains ont à nouveau pu, sans trop s’en vanter, compenser la baisse de leurs ventes, de VN comme d’heures atelier, par une hausse du prix des pièces…

Ford, champion hors catégorie !

L’an dernier, les constructeurs français sont toutefois restés relativement circonspects. Seuls Dacia et Nissan ont profité de l’embellie avec respectivement +2,77% et surtout, +4,15%. En revanche Peugeot (+0,21%), Renault (+1,91%) et Citroën (+1,22%) sont plus ou moins rester sous le radar d’un moyenne générale 2014 à +1,74%.

Et sur 10 ans, qui a eu le doigt le plus lourd sur le curseur des prix ? A ce petit jeu, le constructeur qui décroche la palme, c’est Ford. Avec une hausse décennale de ses prix de près de 50% (49,9 % précisément), l’Américain occupe le haut du pavé juste devant Citroën et ses +48,7 %. Troisième du classement, l’Allemand Volkswagen a augmenté ses pièces de 43,8 %. Autre marque d’outre-Rhin à s’illustrer : Mercedes. La marque à l’Étoile a profité des 10 dernières années pour afficher une confortable hausse de 42,1 %.

Dernier point et non des moindres, la lutte entre Peugeot et Renault, les deux plus gros vendeurs de voitures du pays. Alors que le Lion affiche une inflation de ses pièces de 38,1 % depuis 2005, le Losange s’en tire honorablement avec une hausse de “seulement” 23,3 %.

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Jérémie Morvan