Tribune libre – Les chroniques du « raccord peinture » – partie 2

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Il y a deux semaines, nous publiions la première partie de la très drôle et si effarante chronique de Benjamin Labonne, carrossier et président de la FFC-Réparateurs Auvergne, sur le « raccord peinture » et les crispations qu’il génère entre experts et carrossiers. Nous vous livrons à présent la seconde et dernière partie, toujours aussi savoureuse.

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3 Expert : le raccord peinture tabou

Une info venue de nos lecteurs-correspondants!Cachez ce raccord que je ne saurais voir… Mise en scène : le choc, rayure sur porte avant droite, porte arrière droite, aile arrière droite, angle arrière droit de bouclier sur une Ford Fiesta récente bleu nacré. La rayure va vers la partie avant de la porte avant droite… Le décor est planté. L’expert passe, il prend les éléments à peindre, y compris le pare-chocs arrière complet qui présente une éraflure hors sinistre à gauche… Je suis d’accord sur les temps, mais pas sur la méthodologie… Je préfère, pour le même temps, faire un raccord peinture fondu sur le bouclier arrière droit (pour ne pas avoir à faire payer la réparation du hors sinistre sur le pare-chocs arrière gauche à la cliente puisque je ne peindrai pas cette partie… Je sais aussi aller dans le sens des assureurs quand cela se justifie !) et faire le raccord noyé sur l’aile avant droite.

J’envoie ma requête à l’expert… Il ne change pas son rapport d’un iota !  La raison ? A cause de la pression des assureurs, il ne peut justifier la peinture d’un élément non endommagé auprès de ses donneurs d’ordres (en cas de vérification, attention les dégâts pour lui !), bien qu’il soit conscient que je sois obligé de le faire… Et dans ce dossier, il n’y a même pas de raison économique ! Quelle est la logique dans tout ça ? Où est la liberté de l’expert ? Y a-t-il une raison autre que la mainmise des assureurs sur l’expertise à cette vaste comédie ?

4 Conclusion : pas d’accord sur le raccord !

Comme bien souvent avec les assureurs –oups, le lapsus– je voulais dire avec les experts, les raccords ont une existence quand ils permettent une économie à leurs donneurs d’ordres… Par contre, lorsque c’est une contrainte technique, cette technique n’existe plus ! Or, me semble-t-il, un expert est un technicien avant tout ! Donc technicien à deux vitesses suivant la finalité du raccord :

  • pour faire faire une économie au donneur d’ordre : OUI ;
  • parce que techniquement c’est nécessaire : NON…

Peut-on réellement parler d’indépendance de l’expert dans ce contexte délétère ? Où se situe l’intérêt de l’automobiliste ? Qui défend ses intérêts ? Autant de questions auxquelles la société, les associations de consommateurs, les pouvoirs publics devraient répondre ! Le carrossier frondeur en a marre de sacrifier sa rentabilité sur l’autel de l’assurance ! Surtout que derrière tout cela, y a-t-il un vrai intérêt pour l’automobiliste ? La paupérisation des carrossiers entraîne inéluctablement des réparations de qualité médiocre ! C’est d’ailleurs ce qui est demandé aux réparateurs agréés ! Pourquoi pas ? Mais seulement si c’est un choix éclairé de l’automobiliste…

Je voudrais quand même finir par l’aspect le plus exécrable de tout ce système. Certains réparateurs excédés finissent par les endommager eux-mêmes, les éléments adjacents, pour avoir le fameux raccord peinture ! Et là, personne n’est dupe… pas même l’expert qui ferme les yeux puisque ses rapports pourront être contrôlés en toute quiétude par le sacro-saint expert conseil… Amen !

Mais non… la messe n’est pas dite ! Car l’expert a des obligations de résultat en matière de fraude ! Or rien de plus facile que de débusquer la fraude qu’on a créée… Comble de l’ironie n’est-ce pas ? Et pour le réparateur scrupuleux ? Il n’a que ses yeux pour pleurer puisque dans ce contexte, il ne l’aura jamais, son raccord peinture ! Alors que faire ? Continuer à sacrifier sa rentabilité pour son honneur de professionnel ou sombrer dans le cercle vicieux…

Cliquez ici pour retrouver la première partie de cette tribune libre…

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1 Commentaire concernant “Tribune libre – Les chroniques du « raccord peinture » – partie 2”

  1. Bonjour
    Seule la libération de l’expert des griffes des assureurs pourrait endiguer ce fléau. Beaucoup ont trop peur des répercussions pour leurs cabinets en commençant pas les membres de l’ANEA qui sont tous à présent à leurs bottes!!!
    La solution ne pourra venir que par une poussée massive des réparateurs obligeant le législateur à enfin faire respecter la loi qui demande que l’expert soit en possession du mandat du propriétaire, ce qui n’est jamais le cas avec un mandat d´assurance!!
    Alors continuons à mobiliser les bonnes volontés pour faire changer les choses et merci à vous, Mr Labonne, d’oser dire tout haut ce qui se passe dans les ateliers de carrosserie !!
    Un expert libre
    David

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