Témoignage – Le triste quotidien « assurantiel » de l’expert…

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Notre récent article sur l’enquête de la revue consumériste Que Choisir, qui souligne le manque d’indépendance des experts,  a provoqué une dizaine de commentaires presque tous convergents, dont celui-ci. Il nous a paru particulièrement pertinent : il raconte par le menu le triste quotidien de la relation assureur/expert et son cortège de pressions. Pertinent… et alarmant.

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 lecteur_gris-2A intervalle régulier (tous les mois/trimestre..), l’expert reçoit un relevé de statistiques épluchant son travail poste par poste : «Vous avez “donné” une heure de peinture de plus en moyenne par dossier», «vous avez un coût moyen de pièces de 10 € plus cher ce mois-ci par rapport au mois dernier ou par rapport à vos confrères de la région», «le pourcentage de dossier VEI est trop bas/trop élevé par rapport à vos confrères», «le prix moyen des véhicules que vous avez passé en épave est trop élevé par rapport à vos confrères», … « Si la barre ne se redresse pas, nous serons obligés de…»

De ?? Eh bien, de baisser vos honoraires sur chaque dossier que vous ferez pour nous, ou bien de diminuer le nombre de dossiers que l’on vous envoie pour les redonner à votre confrère «moins cher»… ou carrément de ne plus travailler avec vous…. Damned ! Cela pousse effectivement à rentrer dans les clous imposés par l’assureur…

«Allez les gars, le mois prochain, il faut être moins cher : on ne change plus rien, on répare. On exclue du sinistre le maximum d’éléments pour la moindre rayure antérieure. On tape dans les heures, et on passe tout en opaque, il n’y a plus de peinture nacrée… Et on s’arrange pour minimiser au maximum les valeurs des véhicules, et il faut plus de VEI, surtout qu’“ils” vont sortir des stat’s sur les véhicules “réparables”…. Et vous aurez une prime de X € en cas d’objectif atteint !!»

Voilà la stratégie actuelle de nombres d’experts… Car soit on répond aux exigences des assureurs, soit ces derniers trouveront quelqu’un d’autre pour le faire, laissant sur le carreau un CA, avec en plus un expert, son auto, son bureau, sa secrétaire.. désœuvrée, charge devenue inutile et à éliminer… Votre choix, monsieur l’expert ?

On ne va pas polémiquer sur comment sont fixés les objectifs des assureurs en terme de coût moyen, de nombre d’heures à distribuer,… Plus les années passent, plus diminue le nombre d’heures attribuées à une opération, plus le coût moyen de remise en état veut être baissé, alors même que les véhicules deviennent plus sophistiqués, le nombre de pièces important et la technicité nécessaire au compagnon, élevée…

Au fait, on vous a parlé des stat’s concernant le nombre de “fraudes” à déceler chaque mois ? Non ? Eh bien il y a un nombre moyen de fraudes à remonter par mois… Si on n’y arrive pas, ce n’est pas parce que les réparateurs de votre secteur savent que ce n’est pas la peine de jouer avec ça quand vous passez ; c’est que vous n’êtes pas assez attentifs. Charge à vous d’en trouver… Certains assurés n’en sont pas encore revenus…..

Le petit plus est que, même lorsque on est bien dans les clous, chaque mois voit la demande d’exécution d’un petit plus à effectuer sur chaque dossier. Oh, pas grand chose, juste un code à ajouter, une ligne à marquer, un appel à passer, un message à envoyer… Mais celui-ci, plus celui du mois dernier, et tout ceux d’avant…ça fait du travail en plus, des dossiers qui n’en finissent pas en paperasse,… le tout bien sûr sans augmenter les honoraires, ,sinon on va être plus cher que le voisin !! Ah oui, les honoraires aussi font partie des stat’s….

Alors oui, tous les ans, l’expert atteste auprès du ministère de tutelle qu’il est indépendant ! Indépendant comment ça ?? Eh bien il est libre d’accepter de se faire virer, perdre son mandant et fermer son cabinet… ou de faire ce qu’on lui demande et jouer le rôle imposé par l’assureur. Et, étrangement, le problème de statistique n’est jamais sur la sécurité routière, sur la qualité des réparations effectuées, ni sur la satisfaction du propriétaire (et encore moins celle du réparateur, faut pas déc…).

Il est temps de réagir, il ne faut plus que le mandant soit l’assureur, ou alors il faut que l’assuré soit aussi assisté par un expert indépendant de son choix. Indépendant ? Pas facile à trouver… Essayez de trouver un expert pour une contre-expertise avec un assureur en face….

Pour relire l’article qui a suscité ce commentaire et d’autres presque tous convergents , cliquez ici

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4 Commentaires concernant “Témoignage – Le triste quotidien « assurantiel » de l’expert…”

  1. AGENT GÉNÉRAL / 24 juin 2015 á 8 h 38 min /

    Superbe résumé de la terrible réalité quotidienne ! Quotidien de tous les intervenants de la chaîne y compris les Agents Généraux et Courtiers… que l’on met en garde sur « leurs résultats techniques » et le risque de dégradation, synonyme de pénalités financières lourdes ! Il n’y a qu’à voir la formule de calcul de « l’intéressement technique » qu’elles ont mises en place avec l’accord de nos syndicats !!! Cet abus de position dominante par les compagnies est d’autant plus grave que le client est à mille lieues de savoir ce qu’il se passe, ne serait-ce que concernant la sécurité potentielle de son véhicule réparé ! Pourtant, dans le même temps et depuis des années, sa prime d’assurance ne cesse d’augmenter dans des proportions affolantes, bien au-delà des indices de prix nationaux. Et donc certainement pas sur la base de l’augmentation des coûts de réparation tous postes confondus, mais bel et bien avec pour seul objectif de toujours plus rentabiliser la branche auto. (Et les autres !)
    A ainsi écouter toutes nos compagnies, (les pauvres…) ils ne s’en sortent pas !!! Nos clients devraient donc être prioritairement incités à réfléchir sur trois points : le coût réel des frais généraux de leur compagnie, la marge réelle qu’ils réalisent sur chaque prime… et, à l’appui des nombreux exemples que nous connaissons tous, prendre conscience de la baisse DRAMATIQUE de la qualité et de la sécurité de leurs véhicules une fois qu’ils leurs sont restitués !
    Mais comment mettre en commun un message audible par le public sans une union de tous les acteurs ??? Les compagnies jouent donc sur du velours… et pour longtemps.

  2. #Dédélecarrossier / 24 juin 2015 á 8 h 07 min /

    Sur le terrain depuis des années je vous confirme ce dommageable témoignage.
    La stratégie d’analyse statistique des assureurs consiste à tirer les prix vers le bas. Donc on tire sur la rentabilité des structures, puis sur les produits, le service… pour finalement impacter la qualité des réparations.
    Evidemment au détriment des clients.
    Je comprend la logique de maîtrise des coûts. Mais trop, c’est trop.
    Les experts deviennent des statisticiens avant d’être des techniciens, dans une logique de systématique négociation à la baisse des temps/coûts.
    Le secteur d’activité et sinistré, et la relève inquiétante.

  3. Si, moi, entre autre…; pour trouver un expert (assuré) « indépendant » à opposer à l’expert » assurance », que cela soit pour un assuré ou un réparateur mécontent, il y a le SEI (Syndicat des Experts Indépendants), qui, comme le nom l’indique, sont (vraiment) indépendants car ne travaillant pas pour les assureurs !
    Faites une recherche sur Google, vous nous trouverez assez facilement…

  4. cela fait peur. A la lumière de ce témoignage, je comprend mieux certains de mes dossiers en carrosserie…
    Le seul moyen de sortir de cette spirale infernale: informons nos clients des méthodes de leurs « chers » assureurs et pesons, réparateurs et experts, de tout notre poids, unis contre ces méthodes destructrices pour l’image de nos métiers…

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