Analyse – Les assureurs bientôt sur le marché de l’entretien-réparation?

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D’insistantes rumeurs annoncent l’arrivée prochaine d’assureurs sur le marché de l’entretien et de la réparation « classiques ». Il faut bien reconnaître que de nombreux indices convergent…

 

Liste assureurs

Des assureurs s’emparant du marché de l’entretien-réparation : ce serait bel et bien une révolution pour l’après-vente. Une révolution d’autant plus crédible qu’elle semble inscrite dans les mutations actuelles du marché, surtout depuis que le contexte et les moyens convergent fortement pour favoriser cette nouvelle approche des assureurs. Et une fois n’est pas coutume : en la matière, ce sont même les moyens qui vont justifier la fin.

Un contexte conjoncturellement et structurellement porteur
Le contexte tout d’abord. Jamais dans l’histoire des réparateurs de tous poils le marché n’a été aussi tristement déprimé. Il y a bien sûr du conjoncturel là-dedans : la crise financière est allée engrisonner jusqu’aux entrées-atelier les plus résistantes, pendant que les primes à la casse évacuaient 2 millions de véhicules parmi les plus consommateurs d’après-vente.

Mais il y a aussi et surtout du structurel. Baisse du kilométrage moyen liée à l’émergence durable des «écolo-transports alternatifs», conduites plus souples et moins «cassantes» inspirées par une répression routière toujours plus forte, baisse du nombre d’entrées-atelier liée à l’espacement croissant des périodes d’entretien et à des voitures aux composants plus fiables et plus durables… Il n’en fallait peut-être même pas autant pour aiguiser les appétits de ces assureurs dont la rentabilité se fonde sur la couverture de sinistres à la fois suffisamment coûteux unitairement pour susciter le besoin de protection et de préférence, le plus rare possible ou au moins, de moins en moins fréquent.

En la matière, les Augures automobiles tracent d’ailleurs des perspectives pavées d’or : de 55 millions d’entrées-atelier annuellement enregistrées au milieu des années 2000, on tombe aujourd’hui à seulement 38 millions, alors même que le parc auto a continué à croître. Et l’avenir a de quoi faire saliver les gestionnaires de risques : on tendrait vers moins de 30 millions d’entrées-atelier en 2020 !

Pourquoi une si longue digression sur les composantes structurelles ? Parce que plus les perspectives des réparateurs seront anxiogènes et leurs ateliers paupérisés, plus le business apporté par les assureurs sera le bienvenu. Et du coup, leurs conditions drastiques deviendront acceptables et acceptées car relevant d’un «moindre mal». C’est tout de même plus facile d’être considéré comme un «apporteur d’affaires» par un réparateur en manque que comme «un donneur d’ordres» piétinant les marges d’un atelier qui déborde déjà.

Et reconnaissons que quand les assureurs voient de plus en plus de réparateurs accepter de monter des pièces apportées par leurs clients ou tolérer des «rabatteurs de clients» comme le site reparmax.com, ils ont peut-être là aussi de bonnes raisons d’en conclure leur moment venu…

Les moyens techniques sont fin prêts
Voilà pour le contexte porteur. Venons-en maintenant aux moyens nécessaires à ce possible déploiement des assureurs dans l’entretien-réparation.

Dans la réparation-collision, les éditeurs tels GT Motive, Sidexa et autres ETAI (d’ailleurs éditeur de reparmax.com…) ont depuis longtemps fait du chiffrage une science quasi-exacte et éminemment précieuse pour des assureurs ou des experts qui adorent couper les cents d’euros en 4. Dans l’entretien-réparation, la révolution de la base de données et des outils de chiffrage précis, voire infaillibles, est en revanche plus récente.

Mais elle est aussi quasi-achevée : les bases «pièces» sont maintenant optimisées ; les outils de chiffrage et de devis sont rodés et fin prêts ; l’accessibilité des carnets d’entretien s’est généralisée ; l’identification des véhicules, de leurs caractéristiques techniques, des process de réparation et des pièces concernées s’est encore simplifiée grâce à la récente démocratisation du fichier des cartes grises (3A).

Toutes les bonnes raisons du monde
Reste donc à comprendre pourquoi, quand et comment les assureurs prépareraient leur arrivée.

Pourquoi, c’est évident. Il suffit de regarder le poids des assureurs en matière de contrats automobiles pour se convaincre qu’ils sont idéalement et puissamment placés en amont des besoins des automobilistes en la matière (5 groupes d’assurances pèsent 55% des contrats auto en France, voir «Carrosserie: l’éternel désagrément… des agréments»). Et qui mieux qu’eux peut ainsi proposer une mutualisation des risques financiers liés aux coûts croissants de l’entretien et de la réparation ? Si les réparateurs sont probablement plus mûrs qu’hier pour les raisons évoquées plus haut, les consommateurs le sont aussi.

Reste donc à savoir quand. C’est apparemment pour très bientôt, annoncent des rumeurs convergentes. C’est en tout cas déjà un fait : plusieurs assureurs testent des options «panne et réparation», pièces et main d’œuvre comprises, pour des véhicules allant jusqu’à 8 à 10 ans d’âge et de 100 000 à 150 000 km au compteur maxi au moment de la souscription du contrat. C’est le cas de la MACIF, de la MACSF, de la MAAF ou de la GMF. Et parfois depuis plusieurs années. Et chez les assureurs, quand ça dure, c’est que le ratio primes/sinistres vaut la peine d’être vécu… et que les automobilistes bénéficiaires y trouvent aussi leur compte !

C’est au moins une évidence : les assureurs se sont mis en embuscade depuis longtemps. Ils ne perdaient de toute façon rien à attendre : de leur point de vue, il y avait encore de grands gisements de productivité et d’économie à exploiter côté réparation-collision, leur territoire de prédilection. Au moment où ils pensent que ce filon est en passe d’être totalement optimisé, voilà que même l’autorité de la Concurrence vient les convaincre un peu plus que l’automobiliste paie son entretien trop cher et peut donc avoir besoin, pour les prestations d’atelier «classiques», de leur inégalable expertise acquise en matière d’encadrement et de maîtrise des coûts de la réparation-collision.

Mauvaise nouvelle pour les réparateurs?
Oui, avouez que c’est tentant, autant de signes convergents. Et même s’il s’avérait que les rumeurs annoncent un peu vite le prochain déferlement des assureurs sur les cotes des « garagistes », au moins ont-elles toutes les raisons de l’imaginer et de l’anticiper.

Une chose est sûre : un tel Tsunami sonnerait (sonnera ?) comme une mauvaise nouvelle pour les réparateurs «mécaniques», encore à l’abri des procédés quasi-inquisitoriaux, façon agréments, que subissent leurs confrères carrossiers. Ces « mécaniciens » ne sont guère prêts à apprendre et réciter l’Evangile du moindre coût et de la moindre marge que viendront leur apprendre des assureurs-missionnaires, exaltés par la conversion forcée qu’ils ont déjà su imposer aux ateliers de réparation-collision. Mais la religion du consommateur automobiliste satisfait n’a-t-elle pas déjà justifié bien des excès ?

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4 Commentaires concernant “Analyse – Les assureurs bientôt sur le marché de l’entretien-réparation?”

  1. Imaginez, dans d’autres branches d’activité, l’ingérence d’une professions « apporteuse d’affaires » qui veut faire les tarifs???
    Juste impossible!!!
    Réagissez!

  2. Assureurs = Rapaces

    De toute façon, vu la complexité des pannes qu’il peut y avoir et les heures de recherche qui vont avec (évidemment, ce ne sont pas des barèmes), ils vont bientôt s’en mordre les doigts…

  3. Les assureurs, tout comme les banquiers, devraient faire leur métier! Encore un scandale! Le profit! J’ose espérer que la nouvelle génération de réparateurs sera plus solidaire que la précédente. Pauvre société!!!!!!!!!!!!!!

    je ne vois pas le retour à l’emploi avec des tarifs horaires sacrifiés au profit de la finance.

  4. Gageons que si cela venait à se faire… ça ait au moins pour effet de réveiller la conscience des professionnels qui ne voient pas plus loin que le bout du portail de leur atelier. Et qu’enfin, ils arrêtent les ronds de jambes aux assureurs pour avoir les agréments (pour ensuite se plaindre des taux imposés). Sans solidarité entre les pros, rien ne pourra se faire.

    Mais malheureusement le vers est déjà dans le fruit. Et surtout nombre de confrères sans agrément n’attendent qu’une chose: que leurs voisins les lâchent (les agréments) pour pouvoir les récupérer. Bref, le serpent se mord la queue…

    Pendant ce temps, les assurances font leur jeu. Alea jacta est!!!!

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