Libre choix et Matmut (suite) : les experts en panne de voix officielle

Les réactions des experts libéraux sur notre site témoignent non seulement de l’inquiétude d’être atteints dans leur indépendance par la note de la Matmut, mais surtout de l’agacement que leur suscite l’absence de position officielle de leur chambre syndicale. L’ANEA, s’estimant non mise en cause, se refuse pour l’instant à communiquer sur le sujet. Mais d’autres voix s’avèrent moins frileuses, à l’image du tout jeune SNDEA, qui livre toutefois une position tempérée sur le contenu de la note.

La récente note de la Matmut a donné lieu à une levée de boucliers d’un certain nombre d’experts libéraux, qui s’estiment –à raison– bafoués dans leur indépendance par le rôle d’arbitre du coût global de réparation que leur assigne le texte. Et face à cette position, nombreux sont aussi ceux qui auraient souhaité que leur chambre syndicale, l’ANEA, lève à son tour son bouclier… Ou, du moins, qu’elle émette un avis sur l’instrumentalisation d’experts censés être indépendants. Comme ont pu le faire les organisations professionnelles des réparateurs (FNAA, FFC, CNPA), sous des formes différentes mais convergentes. Las, ils devront pour l’instant se contenter d’une absence pure et simple de réaction.

Après avoir activé son canal officiel de communication à plusieurs reprises, l’ANEA nous affirme finalement «ne pas avoir de position officielle et n’avoir aucune raison de prendre position sur un document émis par une entreprise lambda ». Et, ce, malgré la citation dans la note de Lionel Namin, pourtant secrétaire général du syndicat. Car «Lionel Namin n’est pas cité en tant que membre de l’ANEA et l’ANEA n’est citée nulle part dans le contenu de la note», assure l’organisation professionnelle. Une jolie pirouette qui déleste sûrement l’organisation d’un poids, mais qui n’empêchera pas les experts libéraux qu’elle défend de s’interroger sur la manière dont elle les défend, justement. «Si l’ANEA communique en interne auprès de ses adhérents, cet avis ne sera pas rendu public», conclut-elle. Si, et seulement si, selon la formule consacrée en mathématiques : voilà qui ne risque pas de répondre aux interrogations des experts.

Une autre voix au chapitre
En attendant d’entendre, même en interne, un éventuel son de cloche de la part de leur chambre syndicale, les experts libéraux inquiets tendront peut-être une oreille attentive du côté du SNDEA. Toute jeune organisation, le Syndicat national des experts en automobile, fondé en 2012, regroupe déjà plusieurs dizaines d’experts libéraux, même s’il est encore loin d’atteindre le nombre d’adhérents de son aînée l’ANEA. Mais présidé par Jacques Cornut, autrefois plus jeune expert diplômé de France et aujourd’hui expert dans le Nord-Pas-de-Calais, le SNDEA s’avère moins avare de commentaires, même si, fidèle à sa liberté de ton, son président émet un avis qui ne satisfera pas forcément tous les inquiets.

«La Matmut définit par avance ce que l’expert devra peut-être faire bientôt, c’est-à-dire établir un appel d’offres à réparation égale, dans les règles de l’art et avec les mêmes méthodes», souligne Jacques Cornut. Visionnaire, la Matmut ? Lucide, peut-être… Encore que, selon le président du SNDEA, la mutuelle d’assurances «commet l’erreur de faire interpréter à l’expert la moyenne arithmétique du coût global de réparation comme une valeur économique indéniable». Or, pour Jacques Cornut, une réparation au juste prix dépend des préconisations constructeurs et du respect des fameuses règles de l’art qui définissent la méthode préalable à l’évaluation du temps de main d’œuvre. Et donc, du juste coût global de réparation.

Trouver l’équilibre
«L’expert, en toute indépendance, doit d’abord examiner avec le dépositaire du véhicule s’il est en capacité de réparer
dans les règles de l’art, avec la méthode la plus juste  pour remettre le véhicule en état, explique Jacques Cornut. C’est d’abord avec lui qu’il doit parvenir à un accord sur la méthode de réparation (pièces neuves, pièces de réemploi si l’assuré est d’accord) car c’est le choix de l’assuré de lui avoir confié son véhicule, avant de déterminer la valeur temporelle nécessaire à l’exécution de l’ouvrage. Si le réparateur prend trop de largesses pour tirer parti de son taux horaire, alors elle peut donner lieu à désaccord entre l’expert et le réparateur. Si désaccord il y a, alors l’expert peut faire jouer la concurrence locale. »

Et Jacques Cornut l’assume : «si le différentiel horaire génère un coût global anormalement supérieur au coût global moyen du marché alentour, alors je jouerai, en tant qu’expert, mon rôle d’arbitre économique ». Mais il met toutefois en garde sur les prérogatives de l’expert. « Chaque professionnel détermine librement son prix de revient à l’heure, et l’expert n’a pas le droit d’exercer une quelconque influence sur un tarif horaire, quand bien même il ne lui conviendrait pas. » Et l’homme convient surtout de l’importance, pour l’expert, de bien connaître le terrain, non en termes de tarifs, mais de qualité des réparateurs. «Cela signifie qu’il connait tous les professionnels patentés de sa région, donc leur qualité, et ne prendra pas le risque de tenter de faire un gain économique de quelques euros de l’heure lorsque le véhicule sinistré se trouve auprès d’un excellent compagnon qui saura utiliser le temps de main d’oeuvre accordé pour dégarnir, planer, redresser avec qualité les tôles déformées.»

Pour le président du SNDEA, le risque encouru par la méthode Matmut est de générer une moyenne arithmétique du coût global détachée des méthodes de réparation adéquates et de la valeur temporelle nécessaire à la bonne réalisation des travaux. «Le risque, en imposant des tarifs faibles, est d’obtenir une réparation pour ce qu’elle est payée : une réparation au rabais, des malfaçons, etc.», reconnaît Jacques Cornut. «Aujourd’hui, les experts sont stressés par le coût de sinistre qu’ils sont censés respecter et n’ont plus le souci des règles de l’art, ni des méthodes de réparation, ni même des préconisations constructeurs. Dans le climat actuel, tant pour les experts que pour les réparateurs, cette note tombe mal.» Pour le coup, c’est bel et bien la Matmut qui se retrouve prise à défaut sur le timing.

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3 commentaires concernant “Libre choix et Matmut (suite) : les experts en panne de voix officielle”

  1. SNDEA indépendant… Un peu d’humour ne fait pas de mal dans le contexte actuel. Avant de vendre son pseudo-syndicat soit-disant indépendant, j.cornut ne ferait pas mal de balayer devant sa porte et d’arrêter de cirer les pompes de ses maîtres esclavagiste et spéculateurs. Le jour où ce sera le cas, il pourra peut-être se positionner. Pour l’instant, « tais-toi » jacques, tu nous casse la tête avec tes discours de bonimenteur.
    longue vie au VÉRITABLE INDÉPENDANT .
    expert NPDC.

  2. Bonjour,
    l’insupportable est désormais dépassé.
    Mr NAMIN est un salarié d’ANEA, il n’est pas membre. Quel déni de responsabilité alors que tous savent que c’est lui qui fait la pluie et le mauvais temps dans cette association qui n’est en plus que ça n’agissant jamais en organisme syndical hormis dans les cocktails assureurs…

    [b]Longue vie au SNDEA[/b] qui avec la ligne qu’il semble se définir va lui, défendre les vrais professionnels de l’expertise.

    Laissons les dirigeants d’ANEA continuer à faire leur marché de missions, […] mais ne les laissons plus dilapider la respectabilité de l’expertise automobile.

  3. On a rarement vu autant de responsabilités prises à bras le corps par l’ANEA!!!

    Entre les coïncidences et la faculté naturelle de l’ANEA de défendre ses membres, on peut se demander quelle est la légitimité de ce syndicat dès qu’il faut défendre ses adhérents.

    Est-ce qu’une idée germerait dans l’esprit des assureurs: faire de l’ANEA une filiale du BCA? Pour être sûr de museler à jamais la profession d’expert en automobile.

    Il y a des silences qui en disent long…

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste diplômé du CFJ de Paris, Romain Thirion couvre l'actualité automobile depuis 2011, et s'est spécialisé dans l'après-vente en 2012.

Particulièrement intéressé par les problématiques de réparation-collision, il suit les péripéties du secteur de la carrosserie et de l'expertise avec attention. Par ailleurs, il se fait fort de couvrir l'actualité des enseignes de centres auto, de réparation rapide et de pneumaticiens.

Depuis 2017, il est également président de l'Association des journalistes techniques et économiques (AJTE).

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