Vers un consensus des pros en faveur de la fermeture ?

Nos articles d’hier concernant les réactions aux mesures de confinement des différentes fédérations professionnelles et des divers acteurs de la filière ont généré de nombreux commentaires de la part de nos lecteurs professionnels qui, petit à petit, semblent dans leur majorité se résoudre, en un consensus tacite, à une fermeture citoyenne de leur atelier et/ou de leur magasin.

Bien que l’arrêté ministériel publié le 16 mars et complété le mardi 17 dresse la liste des activités automobiles autorisées à rester ouvertes malgré le confinement destiné à circonscrire l’épidémie de coronavirus Covid-19, et que les réseaux de distributeurs et de réparateurs aient initialement fait le choix de garder leur atelier et leur service de livraison ouvert pour la plupart d’entre eux afin de préserver la mobilité des transporteurs et des personnels contraints d’utiliser leur véhicule, la baisse manifeste d’activité constatée depuis que les mesures de confinement sont entrées en vigueur, hier à midi, a contraint nombre de professionnels à revoir leur position.

Préserver à tout prix les collaborateurs…

Si les questions demeuraient encore hier soir, notamment de la part de Nathalie Larrivière et d’Eric, qui se demandaient respectivement si les casses auto et les centres de vitrage pouvaient continuer à ouvrir, beaucoup de ces pros, qui nous lisent, ont commenté nos articles liés à cette problématique et au fil de leurs commentaires se dégage l’idée d’un consensus quant à la fermeture raisonnée de leurs entreprises, pour des raisons d’affluence réduite et de protection des salariés. «A partir du moment où les clients n’ont plus le droit de sortir excepté des raisons très définies, à quoi bon ouvrir pour tenir des ateliers vides ?», se demande fort justement Plazanet.

Pour Uhlen, «protéger ses employés veut dire protéger des familles, ne plus recevoir des clients pour faire des vidanges ou remplacer des pneus veut dire protéger beaucoup d’autres familles. Sérieusement, chers confrères et clients, ne soyez pas égoïstes pensez aux autres et même si vous perdez sur votre chiffre d’affaire qui est très certainement vital pour beaucoup d’entreprises comme pour la mienne posez-vous les bonnes questions, conjure-t-il. La vie des uns et des autres est-elle plus importante que l’argent et des sacrifices à faire pour combattre et éliminer le virus ?»

…Malgré l’insistance des constructeurs et têtes de réseau

Et ce, malgré l’insistance de certaines têtes de réseau, notamment du côté des constructeurs. «Le civisme et l’humanité envers nos collaborateurs, fournisseurs, livreurs et clients nous amènent à fermer, souligne Florent. Mais les télétravailleurs des constructeurs et autres voudraient à coup de mails et déclarations nous faire culpabiliser, déplore-t-il cependant. Nous garderons je pense en mémoire leurs comportement après la crise, cela nous montre leur intérêt principal, coûte que coûte. Nous restons grâce à notre proximité et disponibilité pour le dépannage prêt à intervenir pour nos professionnels de santé en cas d’urgence. Et eux savent ce que veut dire urgence ! Restons solidaires.»

«Ouvrir, ça n’est pas civique, cela augmente la probabilité de propagation du virus, donc de ce fait la saturation des hôpitaux, c’est également exposer son personnel à un risque inutile, insiste, de son côté, Michel Burce. Les morts ne conduisent pas.»

Pour GrandCarrossier, l’attitude de certaines têtes de réseau n’est pas tolérable. «Nous avons pris la décision collective de fermer notre atelier […] quoi qu’il arrive au plus tard vendredi. Mon réseau -et cela se sent depuis dimanche- œuvre pour l’ouverture contre vents et marée (certainement sont-ils confinés chez eux et auto-alimentés) et ne percevant l’état véritable sanitaire de notre pays (après, vu d’en haut d’une tour…) mais plutôt soucieux de la rentabilité des retombées sur le volume d’affaires apportées. Malheureusement et je m’en aperçois, ils ont une vision purement vénale. Sans faire de hautes études mais ayant un minimum de bon sens, en confinant la population Française, il fallait bien se douter que l’entretien ou la réparation de son véhicule serait relégué aux confins des priorités !»

Rester ouvert malgré tout…

Mais du côté des distributeurs, Thierry assume de rester ouvert, «Peut-être suis-je partial… Sûrement, mais aujourd’hui face à cette épisode aussi difficile qu’inédit, merci au groupe PHE, Autodistribution, qui, par la voix de son président, a choisi de tenir ouvert bon nombre des sites au nom de la mobilité et du devoir civique, acceptant la perte financière adjacente, se félicite-t-il. Je suis fier d’appartenir à ce groupe, de porter cette décision, d’assurer ces services et d’assumer cette décision tant que nous le pourrons…»

Aziz, réparateur, le rejoint sur ce point. «Comme vous l’avez tous compris, rester en activité se fait sur la base du volontariat, rappelle-t-il. Personnellement, j’ai fait le choix de continuer le travail bien que j’ai peur et que j’ai une famille moi aussi comme nous tous. Mais je ne me voyais pas rester à la maison sans rien faire, pendant qu’un ambulancier, une toubib ou un taxi aurait un pneu crevé, une batterie à plat…», ajoute-t-il avant de détailler les mesures d’hygiène prises en conséquence dans son établissement. Un avis qui, au fil des heures, se révèle de plus en plus minoritaire parmi les garagistes…

Ainsi, certains appellent, à l’image de Thierry, à «organiser un réseau de garages de garde, ouverts exclusivement pour les personnels médicaux et associés, ambulanciers, les personnels de maintien de l’eau, d’électricité, de téléphonie, les vétérinaires, et aussi les camions qui doivent continuer a livrer de l’alimentaire».

…Mais avec quel approvisionnement ?

«Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut lutter contre ce virus, du moins je l’espère, souligne T. Promsy. Donc SVP, ne risquez pas la vie de votre personnel en leur demandant de se rendre dans les ateliers, sinon pour y faire quoi ?  Nous n’avons pour ainsi dire plus la possibilité de s’approvisionner en pièces détachées. Donc SVP soyons tous unis pour vaincre ce fléau; soyons fort et soudés. Et la cohésion à toujours été plus forte que l’individualité », ajoute-t-il.

« Plus de transport, mais il faut savoir que les clients ne sont pas là non plus car ils ne peuvent pas circuler et se confine chez eux, déplore de son côté M. Dos Santos. Donc encore une fois le serpent se mord la queue. » En effet, la toute fraîche décision de certains distributeurs au sein de certains groupements, ainsi que des relais de pièces constructeurs de clore leurs magasins, prise le 17 dans la foulée de l’entrée en vigueur du confinement ou même aujourd’hui, est venue confirmer la décision de nombreux réparateurs.

« Suite a la fermeture des distributeurs de pièces (Flauraud, plateforme PSA Limoges) nous sommes obligés de fermer et nous ne pouvons pas protéger nos salariés (pas de masques, clients trop proches de nous), regrette Michel Cassan. Donc fermeture ce jour de notre garage.» Michel Pilato confirme : « nous sommes contraints de fermer également ce soir, toutes les centrales de distributions de pièces de carrosserie, les concessionnaires et distributeurs ferment leurs portes pendant minimum 15 jours».

Benoît Xenard est dans le même cas : «de toute façon, Renault Retail Group a stoppé nos livraisons de pièces détachées, donc tous les agents Renault des Alpes-Maritimes vont fermer leurs ateliers par obligation».

«Ouvrir, OK, mais pourquoi ? Se demande Armande Badina. Pas de clients pour cause de confinement, pas d’approvisionnement en pièces de rechange, PSA, Renault, VW, Michelin, etc. fermés… Alors, comment travailler ?» Jo abonde dans ce sens. «C’est totalement inconscient de dire aux gens de rester chez eux… mais d’aller bosser, s’insurge-t-il. Si je suis porteur du virus sans le savoir, je monte de descends dans 10/15 véhicules par jour et je dois donc participer à la propagation ? Rester ouvert pour le personnel médical et autres, mais pourquoi faire sans livraison de pièces ? Nous laissons un numéro de téléphone uniquement pour pouvoir prêter un vehicule si l’urgence est avérée. C’est tout.»

«En Seine-et-Marne, idem, nous nous étions préparés a travailler quand au moment de l’ouverture, à 8h30, tous les fournisseurs de pièces de rechange de marques et multimarques m’ont appelés pour m’indiquer qu’ils fermaient a 12h00 : pas de pièces détachées, pas de travail, témoigne Champel. J’ai une société d ambulance en client je leur ai signalé que je fermai que je restait a leurs disposition en cas de panne mais que dans tous les cas je ne pouvais pas avoir de pièces ce qui peut créer un danger pour leurs services et des patients qu’ils peuvent transporter.»

Le support bienvenu de quelques distributeurs restés ouverts

Néanmoins, pour les réparateurs qui restent ouverts, qui ne sont pas les plus présents parmi nos lecteurs-commentateurs, nombreux sont ceux qui se réjouissent du dispositif mis en place par certains distributeurs qui ont maintenu leur activité. «Livraison des « grands » constructeurs en arrêt total, clients à la maison : atelier vide ! Autodistribution joue le jeu et livre mais atelier néanmoins vide», relève SP Garage.

«Autodistribution parvient selon les régions à approvisionner, confirme Pavailler. Les prestataires de transport parallèlement ne sont pas tous opérationnels et font face aussi aux précautions utiles pour leurs salariés. Appel au discernement et au bon sens des ateliers, tous les clients ne sont pas dans des besoins impérieux devant répondre à une astreinte médicale ou assistance particulière. Inutile de jeter la pierre à quiconque tantôt garagistes, distributeurs ou constructeurs. Cette situation est inédite et jamais rencontré. Çà complique pour chacun les choses, alors un peu de recul et que les râleurs s’apaisent ! Portez vous bien», conclut-il avec philosophie.

A suivre, tant les messages de nos lecteurs sont de plus en plus nombreux….

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