Tribunes libres Xavier Horent, délégué général du CNPA

« malus poids : Black friday dans l’automobile »

Après Claude Cham, président de la Fiev, au tour de Xavier Horent, délégué général du CNPA, de prendre la plume sur les réseaux sociaux pour vilipender la décision plus politique que logique de taxer au poids les véhicules automobiles. Derrière  son inquiétude de voir les réseaux constructeurs un peu plus privés de ventes VN et VO par cette nouvelle stigmatisation de l’automobile, celle de voir les usines fermer…

Xavier Horent.

Xavier Horent.

« Il y aura donc un malus poids en France, au 1er janvier 2022. L’Assemblée Nationale “a adopté” cette disposition ce 13 novembre, dans un hémicycle presque aussi vide que les “commerces de proximité” condamnés à rester fermés.

« Une nouvelle taxe, beaucoup disputée, largement commentée il y a encore quelques semaines… D’abord contre l’avis du Gouvernement puis avec son soutien, elle a été votée dans une indifférence quasi générale et accueillie avec peut-être une forme de résignation par les acteurs.

« On le comprend. Les forces économiques et sociales, et de manière générale les Français, ont l’esprit ailleurs, tout à la pandémie et aux innombrables conséquences qu’elle emporte dans nos vies quotidiennes avec des séquelles profondes et durables. Cette crise domine dangereusement tout.

« Sans aucune perspective concrète à trois semaines sur les modalités d’une possible – et indispensable – reprise de la vie économique, la priorité absolue est de passer le cap en sauvant ce qui peut l’être. C’est vrai pour la filière automobile, c’est vrai pour tous les secteurs économiques de notre Pays. Personne n’échappe à un climat de plomb et à la tyrannie de l’ultra court terme. Chacun ressent une sourde exaspération monter dans ce que l’on appelle commodément “les territoires” dont le terme diffus efface les réalités qui s’étendent au-delà du périphérique parisien.

« Tous les verbes d’état utilisés par le Premier Ministre lors de son dernier point de presse étaient au conditionnel. Ce n’est pas lui en faire injure, tant la situation reste dramatiquement complexe à juguler. Cependant, aucun verbe d’action ne parvenant à être conjugué au présent ou au futur, l’absence de perspective concrète et d’agenda laissent l’économie et la société suspendues à des “si”. Pour l’heure, les points de vente restent fermés, et les usines s’apprêtent à le faire.

« Quant aux clients, particuliers et entreprises, on verra… Mais ce n’est certainement pas la certitude de nouvelles taxes dès 2021 qui les encouragera à pousser les portes des commerces, en particulier automobiles.

« Qualifié encore il y a peu d’ “inutile” par un grand capitaine d’industrie, ce malus calculé au poids, alourdissant le malus CO2, aura bien lieu… En dépit de tout, et sans étude d’impact sérieuse. Car au Pays des symboles, l’on préfère encore croire que la France – 1 % des émissions de Co2 – est chargée d’éclairer le monde, messianisme parfois aveuglant oblige.

« Ce malus poids a connu de très nombreux rebondissements, signes également d’une évidente absence de consensus au niveau des parties prenantes. Dont acte. 2022, c’est très loin. Alors, une taxe de plus, tellement expurgée du contenu de la proposition initiale, tellement assortie d’exonérations, limitant son impact à seulement 3 % d’un marché réservé aux plus riches… la pilule est amère, certes, mais on parie sur le fait qu’elle finira par passer.

« La filière pourra bien en faire son affaire, et mieux valait un arbitrage favorable affiché en faveur de l’écologie qu’ouvrir un nouveau front et de finir par épuiser les meilleures volontés avec une énième polémique dans le contexte actuel. Et peu importe si on passe sous silence les résultats obtenus dans le domaine de la sécurité routière, gagnés au prix d’un alourdissement des véhicules imposé par le même législateur.

« En France, la chasse “aux gros” est désormais autorisée. On taxe au poids, sans trop faire trop de détails sur les conséquences de long terme dont les acteurs automobiles – infréquentables et inaudibles – s’alarment à juste titre.

« Car le vote du malus poids ne doit pas occulter l’augmentation des malus CO2 dès 2021, et c’est donc bien le niveau général des taxes qu’il faut peser. L’assiette est ainsi beaucoup plus large, cette sur-fiscalisation faisant suite à des augmentations déjà sans précédent des grilles de malus l’an dernier. Les malus s’empilent, repoussant littéralement les plafonds toujours un peu plus hauts !

« Qu’y gagnerons-nous ? Rien, hormis tout perdre !

Xavier Horent, délégué général du CNPA

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