Pièces Bilan

Le pneu a joué aux montagnes russes en 2020

« Démarrage laborieux, chutes brutales et reprise chétive », qualifie le Syndicat du Pneu, en revenant sur une année 2020 bien chahutée. Il s’est écoulé 28 millions de pneumatiques VL sur le territoire soit une baisse d’environ 14% en TC4 (Tourisme, 4×4 ou camionnette). Pour autant, les négociants spécialistes comme les centres autos et fast-fitters (60% du marché du remplacement) ont montré leur capacité de résilience.

Déjà touché par une situation explosive en 2019 (crise sociale sur les retraites, les transports, les Gilets Jaunes), le pneu n’a pas eu le temps de se remettre en route en 2020 : -15% en janvier puis -4,2% en février… mais – 41% en mars avec le confinement, jusqu’à -81% en avril ! Les rebonds successifs post-déconfinement (+15,6% en juin et +8,8% en septembre) n’ont évidemment pas suffi à sauver l’année, frappée par un second confinement (-38,4% en novembre) et un léger hoquet salvateur en décembre (+1,5%). «Du jamais vu bien sûr, et en corrélation avec la baisse du roulage et donc de carburant (-80% pour l’essence et -75% pour le diesel)», rappelle Dominique Stempfel, le président du SPP. Résultats : les négociants spécialistes, centres-autos et fast-fitters ont vu leur marché s’affaisser de 14% en moyenne (28 millions d’enveloppes). Avec ce signe notable : les pneus Camionnette ont moins souffert que les autres durant les périodes de confinement. En avril, leur baisse était de 67,8% contre – 82,2% pour les pneus Tourisme et en novembre de – 16,1% contre – 40,9%.

En résumé, il n’y a pas eu d’écart sensible entre le sell in (ventes des manufacturiers vers les réseaux de distribution et détaillants) et le sell out (ventes des réseaux vers les clients finaux). Signe d’une non-évolution des niveaux de stocks dans la distribution ? Les manufacturiers ont maintenu des niveaux de disponibilités très faibles (35 à 50% de la demande), les grossistes dans leur quasi ensemble se sont plutôt bien maintenus, leurs stocks ayant permis de combler les lacunes des fabricants avec un niveau de marge en légère hausse, également dû à l’impact de la disparition de EFTD Gmbh (European FinTyre Distribution), dont la politique pricing était l’une des plus agressive en Europe.

Sell in à -14,2% et -14,6% en sell out

Dans un contexte anxiogène, les prix sont restés quasi équivalents à 2019. « Personne n’a déstructuré le marché« , lance Régis Audugé, directeur général du SPP. Bien sur, avec deux confinements empêchant les gens de rouler, le Tourisme a été le plus impacté avec une baisse de 15,3% en sell in et -15,6% en sell out. Sur le SUV, segment traditionnellement porteur, l’évolution est également faible avec une baisse de 7% en sell in et -12% en sell out. Les VUL ont mieux résisté, avec un sell in de -9,6% et – 6,8% en sell out (vs 2019 plus rude). Les pros ont profité du contexte avec un nombre accru de livraisons et un roulage plus important.

Les négociants spécialistes ont tiré leur épingle du jeu finalement, même confronté aux Fast-Fitters et Centres Autos. Il ne faut pas oublier que les négociants sont restés ouverts pendant le premier confinement à la différence de certains réseaux de centres autos. Les Centres Autos/Fast Fitters ont visiblement eu plus de difficultés à gérer les périodes de confinement d’avril (-87,8%) et de novembre (-41,9%) durant lesquels leurs volumes décrochent par rapport aux Négociants spécialistes (respectivement -74,7% et -35,4%).

Le pneu toutes saisons s’installe…

Le pneu Hiver a subi une année violente, et contre-performe à -32%, mais avec des prix à + 2,1 %, signifiant que « même en période de crise, les pros ne bradent pas leurs enveloppes« , explique Régis Audugé. En revanche, 2021 devrait renverser cette tendance avec l’application de la Loi Montagne II et l’obligation d’équiper les 4 roues de son véhicules.

Le pneu toutes saisons est à + 5 %, « soit la seule tendance positive enregistrée (mais avec un prix moyen à – 2,9 %) ». Le toute saison s’est installé dans les habitudes d’achats des consommateurs, même en période estivale. Le produit n’est plus saisonnier et n’est plus une alternative avec des ventes lissées sur l’année.

« Le pneu toutes saisons évolue classiquement depuis 15 ans. Les manufacturiers l’utilisent pour reconstituer leurs marges par rapport aux pneus Eté, et renégocier ces marges pour faire face à la concurrence exotique très agressive« , souligne Dominique Stempfel.

Les premiums en repli

Sur 12 mois, les marques Premium sont en net repli (-20,2%), les marques B font mieux que la moyenne marché (-8,5%), les marques Budget frôlent l’équilibre -1,6% et les marques de distributeurs sont les plus touchées (-21,3%). Les périodes de crise sont rarement profitables aux Premium. En 2020, les marques A n’ont représenté que 54% des ventes contre 58% en 2019. Arbitrages budgétaires et problèmes d’approvisionnement récurrents ont eu pour résultat une chute des volumes évaluée à -20,2% sur 12 mois. « Les consommateurs se tournent dans ces périodes d’incertitudes vers le moins cher. Cependant, les Premium restent tout de même à 58% des volumes moyens – même hors crise – donc on ne peut parler d’un Tsunami des marques budget« , relativise le SPP.

La poussée des marques Budget s’est avérée spectaculaire sur les mois de février (+18,4%), mars (-26,3% sur un marché à -40,7%) et septembre (+28,1%) où leur part de ventes se sont situées à des niveaux inédits, proches voire supérieurs à ceux des marques B. Ces dernières sont restées stables en maintenant leur part de marché entre 21% et 23% tout au long de l‘année. « Ce 2e niveau des manufacturiers fait toujours office de matelas entre les Premium et les Budgets« .

 Avec un positionnement prix difficile à défendre face aux marques Budget (5€ de différence), les marques distributeurs ont sombré en avril sans parvenir à tirer parti des arbitrages budgétaires sur le reste de l’année. Les TradeBrands, soit les MDD des enseignes, poursuivent leur chute entamée il y a déjà quelques années, avec une baisse de 21,3%. En 2019, il y avait déjà un affaissement des volumes au profit des ‘Autres marques’  (pneus Budget essentiellement ou sourcés en Chine), qui n’enregistrent qu’une diminution de 8,5%.

Muriel Blancheton

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