Pièces Distribution

Libéralisation : la rechange indépendante entendue

Il est des combats qu’il faut gagner pour la force symbolique qu’ils représentent plus que pour la conquête immédiate qu’ils permettent. La validation de l’article de la loi Climat & Résilience ouvrant la concurrence au marché des pièces de carrosserie offre une belle victoire à la Feda  mais aussi pour l’écosystème de la rechange indépendante (enfin) entendu et reconnu par les politiques.

Pour présenter la libéralisation « made in France » des pièces captives, Mathieu Séguran et Alain Landec (Feda) ont convié Olivier Vedjovsky (AAG) et Stéphane Antiglio (PHE).

Pour présenter la libéralisation « made in France » des pièces captives, Mathieu Séguran et Alain Landec (Feda) ont convié Olivier Vedjovsky (AAG) et Stéphane Antiglio (PHE).

Ce texte (*) est « une date clé pour la profession », martèle Stéphane Antiglio, président de PHE et du directoire Autodistribution, lors de la conférence de presse organisée par le Feda. « Ce grand pas vers la libre concurrence démontre que le monde des monopoles de marchés captifs est le monde d’hier », renchérit Olivier Vedjovski, directeur Logistique d’Alliance Automotive Group France.

« Ce n’est pas le grand soir, car tout ne va pas changer dès le 1er janvier 2023. Il faut accepter les étapes pour passer d’une situation totalement bloquée à une ouverture totale », recadre Alain Landec, le président de la Feda, qui n’est cependant pas peu fier que ce combat de quarante ans soit enfin gagné ! « Ce texte n’est pas parfait. Il a cependant l’immense mérite de jeter une pierre dans le jardin des constructeurs », insiste Mathieu Séguran, secrétaire général de la Feda.

Pas d’enthousiasme déraisonnable, donc, du côté des initiateurs de cette libéralisation « qui n’aura pas un impact immédiat sur le pouvoir d’achat ». Car il maintient le monopole du constructeur dix ans – « nous demandions cinq ans mais les constructeurs quinze » – pour les nouveaux modèles (relifting inclus) sortant d’usine à partir de janvier 2023 ( Pièces captives : même libéralisé, le marché profitera encore aux constructeurs ).

Faute d’avoir obtenu la rétroactivité, ce n’est que passé ce délai que les distributeurs pourront librement infuser les pièces de qualité équivalente. Une inertie que les assureurs, déjà très chauds à devancer l’appel, devront également prendre en compte avant de mettre la pression sur les tarifs des carrossiers au nom de cette baisse annoncée des tarifs, estimée à 30 % vs la pièce constructeur. Pas de doute que les têtes de réseau et les organisations professionnelles seront vigilants pour freiner les ardeurs d’assureurs « qui sauront être raisonnables ».

Processus par étapes

Il faudra donc du temps pour ressentir les impacts de cette ouverture à la concurrence sur les coûts de réparation : pas avant 2033… et encore à la marge. Un délai bienvenu pour qu’ils préparent leurs organisations à servir les ateliers ? Du côté de PHE et AAG à la tête d’entités spécialisées en pièces de carrosserie – Cora pour le premier et Saint-Amand Services pour le second – ils seront prêts le moment venu à servir en pièces de qualité équivalente. « Chez nos voisins européens dont les marchés sont ouverts, les filières d’approvisionnement existent déjà. »

Reste l’inconnu sur le positionnement que prendront les fabricants OE (Faurecia, Plastic Omnium….), seuls à pouvoir fournir hors du circuit constructeur dès janvier 2023. Auront-ils les coudées franches pour les approvisionner ?

Mais pour tous, cette loi française n’a fait sauter qu’un premier verrou. Et c’est bien à l’échelle européenne que la libéralisation se jouera. La Feda veut donc porter le dossier via la Figiefa vers la Commission européenne pour arriver à une harmonisation en contraignant les États à inscrire dans leurs textes de loi nationaux la clause de réparation.

Un point pour la libre concurrence

Et enfin, par effet de rebond, la rechange indépendante mise sur cette victoire du principe de la libre concurrence pour gagner des points sur la bataille particulièrement vitale de l’accès aux informations techniques. « Barrer l’accès aux pièces, aux données, est d’un autre siècle. D’autant que dans un monde où le service est de plus en plus important, seule la rechange indépendante peut apporter la densité de service attendue par le consommateur », insiste Stéphane Antiglio. La rechange veut enfin prendre sa place naturelle aux côtés de constructeurs.

(*) Le texte (n°2021-1104) du 22 août 2021 Climat et résilience intègre dans l’article 32 l’ouverture partielle à la concurrence des pièces détachées visibles au 1er janvier 2023. On parle des pièces de carrosserie, les rétroviseurs, les pièces d’optique et le vitrage.

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