Futurologie: quand Bosch se réinvente avec «l’internet des objets»…

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Parallèlement à la présentation de ses plutôt bons résultats annuels, Bosch a évoqué son avenir. Un avenir plein d’inconnues et d’opportunités : celui de «l’Internet des objets». Un futur qui impose une profonde révolution cult(ur)elle au géant de Stuttgart : troquer sa dogmatique planification industrielle contre «la logique des scenarii». Ou quand le temple de l’ingénierie triomphante fait sa conversion quasi-quantique…

Bosch MEMS

le capteur micromécanique (MEMS) de Bosch : quand l’infiniment petit accouche de grandes évolutions…

Bosch n’est pas seulement le groupe mondial de culture industrielle que l’on connaît tout particulièrement pour ses 30,6 milliards d’euros de CA (2013) dans l’automobile. Les presque 16 autres milliards sont réalisés dans les techniques liées à l’industrie (6,8 Mds), à l’énergie & bâtiments (4,6 Mds) et bien sûr, dans les biens de consommation et leurs 4,1 Mds «seulement», maintenant que de nouvelles règles comptables l’empêchent d’agréger les quelque 5 autres milliards d’euros produits par son joint venture avec Siemens.

Bons résultats 2013

Certes, le géant allemand rappelle humblement un début d’année 2013 difficile, des taux de change mondiaux défavorables et une activité générale encore fragile. Mais il émerge plutôt bien des affres économiques de l’an dernier avec un CA global en hausse de 3,1% en 2013 et des ventes qui viennent de rebondir de 7% au premier trimestre 2014. En cette matière automobile qui nous intéresse plus particulièrement, Bosch reste raisonnablement serein : avec une rentabilité de 7,7% pour un CA en progression de 6,7% (et même +10%, une fois prodiguées les corrections des effets de change), les indicateurs sont bien plus sexy que ceux de 2012.

Le groupe de Stuttgart doit bien sûr une partie de ces bons chiffres à ses implantations planétaires. Il s’est depuis longtemps solidement enraciné là où la croissance reste porteuse, en lovant usines et recherche au cœur des potentialités de ces fameux pays du BRIC que sont le Brésil (avec l’Amérique du Sud), la Russie, l’Inde et la Chine (avec toute l’Asie). Il les doit aussi à ses légendaires capacités d’innovation qui le maintiennent au sommet de l’élite industrielle et commerciale mondiale (20 brevets nouveaux en moyenne chaque jour pour 10% de son CA injectés en R&D, qu’il vente ou qu’il pleuve).

Une quasi «révolution quantique»

Mais Bosch le doit aussi à un plus inattendu sens aigu de l’anticipation des changements. Lui que l’on résume parfois facilement à une austère secte d’ingénieurs ultra-compétents mais adorateurs de la technologie éprouvée, lui qui applique depuis des lustres –avec une efficacité toute germanique– le dogme absolu d’une toute puissante planification industrielle, fait maintenant sa profonde  révolution culturelle. Et même cultuelle. «Nous passons de la culture de la planification à la logique des scenarii», assène Guy Maugis, président de Bosch France.

Kesaco ? Une quasi-révolution quantique puisqu’elle impose l’intégration, au plus haut niveau stratégique, d’une peu orthodoxe «logique floue». Elle est déjà à l’origine d’une partie de sa résistance avérée à la crise. Et, très probablement, jette-t-elle les prémices d’un nouveau futur du groupe. Globalement, elle découle de «la révolution digitale» et plus précisément, de «l’Internet des objets».

Prédire pour construire l’avenir

Il ne s’agit pas là de la seule digitalisation déjà évoquée dans nos colonnes et entreprise par les équipes de la rechange française de Bosch (voir «Bosch met le doigt sur « l’empreinte digitale »»). Car le «Bosch mondial» pense bien au-delà. Sa source d’inspiration ? Il est en amont de ces objets connectés via un de ses produits-phares : le capteur micromécanique (MEMS) encore peu connu de l’automobile. Fort d’une interface radio et d’un microcontrôleur, ce minuscule « bidule » est un Dieu digital, l’un des incontournables connecteurs de toute chose à Internet. Bosch en est déjà le leader mondial, qui en a produit un milliard en 2013 et en promet 30% de plus en 2014. Et il a constaté que ces objets connectés se répandent sur la planète comme un virus : «Il en existe déjà 6 milliards», estime Guy Maugis avant de prédire qu’il y en aura «30 milliards dans les années à venir».

Solidement campé sur ce marché exponentiel, tous les futurs sont ouverts à Bosch. Et de toute façon, comme cet avenir s’annonce irrépressiblement radieux, Bosch a décidé d’entrer dans la danse et d’apprendre à en flairer les potentialités, à les pister et à se les approprier. Seulement voilà : «On sait que ça va se développer, mais on ne sait pas à quelle vitesse ni vers où», souligne le président de Bosch France. C’est précisément là que la culture historique de la planification devient aveugle, elle qui ne fonctionne correctement qu’à partir de besoins avérés ou au moins, raisonnablement prévisibles. Car l’univers en expansion des objets connectés fabrique constamment —et surtout ex nihilo— de nouveaux besoins au fur et à mesure qu’il contamine et s’approprie le vieux monde des objets «muets».

Innover sans être téméraire

 Si l’équipementier considère qu’il lui faut dorénavant penser «scenarii», c’est aussi parce qu’il sait que tout ce qui est touché par internet est concomitamment frappé d’un double danger inhérent à l’innovation intrinsèquement prédictive. Bosch est certes innovant, mais pas imprudemment téméraire. Car le pire comme le meilleur peut jaillir sans prévenir de l’infernal chaudron Internet : trop d’optimisme et l’on peut créer de faux besoins, sur de fausses attentes, dans lesquels on se fourvoie coûteusement avant d’en découvrir l’impasse. Trop de conservatisme en revanche et l’on passe à côté de l’Eldorado qui peut émerger sans bruit de n’importe où, pour n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment. «Qui pouvait prédire la carrière du Iphone quand Steve Jobs l’a exhibé pour la première fois ?», philosophe Guy Maugis en évoquant le naufrage du leader du marché d’alors : le paquebot Nokia passait trop au large de l’innovation Smartphone et s’excluait douloureusement de cette pêche miraculeuse…

Mais Bosch est malin, qui attend déjà du « tout connecté » deux très lucratifs et très porteurs effets « Kiss Cool » . Le premier, c’est le simultané marché de la donnée : qui dit objet communicant dit flux d’informations, leur collecte, leur traitement et leur exploitation. Un marché connexe mais tout aussi prometteur où il compte bien jouer un rôle de premier plan. Le second effet tient à la myriade de produits déjà fabriqués par Bosch, tous potentiellement concernés par la prometteuse valeur ajoutée de cette connexion internet et des services qui en naîtront. Potentialités bien ordonnées commencent par soi-même…

L’automobile aussi….

Tout cela vous paraît trop conceptuel et bien étranger à l’après-vente ? Revenons donc un instant à nos bonnes vieilles bagnoles pour imaginer  toutes les pièces et fonctions qui peuvent se mettre ainsi « à parler » ou qui ânonnent déjà leurs premiers mots.

Pensez par exemple à toutes ces pièces qui pourraient (devraient ?) transmettre leur primo-défaillance et, dans la foulée, « commander » leur remplaçante  idoine pour la faire livrer au bon endroit en vous garantissant la continuité de la jouissance de votre voiture. Pensez à ces voitures communicantes qui commencent déjà à transmettre leur auto-diagnostic. Ou aux composants nécessairement connectés de cette voiture sans pilote qui, annonce Bosch, roulera en 2020 sur autoroute. Il lui faudra constamment envoyer des données sécurisées, à l’intégrité garantie, aux flux protégés : pas question que le discret MEMS se mette à bégayer ou oublie une seule syllabe codée à 130 km/h, en bout d’une ligne droite.

Imaginez même votre si banal frigo Bosch en train de déclencher lui-même vos courses quand vous en extrairez votre avant-dernier yaourt… La boucle est donc bouclée sur une quasi-certitude : « ça va le faire » et ça promet des lendemains chatoyants. Si toutefois un monde d’objets qui pensent et décident avant vous et sans vous, pour transmettre à des inconnus les petits riens de votre vie quotidienne, ne vous a pas plutôt glacé le sang.

Mais restons donc zen et indéfectiblement progressistes : si Bosch n’était pas une fondation mais une entreprise cotée en Bourse, on vous conseillerait derechef d’en acheter des actions. C’est peut-être d’ailleurs là que se niche la morale cachée de cette histoire qu’écrit Bosch. Dans notre monde régi par le culte du profit immédiat, une entreprise préservée de l’avidité court-termiste d’actionnaires trop gourmands montre que l’on peut alors penser résolument moyen et long terme, investir massivement sur l’avenir… en s’en gardant jalousement les dividendes annoncés.

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