Témoignage – Prix fous (suite): « Aujourd’hui, Internet fait vaciller les étages de marges »

 … et revoilà « Jeep » qui vient prendre la défense de la distribution traditionnelle en répondant au précédent commentaire (voir «La distribution française est la plus gourmande qui soit!»»). Force est d’être en accord avec cette nouvelle analyse : les erreurs du passé de la distribution traditionnelle ne peuvent lui être éternellement reprochées. En tout cas, pas en ce qui concerne le difficile présent : «quand le distributeur traditionnel achète son embrayage de marque “premium” 5 Euros moins cher qu’il est affiché sur un site Internet, il n’a plus assez de marge pour faire vivre sa structure», note notre lecteur avec un bon sens qui traverse tout son commentaire…

témoignage 620

“Qu’il est agréable de voir que certains lecteurs ont encore un peu d’humour. Personnellement, je pense être tout sauf hypocrite (pour répondre à “Riri”).

“Ceci étant dit, la distribution traditionnelle avait une marge énorme. D’accord. Cette énorme marge a amené des investissements et des prises de bénéfices. D’accord. Aujourd’hui, Internet fait vaciller les étages de marges (il n’y en a plus 10 depuis longtemps). Je suis encore d’accord.

“Mais quand le distributeur traditionnel achète son embrayage de marque «premium» 5 Euros moins cher qu’il est affiché sur un site Internet, il n’a plus assez de marge pour faire vivre sa structure (et il ne lui reste qu’une mini-structure). Aussi vilain qu’il soit d’avoir pris de la marge dans le passé, ce distributeur est en difficulté (c’est d’ailleurs une maladie française de dire que ce n’est pas bien de prendre de la marge – moi, ma baguette du matin, je l’achète avec de la marge, pas avec du chiffre d’affaires…).

“Le constat est donc simple : il n’a donc plus les marges d’autrefois (qui faisaient tout de même bien vivre aussi un grand nombre de personnels, vous l’avez oublié ?) et les frais de structures ont augmenté de beaucoup en étant souvent inadaptés car il est difficile de les réduire facilement en France.

“Voulez-vous vraiment crier au scandale parce que le distributeur traditionnel n’investit plus ? Papa est en Corse depuis des années avec l’argent qu’il a gagné pendant les belles années de son commerce de pièces détachées – c’est le fiston qui se bat (avec 5 Euros de marge sur un embrayage) dans l’ancienne boutique de Papa pour essayer de pouvoir continuer à la faire vivre. C’est pour cela que, même si le débat est rigolo, un peu de sérieux ferait du bien à tout le monde.

Effectivement, la distribution a changé. Effectivement, on devrait avoir plus d’idées pour faire avancer nos entreprises. Mais autant nos parents ont eu l’avantage de gagner plein d’argent (par la marge) assez régulièrement, autant le gérant d’une entreprise grossiste traditionnelle face à la nouvelle distribution et Internet peine à se sortir un petit salaire. Et cela, ce n’est pas rigolo du tout.

“Je trouve d’ailleurs que trop de commentaires regardent vers le passé. Oui, il y a eu des erreurs faites. Mais aujourd’hui et demain, arrivera-t-on à gagner plus d’argent en accusant ceux qui (effectivement) ont bien gagné leur vie ? Moi, je pense à aujourd’hui et à demain. Et je pense qu’effectivement, le sandwich n’aura plus que quatre étages à terme : Équipementier – Grossiste ou Plateforme – Garage – Particulier. Et deux, trois étages vont donc être comprimés ou vont disparaître tout simplement. Le fait de m’expliquer que «l’on aurait dû faire ceci et cela dans le passé» ne me fait ni chaud ni froid. Car on ne peut pas tirer de leçons du passé puisque la distribution a profondément changé.

“Il faut donc seulement réussir à s’adapter à cette nouvelle configuration de la distribution avec un acteur comme le net. Et cela va être compliqué. Pour tous. C’est mon avis.

Jeep

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3 commentaires concernant “Témoignage – Prix fous (suite): « Aujourd’hui, Internet fait vaciller les étages de marges »…”

  1. …pour ajouter une précision à Boyer (et malgré le fait que je souhaiterais lui donner raison en tant que distributeur traditionnel…): oui, la distribution amène la plus grande marge aux équipementiers mais DANS LE TEMPS (c’est à dire dans la durée des années / à long terme). A court terme – je dis bien à COURT terme (et j’en suis désolé !), Internet (je parle des intervenants très importants comme Oscaro) amène plus de marge, plus de chiffre d’affaires et malheureusement plus de références commandées à l’équipementier (directement ou par des plateformes). Sans parler du fait qu’Internet amène plus de notoriété à la marque de l’équipementier EN FACE DU PARTICULIER et du garage.
    La faute au distributeur traditionnel? Certainement pas! Le distributeur traditionnel ne peut pas rayonner comme un site Internet. Il ne peut pas non plus être ouvert 24h sur 24. Il rayonne autour de son/ses sites en rendant service et cela lui coûte cher. L’équipementier – lui – espère garder ET le court terme (Internet) ET le long terme (le distributeur traditionnel par exemple). Et c’est pour cela que je suis inquiet! Car en donnant les MÊMES armes (prix, dispo, outils marketing, etc.) aux deux canaux de distribution, on ne se bat plus à arme égale.
    Mais malheureusement, il faut rester honnête, l’équipementier ne sait même plus QUI est soutenu par lui, s’il soutient le distributeur ou Internet car il vend à telle ou telle plateforme parisienne qui, elle, livre ET Internet ET le distributeur. Et les plateformes (dans la relation équipementiers – plateformes, on peut bien parler d’hypocrisie) expliquent aux équipementiers qu’Internet n’est qu’une infime partie de leur business. Quand je regarde les chiffres d’affaires de ces plateformes, je SAIS QUI vend à Internet. Car si une plateforme réussit un chiffre d’affaires à +30% en une année, ce n’est certainement pas la distribution traditionnelle qui lui a amenée ce chiffre supplémentaire, cela se saurait…
    Pour revenir à mon exemple d’embrayage: si le distributeur vend un embrayage jaune, bleu ou vert première monte, il ne reste que 20 euros de plus qu’affiché sur un site; il est puni par le client particulier et le garage qui pensent qu’il prend trop de marge, qu’il est très gourmand, qu’il doit en avoir plein « sous le pied ». C’est là le grand soucis. Comment expliquer au client final? Lui dire: « je ne sais pas comment ils font? » Le client va dire que l’on est « hors marché ». Lui dire alors: « tu vas te tromper en achetant sur le net« ? Avec le fichier cartes grises, les erreurs se réduisent à tel point qu’il n’y en a presque plus. Lui dire que l’on a des frais de structures? Il s’en fout. Il regarde son portefeuille d’abord (vous ne le feriez pas?).
    Je ne vois d’ailleurs pas les plateformes « imploser » ou disparaître. Je vois plus les plateformes prendre la place des distributeurs traditionnels. Et un grand nombre commence déjà à livrer le garage (sans trop en parler).
    Et je reviens à ma question du départ: quelle est la marge de manœuvre du distributeur traditionnel en face d’un site marchand rayonnant sur le territoire français, ouvert 24h sur 24, ayant le programme COMPLET en stock (visible avec même les faibles rotations C,D,E,F, etc.), en face de plateformes devenues extrêmement grandes? Quand ce distributeur me dit: je fais quoi? Je lui dis quoi? D’investir? Allez… Voyez-vous mon désarroi? Je n’ai toujours pas de réponse à ma question…

  2. Ah que de beaux échanges sur le sujet. J’aimerais en apporter un supplémentaire pour ce qui est des constructeurs. Savez-vous que dans la plupart des cas, c’est lui qui paye une partie du développement des produits, potentiellement les outillages pour fabriquer les pièces? Eh bien oui, c’est pour cela qu’il doit se rembourser en intégrant cela dans les prix de vente. Le flux soit-disant du futur, quasiment direct entre le fabricant et le client, va générer des couts supplémentaires car si les autres intervenants de la chaîne ne supportent plus les coûts de développement et de distribution, il faudra bien que quelqu’un le paye…

  3. Je ne pense pas que les sites de revente de pièces soient des philanthropes. Ils margent suffisamment pour vivre et ça, ça vient uniquement des équipementiers qui ont la mémoire courte et qui délaissent la distribution traditionnelle qui, il ne faut pas l’oublier, leur a permis d’arriver où ils en sont!!! Vouloir faire jouer la concurrence entre les différents distributeurs va leur revenir dans la figure un jour ou l’autre, car il ne faut pas rêver: c’est bien la distribution traditionnelle qui leur emmène les plus grosses marges! Ils sont en train de se mettre une balle dans le pied!

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