Reportage : feu Autoreserve, en enchères et en os…

Le dernier acte de l’aventure Autoreserve s’est joué mardi 20 mai, avec la vente du stock et de l’équipement de la plateforme dans le cadre de sa liquidation judiciaire… On pouvait raisonnablement imaginer que quelques grands fauves du secteur se disputeraient la dépouille à cette occasion : il n’en a rien été, même si certains d’entre eux étaient là…

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La vente aux enchères des restes d’Autoreserve se déroulaient le 20 mai dernier dans ses locaux de Gennevilliers… (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Le temps s’est arrêté. C’est l’impression qui domine en entrant dans les locaux vides de feu Autoreserve à Gennevilliers. Dans le magasin figé, des palettes en cours de préparation avec la liste de picking correspondante. Sur le tableau blanc, les prénoms de la dernière équipe de magasiniers qu’on devine arrêtant leur ouvrage pour cause de cessation d’activité immédiate. Un peu plus loin dans les bureaux déserts, les opératrices du call center ont eu le temps d’emporter leurs effets personnels, mais guère plus. Là aussi, les dossiers «en attente» et les piles de factures débordent encore des bannettes.

Ajoutez le bruit assourdissant des giboulées qui martèlent le toit en tôle de l’entrepôt et vous aurez une idée assez précise de l’ambiance de fin d’un monde en cette matinée du 20 mai. Quand on a connu le bateau amiral au temps de sa splendeur -et de sa croissance qui faisait rêver les uns et enrager les autres- le voyage dans ce vaisseau fantôme est tristement poignant. De quoi émouvoir même les plus insensibles de la profession.

Tout doit disparaître

La vente aux enchères des restes d’Autoreserve, elle, est en revanche sans pitié. Tout est à solder. Du porte-manteau à l’écran d’ordinateur, de la cartouche d’encre au frigo, de la machine à café aux transpalettes, une myriade pathétique compose 81 lots que Maître Morel, le commissaire-priseur, a pour mission de faire disparaître au cours d’une seule après-midi. Et surtout ces 2 lots de pièces, d’une valeur d’achat -nous y reviendrons- respectivement estimée à 1,573 million et 126 000 euros.

C’est donc à 14 h que se présente une foule bigarrée d’une centaine de personnes, majoritairement constituée d’inattendus spécialistes de ces ventes judiciaires. Ce ne sont pas les pros de la pièce de rechange que naïvement, nous attendions. Juste des habitués de la bonne affaire que l’on imagine pressés de faire très vite traverser la Méditerranée à leurs emplettes du jour où elles seront mieux valorisées. Le malheur des uns…

Mais dans l’assistance se sont quand même glissés quelques poids lourds de la profession. Des propriétaires de plateformes, venus en voisins de Gennevilliers ou de plus loin, en cousins de province… Des distributeurs franciliens aussi. Ou encore le très puissant propriétaire du dernier réseau national indépendant. Sont-ils attirés par l’odeur de la dépouille d’Autoreserve encore chaude, ou simplement par la volonté légitime de réaliser eux aussi une bonne affaire ? On l’imagine sans peine : un peu des deux peut-être…

La vente démarre donc à l’heure dite, sans passion, pour vite ronronner dans l’hypnotique égrenage des lots : 3 téléphones, 2 bureaux, un photocopieur, des ordinateurs, encore des bureaux… Au bout d’une heure, enfin, le clou du spectacle. Le «gros lot» : l’intégralité du stock de pièces d’Autoreserve – Gennevilliers.

Enchère privée ou privés d’enchères ?

Comme indiqué plus haut, celui-ci est estimé à près de 1,6 M€. Ce montant étonne les plus avertis. Tout d’abord, pourquoi faire un seul lot et pas une dizaine de lots plus petits, donc plus accessibles et plus attractifs, par marque ou encore par type de pièce ? On y trouve en effet un mélange hétéroclite de carrosserie, freinage, distribution, embrayage, train avant, etc.

Alors que les mauvaises langues soupçonnaient une volonté d’écarter les candidats les plus faibles pécuniairement pour privilégier les plus puissants, le commissaire-priseur −loin d’être un spécialiste de la pièce auto− nous avoue de façon plus pragmatique vouloir limiter le nombre d’opérateurs amenés à charger le matériel après la vente. Sa volonté ? Éviter des disparitions inopinées de marchandises dans le chaos, sinon, prévisible et ingérable de plusieurs repreneurs se rapinant les uns les autres. Soit…

En outre, le montant d’1,6 M€ paraît élevé au regard du volume de pièces. Là encore, le commissaire-priseur s’en défend. Il précise à l’assistance que le stock a été compté 5 fois. Mais un examen approfondi du stock listé (près de 130 pages…) maintient tout de même quelques têtus soupçons : kits de distribution Roulunds comptabilisés comme des ContiTech, embrayages Aisin identifiés comme LUK, etc. Soit des produits «B» certes respectables, mais abusivement déguisés en «premium». Étrange…

Morceaux de 2ème choix ?

Enfin, reste aussi la question de la «qualité» du stock. Constitué majoritairement de pièces à faible rotation, ce dernier semble également discutable. Allez : on peut légitimement penser que les difficultés d’approvisionnement rencontrées par Autoreserve dans ses derniers mois d’activité expliquent que les «fast-movers» vendus n’aient pu être réapprovisionnés.

Est-ce cela qui décourage nos affranchis, ces “professionnels de la profession” sagement installés dans cette pateforme  Autoreserve tristement déclassée en salle des ventes ? En tout cas, aucun d’entre eux ne souhaite se positionner à la mise à prix de 150 000 € … pas plus qu’à 100 000 €…. C’est finalement à 50 000 € que les enchères s’ébrouent, pour terminer à… 79 000 €. Une somme rondelette, certes, mais… si loin de la valeur d’achat initialement estimée, rappelons-le, à près de 1,6 M€ ! Le sort du stock de Marseille est à peine plus enviable : 12 000 € pour une valeur d’achat estimée à 127 000 €. Au-dessous de la mise à prix initiale…

En dehors de la déception visible du commissaire-priseur, qui voit fondre sa prometteuse commission au fur et à mesure de la descente des mises à prix, que retenir de ce démembrement ? Que la bataille attendue entre poids lourds de la profession n’a pas lieu ? Que finalement «ceux qui savent» ne daignent même pas ramasser les bas morceaux qui s’offrent ainsi à eux, car jugés trop peu appétissants ou pas assez nobles ?

Le (vrai) dernier épisode aura lieu la semaine prochaine à Marseille, avec la vente d’équipement et de rayonnage. Avis aux amateurs.

C’est en tout cas une bien triste fin pour l’aventure Autoreserve. Dans sa lettre d’adieu à ses clients datée du 15 décembre 2014, Frank Pelletier, l’ex-président d’Autoreserve, parlait des «grandes institutions (du métier qui) auront eu raison de nous»… Si elles sont effectivement responsables, elles n’ont en tout cas pas daigné en ramasser les miettes.

Et pendant ce temps-là, sous le soleil radieux revenu en ce milieu d’après-midi, on prépare des commandes chez la plateforme voisine -et ancienne petite sœur- Lumlux, qui navigue désormais sous pavillon Artec Distribution et vient d’être récemment rebaptisée Autoparts Distribution. Comme pour mettre une autre cloison étanche de plus entre le nouveau départ et le naufrage passé…

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